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KARINE LE LOËT | Libération le 12.12.2007

Les côtes britanniques vont turbiner à l’éolien

mercredi 12 décembre 2007 par KARINE LE LOËT
Energie . Le gouvernement veut créer un parc offshore capable de répondre à 20 % des besoins énergétiques d’ici à 2020.

Des milliers de turbines éoliennes au large des côtes capables d’alimenter les 25 millions de foyers britanniques dès 2020. C’est l’objectif avancé lundi par John Hutton, secrétaire à l’Industrie, lors d’une conférence à Berlin. Si le projet se concrétise, le pays produira d’ici à treize ans, 33 gigawatts (GW) d’énergie éolienne, ce qui répondra à un cinquième de ses besoins. De quoi se rapprocher sensiblement de l’objectif, fixé par les membres de l’Union européenne, de tirer des renouvelables 20 % de leur énergie d’ici à 2020.

Aujourd’hui, la Grande Bretagne, pourtant terre insulaire, ne produit que 2,2 GW d’énergie éolienne par an. Certes quelques projets doivent hisser la production à 8 GW d’ici à 2012. La plus grosse ferme offshore du monde, en construction au large du Kent, promet notamment de livrer à elle seule 1 GW d’électricité grâce à ses 341 turbines réparties sur 230 km2. Enfin des dizaines d’autres chantiers, susceptibles de fournir à leur tour 8 GW, attendent, dans les tuyaux de l’administration, une autorisation. Mais même si ces derniers venaient à voir le jour, resterait encore à produire 17 GW supplémentaires pour remplir le nouvel objectif du gouvernement. Pour y parvenir, 7 000 turbines devront être érigées, soit une éolienne tous les 800 mètres, changeant le paysage côtier britannique. Un pari que certains jugent impossible à tenir.

Corrosion. Car, si la construction des fermes en pleine mer est une affaire délicate, il faut aussi planifier et organiser un réseau pour acheminer l’énergie vers les foyers. Selon Charles Anglin, de l’Association britannique pour l’énergie éolienne, « le chiffre de 20 GW produits d’ici à 2020 paraît plus raisonnable ». Reste enfin à trouver des investisseurs. Pour réaliser ce projet gargantuesque, le gouvernement n’entend pas mettre la main à la poche ou très peu. Or, la construction comme la maintenance de turbines soumises à la corrosion de l’eau salée coûtent cher et rendent l’exploitation de cette énergie peu rentable. Selon le gazier britannique Centrica, la production d’un kw/h par une éolienne offshore coûterait 13 centimes contre 5,5 centimes d’euros dans une centrale thermique alimentée au gaz. Le gouvernement devra donc trouver des arguments de poids. Selon le Guardian, il devrait annoncer une augmentation des aides de 50 % dans le secteur d’ici à 2009.

« Incohérence ». L’annonce est attendue début 2008, à l’heure où le gouvernement doit présenter son livre blanc sur l’énergie. Dans ce texte, les industriels attendent aussi de pied ferme le lancement d’un vaste programme de nouvelles centrales nucléaires. « L’installation d’un projet éolien de cette ampleur devrait rendre inutile un investissement dans le nucléaire, assure Charlie Kronick, chargé de projet à Greenpeace. Si le gouvernement continue sur cette route, cela montrera une fois de plus l’incohérence de sa politique énergétique ». A moins que ces investissements verts ne servent qu’à faire passer la pilule du nucléaire.

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