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Article de Sébastien Ganet paru dans L’Humanité du 7 novembre 2006

Les fonds d’investissement tournent à plein régime

mardi 7 novembre 2006 par Sébastien Ganet
Finances . Le rachat d’entreprises par des fonds, surtout des PME non cotées en Bourse, a rapporté sur quinze ans 440 milliards de dollars en gains nets.

Le nouvel eldorado financier serait dans le non-coté. Après la bulle Internet des années 2000-2001, certains voient dans l’industrie dite du private equity, c’est-à-dire ces PME non cotées en Bourse rachetées par des fonds d’investissement, la nouvelle terre promise des gérants de portefeuilles, et peut-être en conséquence l’une des nouvelles bulles financières actuellement en gestation. De 1991 à 2006, cette activité financière, se développant en parallèle des marchés financiers classiques, a rapporté des sommes considérables aux acteurs intervenant aux différents niveaux de ce genre d’opérations issues du monde anglo-saxon. À ce titre, des chiffres très intéressants sont fournis par l’association Private Equity Intelligence citée dans le quotidien la Tribune du 3 novembre  [1].

Lorsqu’une petite ou moyenne entreprise devient la cible d’un fonds d’investissement nommé capital risqueur (GP pour general partners dans la terminologie anglo-saxonne), ce dernier lève d’abord des ressources financières auprès de grands institutionnels comme de grandes banques, des compagnies d’assurances, des fonds de fonds ou encore de grands groupes industriels. Ces très gros intervenants, extrêmement puissants, apportent des ressources considérables mais n’interviennent pas en propre dans la gestion de l’opération (pour cette raison, ils sont désignés comme LP, c’est-à-dire limited partners). Cumulés sur quinze ans, les gains nets tirés du capital risque par ces LP ont atteint le record de 440 milliards de dollars. Les GP, qui mènent les opérations, ont perçu, eux, 78 milliards de dollars.

Lorsque le capital d’une PME est racheté, les « capitaux risqueurs » lèvent des fonds auprès des grands institutionnels et s’endettent auprès des banques. La PME est alors profondément restructurée et, dans le langage de la profession, mise sous tension. Toute la gestion interne de la petite ou moyenne entreprise est ainsi tournée vers un seul objectif : dégager suffisamment de flux de trésorerie (free cash flow en anglais) pour à la fois rembourser la dette et permettre une somptueuse plus-value à la revente. Souvent les fonds se revendent entre eux ces PME et, à chaque fois, le prix de cette pépite grimpe. Il y a alors risque de bulle dans la mesure où la hausse du prix de la PME, considérée comme un actif financier, se déconnecte de la réalité économique de l’entreprise. L’effet de bulle est aussi amplifié par les risques d’un endettement de plus en plus massif après du système bancaire. En France, les investissements financiers dans les PME non cotées ont totalisé l’année dernière près de 10 milliards d’euros contre moins de 1 milliard il y a dix ans.

[1] On peut notamment consulter sur le site Internet de l’association l’étude « The 2006 Value Creation and Carry Review, Value Creation and Carry in Private Equity, 1991-2006 ».

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