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Stéphane Foucart | Le Monde le 19.11.2009

Les émissions de CO2 ont atteint un niveau record en 2008

jeudi 19 novembre 2009 par Stéphane Foucart

Rien ne semble pouvoir renverser la tendance. Ni la diplomatie climatique ni la crise économique. Selon l’étude annuelle du consortium scientifique Global Carbon Project, publiée mardi 17 novembre dans la revue Nature Geoscience, les émissions mondiales de CO2 ont augmenté en 2008, établissant un nouveau record à près de 10 milliards de tonnes de carbone (GtC) – estimation établie avec une précision de l’ordre de 10 %. Quant aux "puits naturels" (océan, végétation terrestre, etc.), qui absorbent une part importante du gaz carbonique anthropique, ils perdent légèrement en efficacité. Voilà un demi-siècle, ils fixaient 45 % des émissions ; ce taux a été en 2008 de 40 %.

Sans surprise, la combustion des ressources fossiles (pétrole, charbon, gaz, etc.) compte pour l’essentiel des émissions humaines de CO2, soit environ 8,7 GtC. Un montant excédant de 29 % le niveau de l’année 2000 et de 41 % celui de 1990, année de référence du protocole de Kyoto.

La litanie des chiffres est éloquente. Au cours des années 1990, les émissions humaines de CO2 dues aux combustibles fossiles ont crû en moyenne de 1 % par an ; ce taux a plus que triplé depuis l’an 2000, s’établissant à une moyenne de 3,4 % d’augmentation annuelle.

La crise économique a donc eu un impact sur les émissions de 2008, une croissance de 2 % demeurant inférieure à la moyenne des années 2000. Et devrait également en avoir un en 2009. S’appuyant sur les évolutions de la croissance mondiale du FMI, les chercheurs du consortium qui réunit une vingtaine de laboratoires internationaux, prédisent "une baisse de 2,8 % des émissions globales de CO2 pour 2009". Ce chiffre ne sera cependant connu avec précision qu’à l’automne 2010.

En dépit du léger ralentissement noté en 2008 et du recul prévu pour 2009, les émissions de la décennie en cours se situent légèrement au-delà du plus pessimiste des scénarios proposés par le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) dans ses rapports successifs.

L’augmentation des rejets de gaz carbonique notée ces dernières années est attribuable, expliquent les auteurs, "à un changement de la source principale d’émissions, qui n’est plus le pétrole, mais le charbon". En 2008, la houille a représenté 40 % de l’ensemble des émissions issues des ressources fossiles, contre 37 % entre1990 et 2000. Quant au pétrole, sa contribution est passée de 41 % entre1990 et 2000, à 36 % en 2008.

Cette prédominance du charbon, inédite depuis 1968 précisent les chercheurs, signe l’augmentation de l’activité économique de la Chine et de l’Inde. Les pays en développement, non concernés par le protocole de Kyoto, voient depuis environ quatre ans leurs rejets de CO2 excéder ceux des pays développés.

DÉLOCALISATION

Attention, toutefois, aux effets d’optique. Les statistiques nationales épluchées par les chercheurs rappellent un fait connu de longue date : les émissions des pays développés se sont pour une large part délocalisées dans les pays émergents. "Au Royaume-Uni, par exemple, les émissions du pays ont diminué de 5 % entre 1992 et 2004, tandis que les émissions fondées sur les biens consommés [en partie produits dans les pays du Sud] ont augmenté de 12 %", rappellent ainsi les chercheurs.

Si elles dominent le tableau, l’activité des cimenteries, la combustion des fossiles liée au transport, à la production énergétique ou à l’activité industrielle, ne sont pas seules en cause. Les changements d’usage des sols comptent aussi pour environ 1,2 GtC. "Il s’agit pour l’essentiel des conséquences de la déforestation dans les régions tropicales", explique le climatologue Philippe Ciais (Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement), coauteur de l’étude.

Ce phénomène est moins bien cerné par les chercheurs qui ne disposent pas toujours de statistiques nationales fiables – au contraire de celles qui concernent la consommation et la production énergétiques, réputées correctes avec une marge d’erreur de 10 % environ.

Que sont devenues les quelque 10 GtC émises au total en 2008 ? Les auteurs estiment que 40 % ont été fixées par les écosystèmes terrestres ou marins. "Le puits qui fonctionne le mieux est encore la végétation terrestre, dit M.Ciais. Mais l’océan donne des signes relatifs de faiblesse."

En effet, précise le chercheur, "voilà cinquante ans, les puits absorbaient 45 % du CO2, soit une perte d’efficacité de 1 % par décennie, ce qui est assez faible".

Il est cependant très difficile de prévoir le comportement de ces puits dans les prochaines années et décennies…


Les Etats-Unis sous pression

Les ministres de l’environnement de 44 pays clés dans les négociations sur le climat ont achevé mardi à Copenhague une ultime réunion pour préparer le terrain en vue d’un accord politique lors du sommet mondial de l’ONU, en décembre, dans la capitale danoise.

Pour Yvo de Boer, secrétaire exécutif de la Convention de l’ONU sur les changements climatiques, c’était "la dernière occasion pour les ministres de donner des directives à leurs négociateurs" au sommet de Copenhague, qui s’ouvre le 7 décembre. "Nous avons besoin de plus d’offres de la part des pays" riches concernant les réductions de leurs émissions, a-t-il souligné, faisant référence notamment aux Etats-Unis et à la Chine, les deux plus gros pollueurs de la planète.

"Ce serait très utile pour tout le processus si les Etats-Unis mettaient sur la table des chiffres spécifiques sur les réductions des émissions et sur le financement", a estimé pour sa part Mme Hedegaard. Le ministre français de l’écologie, Jean-Louis Borloo, a reconnu qu’"on a un problème clair avec nos amis américains". – (avec AFP)

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