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Un article de Olivier Razemon paru dans le Monde du 12 février 2005

Les élites mondiales pessimistes face au défi du vieillissement

dimanche 13 février 2005 par Olivier Razemon

Le vieillissement de la population est une réalité qui concerne tous les pays riches. S’agit-il seulement d’un danger ou cette évolution recèle-t-elle des opportunités ? Si les avis divergent sur ce point, le vieillissement constitue un défi, auquel les sociétés européennes, nord-américaines et japonaise ne font pas face de la même manière. Afin de mesurer la capacité des élites à traiter la question, la principale association américaine représentative des seniors, l’AARP (American Association of Retired Persons), a souhaité interroger les décideurs des pays du G7.

L’AARP a confié au cabinet Wirthlin Group le soin de réaliser une enquête poussée auprès de 158 "leaders d’opinion", une vingtaine pour chacun des pays suivants : Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni. Les leaders d’opinion se répartissent, selon l’AARP, en quatre catégories : les responsables d’entreprise, les politiques, les médias et les dirigeants de la société civile, qui sont aussi bien des universitaires et des responsables d’ONG que des syndicalistes. Etre considéré comme un leader global n’est pas donné à tout le monde. Il faut, "au moins quatre à six fois par an", être interviewé par la télévision ou la radio, écrire une tribune dans un quotidien, discourir lors d’une conférence ou être officiellement consulté par les pouvoirs publics.

LE POIDS DES DÉPENSES DE SANTÉ

Une fois sélectionnés, les dirigeants ont été interrogés sur les différents aspects, notamment économiques, du vieillissement des sociétés occidentales et ont été invités à exprimer, anonymement, leur point de vue. La plupart estiment que le vieillissement de la population aura des conséquences décisives sur leur propre pays. C’est en France et en Allemagne que les élites en sont le plus convaincues : dans ces pays, les deux tiers des personnes interrogées jugent cette tendance "très importante" et les autres la classent comme "assez importante". Dans l’ensemble des pays du G7, les responsables économiques et politiques semblent plus soucieux, en moyenne, que les journalistes et les dirigeants de la société civile.

Le responsable d’un média britannique résume le sentiment des élites mondiales : "Le problème est bien plus important que ne l’imagine l’homme de la rue. Ce qui est en cause, c’est l’avenir des systèmes de retraite publics et privés et le poids des dépenses de santé sur les budgets publics. Les sommes affectées aux retraites diminueront car moins de jeunes travailleront pour financer ces dépenses." Un Français complète le propos : "L’absence de renouvellement des générations privera les entreprises des compétences dont elles ont besoin et les amènera à les chercher ailleurs."

PAS DE SOLUTION AVANCÉE

Les leaders mondiaux sont d’accord pour estimer que... personne ne se préoccupe vraiment du sujet. L’idée, répandue en France, selon laquelle les gouvernements préfèrent se voiler la face plutôt que d’aborder la question du vieillissement, n’est pas du tout isolée. Un responsable d’entreprise britannique la résume ainsi : "Tout le monde est conscient du problème, mais personne n’a avancé de solution."

Concernant l’acceptation des salariés âgés dans l’entreprise, 46 % des leaders mondiaux considèrent que leur pays n’est pas prêt à ce changement attendu. Les Français font partie des plus pessimistes : pratiquement toutes les personnes interrogées considèrent que le pays n’est pas préparé à l’intégration d’une main-d’œuvre plus âgée. En Amérique du Nord et au Royaume-Uni, où l’on croise, il est vrai, beaucoup plus de seniors dans les entreprises, les élites sont bien plus optimistes.

La qualité de la vie des retraités inquiète également les leaders d’opinion : 56 % d’entre eux estiment que le montant moyen d’une retraite ne suffit pas pour vivre confortablement. Les Français font cette fois partie, avec les Allemands et les Japonais, des plus sereins : dans chacun de ces pays, plus de la moitié des dirigeants considèrent que le montant des retraites permet de vivre confortablement. Les Britanniques, confrontés à une crise de leur système de retraite, sont de loin les plus négatifs.

L’optimisme revient quand on demande aux personnes interrogées si elles pensent que leur pays peut se ressaisir et faire face à la crise annoncée ; 63 % répondent positivement, et seulement 24 % pensent que les gouvernements ne seront "pas vraiment efficaces". Les réponses varient nettement d’un pays à l’autre. Ainsi, la plupart des leaders canadiens sont optimistes quant à la capacité de leur gouvernement à réagir, tandis que la majorité des élites italiennes portent au contraire un regard très sombre sur l’action de leurs dirigeants.

Les Français se situent entre ces deux extrêmes, puisque les deux tiers des leaders interrogés partagent une vision optimiste. "Nous avons toujours fait face. Les Français protestent certes beaucoup, mais ils savent résoudre les problèmes lorsqu’ils se présentent", résume un responsable politique hexagonal Les résultats de l’enquête confirment l’une des thèses chères à l’AARP : le vieillissement des sociétés est une question globale qui nécessite une prise de conscience des élites mondiales, mais aussi des seniors eux-mêmes

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