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Article paru dans L’Humanité du 21 octobre 2006

Les deux visages de la CES

samedi 21 octobre 2006 par Corinne Gobin
100 ans après la Charte d’Amiens

L’adhésion du syndicalisme au projet « Europe » conduit, depuis les origines, les dirigeants syndicaux à adopter une posture d’acteur politique plus que d’acteur syndical : l’Europe doit se faire, même si elle impose pour cela des restructurations économiques et sociales douloureuses pour les droits conquis par les salariés. « Plus tard, les choses, nécessairement, s’équilibreront », semble être le parti pris des leaders syndicaux depuis plus de cinquante ans. La construction européenne renvoie au vieux rêve de la consolidation de la paix entre les nations. Une autre constance dans ce soutien syndical, héritée de la guerre froide, est de démontrer à tout prix que le capitalisme peut être domestiqué en une « économie sociale de marché ». Ces deux paris ont permis une proximité forte des leaders syndicaux avec l’establishment communautaire qui rend justifiée la dénomination « d’eurosyndicalisme ».

Avant 1991, sa culture politique dominante était celle du « triangle démocratique » formalisé dans un rapport à trois (pouvoir politique, syndicat, patronat). L’autonomie syndicale découlait de l’affirmation du conflit, irrémédiable, entre intérêts contradictoires. Le syndicat se pensait comme un des trois « fondamentaux » de l’équilibre démocratique et souhaitait que l’Europe soit une union politique qui, au nom de l’intérêt collectif, se devait de tempérer la puissance patronale. La loi sociale, dans une dynamique d’harmonisation dans le progrès, devait être l’apport du pouvoir parlementaire pour contrecarrer une extension impérialiste des forces du marché sur la société. Il y avait dans ce modèle un lien puissant entre démocratie sociale et démocratie politique.

Cependant, un virage important est pris à partir de 1991 par la Confédération européenne des syndicats (CES) . Dans un contexte de proclamation du capitalisme comme mode universel de fonctionnement de la société, la CES a accepté de promouvoir la culture du partenariat social. Dans ce modèle, basé sur « la nécessité » du consensus, la dépendance est structurelle à l’égard du pouvoir et de l’économie : pour être un « bon partenaire », reconnu et légitimé, il faut démontrer sa capacité à produire de « l’accord » et intégrer ainsi les valeurs dites communes de l’Europe (indépendance de la Banque centrale, modération salariale, compétitivité des entreprises, libre circulation du capital). La « gouvernance économique » prend le pas sur l’union politique et sociale. L’adhésion syndicale à l’Europe, centrée au départ sur l’idée de paix, débouche aujourd’hui sur un soutien à « l’économie compétitive », modèle de guerre économique entre les nations s’exprimant par une guerre sociale contre la redistribution des richesses, les droits salariaux et à la sécurité sociale.

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