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Un arrticle de Jean-Michel Bezat paru dansLe Monde du 20 aout 2005

Les groupes français multiplient les investissements à l’étranger

samedi 20 août 2005 par Jean-Michel Bezat

Et si le véritable "patriotisme économique" prôné par Dominique de Villepin était, pour les entreprises françaises, de partir à l’assaut de leurs concurrents étrangers plutôt que de se réfugier dans les plis du drapeau tricolore ?

Dès qu’une OPA ­ vraie ou supposée, comme celle de PepsiCo sur Danone ­ se profile sur un fleuron national, les hommes politiques et des chefs d’entreprise invoquent la défense du patrimoine industriel ou brandissent la menace sur la sécurité du pays. Pourtant, les mêmes applaudissent à tout rompre aux acquisitions à l’étranger, qui se sont multipliées ces derniers mois.

A quelques semaines d’intervalle, Pernod Ricard, France Télécom, Saint-Gobain et Suez ont lancé ou conclu de grosses opérations pour conforter leurs positions européennes et mondiales.

Depuis janvier, les entreprises du CAC 40 ont annoncé avoir réalisé pour plus de 40 milliards d’euros d’acquisitions, une somme qui ne tient pas compte de la croissance interne des entreprises à l’étranger, où elles construisent usines, centres logistiques et hypermarchés.

Les sociétés françaises sont ainsi devenues en quelques mois les championnes européennes des fusions-acquisitions. L’année 2005 s’annonce comme la plus dynamique depuis 2000, selon une étude du cabinet Dealogic. Il n’est pas étonnant qu’il y ait désormais plus de sociétés françaises (39) dans les 500 premiers groupes mondiaux que d’allemandes (37) ou de britanniques (35), notait récemment le magazine américain Fortune .

Cet appétit retrouvé doit moins à une subite pulsion cocardière qu’à la conjonction de facteurs économiques favorables. Depuis l’éclatement de la bulle boursière de 2000, les marchés financiers se sont assainis et les actions sont redevenues abordables, alors que les entreprises peuvent encore emprunter à des taux d’intérêt restés bas.

"D’AUTRES OCCASIONS"

De leur côté, les groupes ont redressé leur bilan. Après avoir atteint un sommet en 2001 (54 %), le taux d’endettement des sociétés du CAC 40 devrait retomber à 41 % cette année et à 34 % en 2006, prévoit le cabinet Facset JCF.

Nombre d’entreprises ont reconstitué une solide trésorerie disponible et dégagent des bénéfices (Le Monde du 5 août), dont elles utilisent, il est vrai, une part notable pour racheter leurs propres actions et rémunérer leurs actionnaires.

Grâce aux fusions, les groupes peuvent conquérir de nouveaux secteurs tout en créant de la valeur pour leurs porteurs de titres. Ils ne s’en privent donc pas.

En annonçant le rachat du britannique Allied Domecq pour 10,7 milliards d’euros, qui propulse Pernod Ricard au deuxième rang mondial des vins et spiritueux, son directeur général délégué, Pierre Pringuet, soulignait qu’il examinerait encore "toutes les possibilités qui se présentent sur le marché".

En dépit d’une dette de 46,3 milliards d’euros, France Télécom s’est porté acquéreur d’Amena, numéro trois espagnol de téléphonie mobile. Cette opération sera partiellement financée par augmentation de capital (3 milliards), mais "ne changera rien à notre objectif de ratio dette nette sur MBO -marge brute...- inférieur à 2,5 fin 2005", affirmait le groupe pour rassurer ses actionnaires.

Saint-Gobain vient de lancer la plus grande offre publique d’achat (OPA) de son histoire : le groupe de matériaux de construction est prêt à consacrer plus de 5 milliards d’euros pour s’assurer le contrôle du leader mondial du Placoplâtre, British Plaster Board (BPB). Et son PDG, Jean-Louis Beffa, assure avoir "identifié d’autres occasions de taille significative" .

Il ne s’agit là que des opérations les plus spectaculaires ou les plus récentes. Vincent Bolloré poursuit ses achats dans la communication.

Premier actionnaire d’Havas (22 %) depuis juin, il a annoncé le 4 août détenir 6,03 % d’Aegis, une acquisition que nombre d’analystes interprètent comme le prélude à un rapprochement d’Havas avec le groupe britannique d’achat d’espace publicitaire.

Patron de CMA-CGM, Jacques Saadé rêve de passer de la cinquième à la troisième place mondiale des armateurs s’il peut racheter le canadien CP Ships et le français Delmas (groupe Bolloré). Quant à Arcelor, il était prêt à prendre le contrôle du sidérurgiste chinois Laiwu si Pékin n’avait mis son veto au contrôle d’un étranger.

RESTER PARMI LES PREMIERS

A la faveur de la dérégulation des marchés et de l’ouverture du capital des entreprises publiques, les groupes énergétiques veulent aussi conforter leur place dans la cour des grands. En Europe, la libéralisation leur a fait perdre des parts de marché national, et ils doivent conquérir des clients hors des frontières.

En annonçant le 9 août le rachat des 49,9 % qui lui manquaient dans le belge Electrabel, Gérard Mestrallet, PDG de Suez, ne cachait pas l’objectif de son groupe d’être parmi les six grands européens du secteur aux côtés des allemands E.ON et RWE, de l’italien Enel et des français EDF et Gaz de France.

Le patron d’EDF, Pierre Gadonneix, croit lui aussi à l’"Europe de l’énergie" et veut que son groupe en reste "un des leaders". Quitte à y mettre le prix, notamment les 7 milliards d’euros investis dans le rachat d’une partie d’Edison, numéro deux italien de l’énergie.

En juin, Gaz de France avait acquis (avec le britannique Centrica) la majorité du deuxième producteur belge d’électricité, SPE.

L’heure des fusions géantes des années 1998-2003 semble révolue dans le secteur pétrolier, mais Total doit se battre. Le groupe français met 751 millions d’euros dans les pétroles extra-lourds du Canada en rachetant Deer Creek Energy et devra y investir 8 milliards dans les années à venir. Areva s’est positionnée dès l’annonce, en juillet, de la mise en vente de Westinghouse, le fabricant américain de réacteurs nucléaires aux Etats-Unis.

Les observateurs ne sombrent pas pour autant dans une euphorie chauvine. Les entreprises françaises ont aussi essuyé des échecs. Comme Dexia, qui a renoncé, sous la pression de ses actionnaires belges, à se rapprocher de la banque italienne Sanpaolo IMI en novembre 2004. Ou Total, qui a fini par retirer son offre de rachat de 25 % du gazier Novatek devant les atermoiements du service antimonopole russe.

Le regain de santé des champions tricolores en fait des proies d’autant plus tentantes que certaines sont vulnérables (capital éclaté, titres bon marché...).

Les rumeurs sont allées bon train, cet été, sur l’intérêt de Wal-Mart pour Carrefour, du fonds d’investissement américain Colony pour Accor... et évidemment de PepsiCo pour Danone. Mais, pour le moment, les Français font davantage leurs emplettes à l’étranger que l’inverse.

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