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Un article de Cécile Ducourtieux et Adrien de Tricornot paru dans Le Monde du 25.08.05

Les fonds spéculatifs deviennent des actionnaires actifs des sociétés

jeudi 25 août 2005 par Cécile Decourtieux, Adrien de Tricornot

Depuis quelques mois, les fonds spéculatifs (ou hedge funds ) jouent de plus en plus aux actionnaires "actifs". Ces acteurs, réputés investisseurs de très court terme, prennent des participations minoritaires au capital de groupes cotés, puis exigent des changements de stratégie. Les entreprises allemandes semblent tout particulièrement visées.

Selon la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ ) de mardi 23 août, la part des fonds spéculatifs dans le capital de l’allemand DaimlerChrysler serait montée autour de 20 %, à l’occasion de l’annonce du départ de l’ancien président, Jürgen Schrempp, le 28 juillet. Les fonds pourraient vouloir "mettre la pression" sur le nouveau président du directoire de l’entreprise, Dieter Zetsche en le sommant de dire comment il va améliorer les performances du groupe. Ils exigeraient notamment la fermeture de la filiale déficitaire des petites voitures Smart.

Thomas Fröhlich, porte-parole de DaimlerChrysler, indique qu’il "ne peut pas confirmer" la part du capital aux mains des fonds spéculatifs. Dans un entretien donné à la FAZ du 21 mai, le directeur financier de DaimlerChrysler estimait déjà que les hedge funds détenaient entre 10 % et 15 % du capital.

Dans son édition de mercredi 24 août, le Financial Times indique que deux fonds spéculatifs londoniens, Tosca et Lansdowne Partners, auraient l’intention de devenir actionnaires actifs de Commerzbank, la troisième banque privée allemande, après avoir acquis 2 % du capital. Ils veulent prendre TCI pour modèle. Après avoir pris avec d’autres acteurs spéculatifs jusqu’à 20 % (selon certaines sources) du capital de la Deutsche Börse, ce fonds londonien a réussi, à obtenir le départ de ses dirigeants et l’abandon du projet d’offre publique d’achat (OPA) sur la Bourse de Londres. Ce "putsch" avait suscité de vives réactions en Allemagne, y compris dans la classe politique. Le président du Parti social-démocrate, Franz Münteferring, avait qualifié ces fonds de "sauterelles".

"DEUX TYPES D’ÉVÉNEMENTS"

"Traditionnellement, les fonds spéculatifs qui s’intéressent aux entreprises parient sur deux types d’événements : l’OPA ou la mise en faillite des entreprises ", explique Noël Amenc, professeur de finance à l’Edhec. Dans le premier cas, ils achètent une partie du capital de l’entreprise dans l’espoir que l’OPA annoncée réussisse ou fasse flamber les cours par la stimulation d’une contre-OPA. Dans le deuxième, ils rachètent des titres de la société en difficulté, en pariant sur son redressement ou sur une liquidation profitable. Or, "depuis quelque temps, certains d’entre eux ont pris l’habitude de repérer les entreprises où l’action du management est contestable. En menaçant d’exercer les droits de vote attachés aux actions qu’ils détiennent, ils peuvent créer un événement de nature à doper le cours : l’éventualité du départ du PDG. Cette valorisation des droits de vote n’est ni anormale ni choquante", ajoute M. Amenc. "Ils repèrent les entreprises qui ne respectent pas suffisamment l’intérêt des seuls actionnaires et ils s’y engouffrent", ajoute un autre spécialiste français de ces acteurs.

En Europe, ces comportements ne seraient encore le fait que d’un petit nombre d’acteurs, dont TCI ou Atticus. Vont-ils se multiplier ? Les fonds spéculatifs, réputés pour leur inventivité, sont en tout cas à l’affût de toutes les opportunités et les sommes que leur confient les investisseurs ­ souvent des acteurs institutionnels ­ ne cessent d’augmenter : elles atteindraient aujourd’hui 1,1 milliard de dollars.

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