Liste des auteurs

Claire Gatinois | Le Monde du 08.04.2010

Les "fonds LBO" reviennent sur la scène du rachat d’entreprises par endettement

jeudi 8 avril 2010 par Claire Gatinois

La crise n’a-t-elle donc rien changé au monde de la finance ? Après une traversée du désert en 2009, le redressement des marchés financiers en 2010 et l’argent facile semble s’accompagner du retour en grâce des fonds d’investissement. Notamment ceux dits de "LBO", adeptes des rachats d’entreprises avec un recours massif à la dette, dont la cavalerie financière a pourtant été pointée du doigt pendant la crise.

D’accord, pas d’accord ? Réagissez à l’article que vous venez de lire Abonnez-vous au Monde.fr : 6€ par mois + 1 mois offert Age d’or, principe et gros coups des "LBO"Les acteurs Les fonds de LBO ("leverage buy out") sont une catégorie de fonds d’investissement (private equity). Les plus puissants - BlackStone, KKR ou Carlyle - sont américains. PAI Partners, Barclays PE, Cinven ou BC Partners sont des acteurs européens. Ces fonds, apparus dans les années 1980, ont vécu un âge d’or entre 2005 et 2007, la bulle du crédit ayant facilité leurs opérations.

Une technique Le LBO consiste à racheter une société avec un fort recours à la dette, afin de faire jouer un "effet de levier", permettant de doper les rendements. La plus grosse opération jamais réalisée est à ce jour le rachat aux Etats-Unis du géant canadien des télécommunications Bell Canada par un consortium conduit par le fonds Teachers pour 48,5 milliards de dollars (dette comprise) en juin 2007.

Selon l’agence Dealogic, au premier trimestre 2010 en Europe, 9 milliards d’euros ont été investis dans des opérations de rachat d’entreprises avec LBO. C’est peu au regard des montants records de 2006, qui avaient atteint près de 180 milliards d’euros ; mais c’est déjà la moitié de la performance réalisée sur l’ensemble de l’année 2009 (18 milliards d’euros). "Le marché du LBO n’est pas mort !" conclut Sucheet Gupte, analyste chez S & P LCD.

En France aussi, certains fonds reviennent sur le terrain. Selon le baromètre LBO Net, l’année 2009 a certes chuté pour l’industrie avec un total de 187 entreprises rachetées contre 277 un an plus tôt. Mais, " on retrouve les niveaux de 2003, où l’industrie fonctionnait à une bonne vitesse de croisière", indique Gonzague de Blignières, PDG du fonds Barclays PE.

Depuis le début de l’année, le rachat de la société Spotless (Eau écarlate...) par BC partners pour près de 600 millions d’euros, ou celui du spécialiste du diagnostic médical Sebia et du fabricant de masques de protection Sperian Protection par le fonds d’investissement Cinven, laisse penser que les affaires reprennent.

Faut-il en déduire que les excès passés, les opérations gigantesques réalisées par certains fonds anglo-saxons pourraient faire leur grand retour. "Ce que l’on donne aujourd’hui pour mort peut toujours revenir. Et dans le domaine financier, ce ne sont pas les idées qui manquent", indique Antoine Dréan chez Triago, un agent de fonds.

Le risque est d’autant plus grand que les taux d’intérêts sont faibles. Autrement dit, on peut s’endetter à bon marché. Et contrairement aux banques ou aux fonds spéculatifs (hedge funds), les fonds de LBO, bien que décriés, n’ont finalement pas été jugés source de risque systémique par les autorités. Ainsi à Bercy, on confirme n’avoir en préparation "aucune tentative d’homicide à l’encontre des fonds de LBO".

Les choses ont pourtant bien changé chez les professionnels. "Le modèle du LBO reste intact. Utiliser de la dette n’est pas un travers en tant que tel. Quand on achète un appartement, on s’endette aussi, souligne M. Dréan. Mais la mécanique du LBO est abîmée." C’en est fini, au moins pour un temps, des opérations titanesques, telles le rachat des hôtels Hilton par Blackstone pour 26 milliards de dollars (19,4 milliards d’euros) en 2007.

Les transactions autrefois orchestrées par des ingénieurs financiers sont désormais menées par des experts plus au fait des problématiques industrielles. Le degré d’endettement se réduit, passant de 70 % du montant de la mise nécessaire à 50 %, 40 % voire 0 %. La frilosité des banques à prêter pousse à des pratiques moins audacieuses. Tout comme la disparition de certains produits dérivés de dette comme les CDO , qui permettaient à une banque de revendre sur le marché ses créances en pensant s’être ainsi débarrassée du risque.

Dans ce climat plus apaisé, certains fonds n’ont plus leur place. "Les plus aventureux, ceux qui ont fait les plus grosses bêtises, ne seront plus capables de lever de nouveaux capitaux, indique Jean-Louis de Bernardy, président de l’Association des investisseurs en capital (AFIC). Il n’y aura pas de sang sur les murs mais certaines équipes vont disparaître."

Le marché bruisse déjà de la disparition de Candover. Et de celle de PAI partners. Après son investissement malheureux dans le fabricant de toiture Monier, le fonds a dû maigrir de moitié, remboursant une partie de ses investisseurs. D’autres, comme Colony Capital (investi chez Carrefour, le PSG ou Accor), Wendel (présent notamment chez Saint-Gobain) ou Eurazéo (Accor et Rexel), doivent gérer les difficultés des sociétés dans lesquelles ils ont investi. "Ceux-là devront se débarrasser de leur casserole avant d’espérer revenir en force sur le marché", prévient le gérant d’un grand fonds anglo-saxon.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !