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Hervé Kempf | Le Monde du 03.04.2010

Les émissions de CO2 des industriels européens ont baissé de 11% en 2009

mardi 6 avril 2010 par Hervé Kempf

Les émissions des entreprises participant au marché européen des émissions de gaz carbonique ont fortement baissé en 2009 par rapport à l’année précédente. Selon les statistiques publiées, jeudi 1er avril, par la Commission européenne, cette chute a atteint 11,2%.

Ce marché – dit ETS (Emission Trading System) – concerne environ 11 000 entreprises en Europe, qui pèsent ensemble pour près de 44% des émissions de l’Union. Les données sont encore provisoires, et ne concernent qu’environ 80% des participants au marché. Ceux-ci ont émis 1,69 milliard de tonnes de CO2 en 2009, contre 1,905 en 2008.

La nouvelle pourrait être excellente. Mais les analystes observent que cette chute est essentiellement due à la récession économique, qui a entraîné un recul de la production industrielle. "Globalement, la baisse des émissions n’est pas due à un comportement plus vertueux, mais à la récession, estime Isabelle Curien, analyste chez Deutsche Bank. C’est le signe que le marché fonctionne mal, au sens où le plafond d’émissions fixé pour chaque participant est trop élevé."

"Cependant, les émissions ont davantage baissé que le produit intérieur brut, constate de son côté Emmanuel Fages, analyste chez Orbeo. Cela signifie que la baisse découle en partie d’un changement du mix énergétique européen : moins de charbon, plus d’énergies nouvelles et de gaz."

Mais cette évolution du mix énergétique a-t-elle été favorisée par le marché des émissions ? Il semble que le bas prix du gaz ait été une incitation beaucoup plus puissante. Quoi qu’il en soit, les émissions globales sont inférieures au plafond fixé, pour un volume de l’ordre de 60 millions de tonnes.

Le prix de la tonne de CO2, qui oscille autour de 13 euros depuis le début de l’année, n’est pas jugé suffisant pour pousser à des investissements dans des équipements économisant l’énergie et réduisant les émissions.

EFFET D’AUBAINE

Plusieurs études montrent même que s’est créé un "effet d’aubaine" : comme les quotas d’émissions ont été alloués gratuitement sur la période allant de 2005 à 2012, des opérateurs se trouvant en dessous de leur plafond peuvent bénéficier d’une rente, sans effort vertueux de leur part.

Dans une étude publiée en février et intitulée "The Carbon Rich List", l’organisation britannique Sandbag montre que de nombreux industriels ont profité de ce phénomène : ils se retrouvent dotés de permis d’émission en excès qu’ils peuvent négocier sur le marché.

ArcelorMittal est le champion, avec un portefeuille de quotas évalué à 202 millions d’euros, Lafarge arrivant en seconde position, avec 59 millions. Globalement, Sandbag évalue à 3,2 milliards d’euros le profit que vont engranger d’ici à 2012 les dix principaux bénéficiaires de cette rente.

Au début du marché, lancé en 2005, ce sont les compagnies électriques qui ont bénéficié d’une rente conséquente. Dans une étude publiée en octobre 2009 dans la revue Economies et sociétés, Jan Horst Keppler et Michel Cruciani, de l’université Paris-Dauphine, estiment que le fonctionnement du marché ETS s’est traduit "par des gains importants pour les producteurs de courant en base", gains évalués à 19 milliards d’euros par an en 2005, 2006 et 2007. Les analystes espèrent que ces rentes disparaîtront à partir de 2013, avec l’introduction progressive de la mise aux enchères des permis d’émission, qui ne seront donc plus gratuits.

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