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Un article de Anne-Laure Julien paru dans le Figaro du 22 aout 2005

Les entreprises de plus en plus généreuses avec les actionnaires

lundi 22 août 2005 par Anne-Laure Julien

Jamais les entreprises françaises n’ont rendu autant d’argent à leurs actionnaires. Que ce soit en rachetant leurs propres actions ou en distribuant des dividendes, les quarante sociétés du CAC ont reversé en 2004 près de 25 milliards d’euros. Cette année, le montant global des coupons atteint à lui seul 22 milliards. Pour 2006, le cabinet FactSet JCF table d’ores et déjà sur 26 milliards d’euros. Cette générosité envers les actionnaires s’explique par l’amélioration des résultats financiers (le semestre écoulé confirme l’embellie constatée en 2004), mais aussi par la crise boursière du début de la décennie. Fin 2003, après trois années de vaches maigres, les investisseurs ont légitimement réclamé une compensation financière aux entreprises qu’ils avaient soutenues dans ces périodes difficiles. Dans ce cadre, ils n’ont pas hésité à sanctionner les sociétés ne distribuant pas ou peu de dividendes. Telles sont en tout cas les conclusions de l’étude de deux économistes américains, Malcom Baker et Jeffrey Wurgler. « Les investisseurs, analysent-ils, sont prêts à surpayer une action qui verse de copieux dividendes et à sous-payer les plus austères en la matière. »

Le retour en grâce des coupons a un effet rapide. Les groupes du CAC 40 qui ont décidé d’augmenter nettement leur dividende ou de racheter leurs titres ont connu de beaux parcours boursiers. Vinci a racheté l’an dernier 7,1% de ses actions et augmenté de moitié le montant de son coupon 2004. Résultat, le groupe de BTP affiche la meilleure performance du CAC 40 depuis un an, avec une progression de 60%. Dans son sillage, des groupes comme Suez, qui redistribue les deux tiers de ses bénéfices, ou Veolia Environnement (plus de la moitié) ont aussi été plébiscités par les investisseurs. Au cours des douze derniers mois, leur titre a pris respectivement 54% et 50%. Vivendi Universal, qui a repris sa politique de dividende après deux années de pause, a aussi vu son cours s’envoler de près de 30% sur un an. Schneider Electric, qui a redistribué la moitié de ses résultats 2004 à ses actionnaires et racheté 2,4% de son capital, a pris près de 28%.

A l’inverse, les groupes qui se sont abstenus - même pour de bonnes raisons de saine gestion - de choyer leurs actionnaires l’ont payé cher. Alcatel ou Capgemini ne distribuant aucun dividende, ainsi que Casino et TF 1 qui n’ont pratiquement pas augmenté le leur, ont été sanctionnés par le marché. Les actions de tous ces groupes ont perdu de la valeur sur douze mois, dans un marché parisien en hausse de 25%.

Globalement, la générosité des entreprises apparaît payante, au point même de soutenir artificiellement certains cours de Bourse. Elle est d’ailleurs appelée à se poursuivre. Veolia Environnement et Suez ont d’ores et déjà annoncé qu’ils augmenteraient leur dividende en 2005, respectivement de 23% et 10%. C’est-à-dire dans les mêmes proportions qu’en 2004. De son côté, le fabricant de pneumatiques Michelin a annoncé une hausse du sien de 35%, comme l’an dernier. Quant aux rachats d’actions, la tendance semble se poursuivre également au sein du CAC 40. Depuis le printemps, Air liquide, Danone, L’Oréal, Peugeot ou Total ont ainsi dépensé à eux seuls 1,5 milliard d’euros pour acquérir leurs propres titres sur le marché.

Néanmoins, la stratégie d’investissement fondée sur les dividendes sera peut-être moins en vogue à l’avenir, selon Thierry Cantet, stratégiste à la Société générale. « Le marché a joué cette thématique en 2004 et même au début de 2005, en misant sur les secteurs bancaires, pétroliers et des services, reconnaît-il. Depuis quelques mois, la tendance s’est inversée. » Les investisseurs regardent davantage les entreprises sous-évaluées. Ou celles qui utilisent leur trésor de guerre pour des acquisitions, comme Pernod Ricard (Allied Domecq), France Télécom (Amena) ou encore Suez (Electrabel). Ce qui traduit un nouvel état d’esprit : alors que les opérations de croissance externe étaient perçues il y a peu comme porteuses de risques, l’accueil réservé aux récentes grandes transactions montre que le marché est désormais prêt à soutenir les entreprises qui investissent.

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