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Article de BÉATRICE TAUPIN. Publié dans Le Figaro le 25 octobre 2006

Les cent ans du ministère du Travail

mercredi 25 octobre 2006 par Béatrice Taupin
Depuis sa création en 1906, le ministère n’a cessé de changer de nom et de frontières. Plus que d’autres, il porte la marque des mutations économiques et du mouvement social.

LE PORTRAIT de Jean-Louis Borloo sera bientôt lui aussi accroché aux murs de l’hôtel du Châtelet, dans l’antichambre de la salle des Accords. C’est là en effet que Philippe Séguin, hôte des lieux lors de la première cohabitation, a fait apposer les portraits de ses prédécesseurs, à l’exception de ceux qui ont occupé la fonction sous l’Occupation. Une tradition poursuivie depuis.

En cent ans, la France a usé 65 ministres du Travail. Mais tous n’ont pas eu le même titre ni même un périmètre d’action identique. Celui-ci porte la marque des mutations économiques et du mouvement social, parfois aussi de la personnalité pour qui a été taillé sur mesure un poste à la dimension de son poids politique... En 1906, dans un contexte d’explosion sociale et de grèves, alors que les enfants de plus de 8 ans travaillent encore 16 heures par jour, sa création par Georges Clemenceau répond à un souci de réparation sociale. Les services du travail qui relevaient jusqu’alors du Commerce et de l’Industrie, de l’Intérieur ou des Travaux publics deviennent par décret « le ministère du Travail et de la Prévoyance sociale », en charge du bien-être des salariés, au travail et en dehors puisqu’il régit les assurances sociales, la retraite, le logement. Le premier Code du travail, compilation des conventions et règles du travail apparaît en 1910-1912. Il ne cessera de s’enrichir à tel point qu’une opération de recodification et de simplification à droits constants du nouveau code constitué en 1973 est en cours, tant il était devenu lourd et illisible.

Rien ne peut se faire sans le partenariat

Avec la création de la Sécurité sociale en 1945, la Rue de Grenelle devient « le ministère du Travail et de la Sécurité sociale », avant de faire place en 1966 au premier « ministère des Affaires sociales » confié par le général de Gaulle à Jean-Marcel Jeanneney pour renforcer son poids face au ministère de l’Économie. Il a mission de fusionner les administrations du travail et de la Sécu et de proposer une politique sociale ambitieuse assurant un meilleur partage des fruits de la croissance. Retour à la séparation entre 1978 et 1981 avec un ministère du « Travail et de la Participation ».

La gauche, de retour au pouvoir, fait sobre avec Jean Auroux, qui sera simple ministre du Travail, mais introduit très vite la Solidarité nationale avec Pierre Bérégovoy. L’emploi et la formation professionnelle ne font leur apparition dans l’intitulé qu’avec Michel Delebarre en 1984 : cela fait pourtant dix ans déjà que le chômage ne cesse de grimper, mais il passe, cette année-là, la barre des 10 %. Le « dialogue social » fait une courte incursion dans le titre de Jacques Barrot en 1995, avant que ce dernier ne récupère aussi la charge de la Sécurité sociale. Ses deux successeurs de gauche, Martine Aubry et Élisabeth Guigou, garderont ce portefeuille très large des Affaires sociales, jusqu’à ce que, de nouveau en 2002, la Santé et l’Assurance-maladie soient réunies au sein d’un ministère propre. Prolongement de l’activité professionnelle, la retraite en revanche reste aux Affaires sociales : la réforme de 1993 est d’ailleurs conduite par le ministre des Affaires sociales, du Travail et de la Solidarité, François Fillon.

Après le séisme des européennes, place à la « cohésion sociale » qui pour la première fois apparaît aux côtés du Travail et de l’Emploi. Avant qu’en 2005, Jean-Louis Borloo qu’épaule Gérard Larcher n’annexe à son titre le « logement ». Un retour aux sources de 1906.

Les frontières sont-elles pour autant stabilisées, et le rôle de l’État, régulateur ou acteur, bien défini ? L’actuel locataire de l’Hôtel du Châtelet pour qui il est normal que la Santé et la Sécu soient en dialogue avec l’Emploi, mais pas sous sa tutelle verrait bien en revanche un regroupement avec les PME et l’Artisanat.

« Il faut fixer le cap, être un rassembleur »

Lui qui se définit comme un « bâtisseur et un ministre des ressources humaines et de la préparation de l’avenir » ne cache pas que ce poste est de ceux qui vous « marquent parce qu’il faut fixer le cap, être un rassembleur et faire en sorte que chacune des légitimités gagne. Rien ne peut se faire sans le partenariat, c’est vrai pour l’habitat, les services à la personne, le chômage, la sécurisation des parcours professionnels, l’emploi... » confie-t-il, « c’est passionnant mais il y faut une grande humilité et une force de conviction pour faire comprendre les logiques et dépasser les réticences ». Jean-Louis Borloo estime y être suffisamment parvenu pour qu’aucun des programmes d’action de la loi de cohésion sociale, « signés avec tous les partenaires » ne soit interrompu par les élus de 2007. Et parce qu’il faut « entre 3 et 5 ans » pour que les dynamiques lancées portent leurs fruits.

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