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JEAN-MICHEL BEZAT | Le Monde du 17.11.2007

Les grands groupes d’électricité prônent tous le retour du nucléaire

dimanche 18 novembre 2007 par Jean-Michel Bezat

Curieux paradoxe : c’est à Rome, la capitale du seul grand pays européen à avoir renoncé au nucléaire (en 1987), que le "diable atomique" est réapparu à l’occasion du XXe Congrès mondial de l’énergie qui a réuni, du dimanche 11 au jeudi 15 novembre, les dirigeants des grands groupes énergétiques mondiaux (pétrole, gaz, électricité, charbon...).

Aux portes de la Foire de Rome, les militants du puissant mouvement écologiste Legambiente avaient beau clamer que "pétrole-nucléaire-charbon forment un cocktail explosif pour le climat et la paix dans le monde", les responsables politiques et les patrons de compagnies d’énergie étaient sûrs de leur fait : l’atome civil est promis à un bel avenir, car c’est une des réponses au double défi de la sécurité d’approvisionnement et du réchauffement climatique.

Dès l’ouverture du Congrès, le président du Conseil italien, Romano Prodi, avait invité les pays et les groupes d’énergie - italiens compris - à "intensifier la recherche dans le nucléaire nouvelle génération", qui brûlera moins d’uranium et produira bien moins de déchets. Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, l’a prudemment rejoint en reconnaissant que les "défis conjugués de la compétitivité, de la sécurité énergétique globale et du changement climatique relancent le débat sur l’avenir de l’énergie nucléaire". Anne Lauvergeon, la présidente du français Areva, a affirmé qu’"on n’a plus à plaider la cause du nucléaire", comme le montre la multiplication des projets de nouvelles centrales, tout en réclamant une "autorité de certification globale" européenne pour réduire les délais d’autorisation.

SITUATION "INQUIÉTANTE"

Tout le monde ne partage pas cette assurance. Nobuo Tanaka, le nouveau directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), a invité les gouvernements à ne pas "tergiverser" et à adopter "des politiques stables". Faute de quoi, a-t-il prévenu, "les importants investissements privés nécessaires ne viendront pas". Cette stabilité est loin d’être acquise, notamment en Europe, où le seul véritable obstacle reste "le consentement des opinions publiques", note Pierre Gadonneix, le PDG d’EDF.

Dans les pays qui ont renoncé au nucléaire, les patrons des groupes d’électricité font pression sur le gouvernement pour le dissuader d’appliquer cette décision. En Italie, Enel et Edison (groupe EDF) plaident pour son retour. "C’est une nécessité", a souligné le patron d’Edison, Umberto Quadrino. Des ingénieurs d’Enel travaillent avec ceux d’EDF pour regagner une compétence largement perdue ces vingt dernières années.

En Allemagne, E.ON et RWE rappellent à l’envi que la fermeture de la dernière centrale en 2020, un point clé du pacte CDU/CSU-SPD, est incompatible avec la sécurité énergétique et la compétitivité du pays. Electrabel (groupe Suez) en Belgique et Vattenfall en Suède sont eux aussi soumis à la décision de sortie progressive du nucléaire. Tous ont pris des positions... hors de leurs frontières (France, Grande-Bretagne, Europe centrale...).

Les pétroliers eux-mêmes reconnaissent que cette source d’énergie est indispensable. Tandis que Total réfléchit activement à une diversification dans le secteur, le patron de l’américain ExxonMobil a souligné, à Rome, que le nucléaire est devenu plus compétitif que le pétrole alors que le prix du baril s’envole et qu’il est plus que jamais sous la menace d’une taxe sur les émissions de CO2.

Le manque de compétences risque de freiner le développement du nucléaire, a rappelé à Rome l’Agence de l’énergie nucléaire (AEN) dépendant de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Dans une déclaration adoptée à l’unanimité, les 28 pays membres de l’AEN ont prévenu que "si aucune mesure n’est prise, le secteur risque d’être confronté à une pénurie de main-d’oeuvre qualifiée, tant pour assurer le contrôle et le fonctionnement des centrales existantes que pour en construire de nouvelles". Selon eux, l’ouverture à la concurrence des marchés de l’électricité depuis quelques années et la réduction des coûts induites ainsi que la baisse des budgets publics alloués à la recherche nucléaire sont responsables de cette situation "inquiétante".

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