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Article de Anne Michel paru dans Le Monde du 14 juillet 2006

Les banques préparent en secret des contre-projets à la fusion GDF-Suez

vendredi 14 juillet 2006 par Anne Michel

Les politiques ne sont pas seuls à douter de la faisabilité, voire du bien-fondé, du projet de fusion de Gaz de France (GDF) avec Suez, en pleine rentrée sociale de septembre, dans le cadre de l’examen du projet de loi sur l’énergie prévu au Parlement.

Mesurant la difficulté de faire voter la privatisation de GDF à sept mois de l’élection présidentielle, les banques d’affaires - ces établissements qui conçoivent ou mettent en oeuvre les stratégies des entreprises - anticipent l’éventualité d’un retrait du projet. Elles élaborent des scénarios de remplacement susceptibles d’être mieux acceptés par l’opinion publique, les organisations syndicales et les parlementaires.

Leurs travaux restent confidentiels tant que le gouvernement continue à défendre la privatisation de GDF, soutenue par les PDG de Suez et de GDF, Gérard Mestrallet et Jean-François Cirelli.

"Pour nous, le deal Suez-GDF, tel qu’il a été présenté par le gouvernement, c’est fini ! Nous travaillons tous sur des scénarios alternatifs", confie un grand banquier d’affaires.

Les propositions diffèrent selon qu’elles émanent de banques impliquées dans le projet de fusion - Merrill Lynch, Lazard, Goldman Sachs et la Société générale pour GDF, Rothschild, BNP Paribas, Morgan Stanley, JP Morgan, le Crédit agricole et Toulouse et associés pour Suez - ou de maisons restées à l’écart de l’opération.

"PARTICIPATIONS CROISÉES"

Les banques "indépendantes" avancent des propositions nouvelles. Elles planchent sur trois grands scénarios, qui visent à rapprocher Suez de l’italien Enel ou des allemands E.ON ou RWE. "Pourquoi serait-ce scandaleux de dire que GDF reste à l’Etat ? Ce qu’il faut, c’est marier Suez à un autre grand acteur européen !", lance un banquier d’affaires.

Ce n’est ni plus ni moins que le projet d’Enel. Les banques conseils tentent encore de sauver l’idée d’un rapprochement entre GDF et Suez, la plus importante fusion-acquisition de l’année en France - 70 milliards d’euros de chiffre d’affaires cumulés -, censé leur assurer d’énormes commissions.

"On peut avoir tous les effets d’une fusion sans privatiser GDF", explique une grande banque impliquée dans la fusion.

Déjà évoquée par Nicolas Sarkozy lors de débats internes à l’UMP, l’une des solutions consiste à ramener la participation de l’Etat dans GDF de 70 % à 51 %, au moyen d’une disposition législative, puis à organiser le lancement d’une offre mixte, en numéraire et en titres, de GDF sur Suez.

Une autre option, "totalement indolore politiquement", juge cette banque conseil, serait de mettre en place des "participations croisées" entre les deux groupes, chacun entrant au capital de l’autre. Mais, poursuit cette source, aucune de ces deux options ne convainc les patrons des deux groupes.

S’agissant d’une offre de GDF sur Suez, M. Mestrallet estime que son conseil d’administration n’acceptera jamais l’idée d’une nationalisation de Suez. D’autant que, dans ce schéma, la gouvernance ne pourrait être la même que dans la fusion d’égaux actuellement envisagée.

Les patrons de Suez et de GDF ne veulent pas davantage de participations croisées. Ils affirment même que, si la fusion ne se fait pas, ils reprendront leur liberté.

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