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Article de Paule Masson paru dans L’Humanité le 15 décembre 2006

Les inquiétudes sociales deviennent incontournables

vendredi 15 décembre 2006 par Paule Masson
Pouvoir d’achat . Lors de la conférence sur les revenus, le gouvernement a esquivé la revalorisation des salaires mais a dû concéder quelques signes.

Des petits gestes face à une montagne d’inquiétudes. Face au diagnostic, livré hier à l’ouverture de la conférence sur l’emploi et les revenus, qui a montré l’étendue du sentiment d’insécurité sociale en France, Dominique de Villepin a dû annoncer une série de mesures, qui en l’absence de véritables annonces sur les salaires, laissent augurer de la mise en scène, dénoncée à la sortie par la CGT, la CFDT, FO. Face aux urgences sociales, le premier ministre a tout de même promis une nouvelle impulsion politique pour qu’aucun des minima salariaux dans les branches ne soit sous le niveau du SMIC d’ici fin mars 2007, unanimement réclamé par les organisations syndicales. La CFE-CGC a demandé, en vain, d’imposer une obligation de résultats.

Aucune revalorisation du salaire minimum

Concernant les jeunes, dont 190 000 sortent du système scolaire sans formation, et souvent sans emploi, Dominique de Villepin plaide pour la création d’une « bourse aux stages » avant la fin du premier trimestre 2007. Avec une rémunération minimale dont le montant doit se décider par voie de négociation. Rien sur l’aide à la qualification, ni sur des mesures d’aides financières pendant les études, réclamées par les syndicats.

Concernant le travail précaire, le premier ministre suggère d’amener les salariés, à 80 % des femmes, qui occupent des emplois à temps partiel vers une validation des acquis de l’expérience, qualifiée de « deuxième chance », et de créer des « crèches d’entreprise » dans la grande distribution. Plusieurs organisations syndicales, dont la CGT, FO et la CFTC, avaient plaidé pour s’attaquer à la racine du mal en instaurant « surcotisation » du travail précaire susceptible d’inciter les entreprises à embaucher en CDI. Leur voeu n’est pas exaucé.

Sur le SMIC, qui est directement du ressort gouvernemental, Dominique de Villepin préconise une « refonte du calendrier de fixation du niveau. » FO avait suggéré de l’avancer au mois de janvier et non plus en juillet afin d’engager plutôt dans l’année les négociations dans les entreprises. Si le gouvernement n’a annoncé aucune revalorisation du salaire minimum, revendiqué par la CGT à 1 500 euros, il a par contre décidé de la « mise en place d’un comité d’experts » pour toutes les décisions portant sur le SMIC, proposition satisfaisante pour le MEDEF.

Enfin, afin de « faciliter la vie quotidienne des Français », le premier ministre a proposé la mise en place d’un crédit d’impôt pour aider les ménages non imposables à employer des salariés à domicile (les familles qui ont les moyens de le faire bénéficient déjà d’une réduction fiscale de 50 %). Il a aussi confirmé des mesures concernant le logement, à commencer par une demande de la CFDT « d’avancer vers un moratoire des loyers en 2007 » et un abaissement « du seuil de non-versement de l’APL de 24 à 15 euros ». La mise en place d’une « garantie des risques locatifs » (voir page 11), dispositif qui doit faciliter l’accès au logement des personnes à bas revenus, est aussi annoncée.

Société française asphyxiée

Gérard Larcher, ministre délégué à l’Emploi, a jugé cette conférence utile pour répondre aux « soucis quotidiens des Français ». Le ton est léger. La réalité des « soucis » des Français l’est beaucoup moins. Le premier ministre avait demandé un rapport au CERC (Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale) pour préparer la conférence. Les conclusions du travail réalisé par son président, Jacques Delors, ont introduit les débats. « Bien que les indicateurs statistiques témoignent d’une situation stable, 90 % des ménages considèrent que leur pouvoir d’achat se dégrade », a expliqué Sophie Boissard, directrice du Centre d’analyse stratégique. Face à cette angoisse sociale, les « bons chiffres » du docteur Villepin sur la baisse du chômage où le retour de la croissance semblent impuissants. « Comment augmenter la rémunération des Français sans que cela pèse sur la compétitivité des entreprises ? », a-t-il interrogé dans son introduction matinale. La réponse a fusé dans la bouche d’Emmanuel Todd, historien invité à mettre son grain de sel dans le débat : « Les discussions que vous allez avoir sont prisonnières d’un système économique mondial qui tend à asphyxier la société française ». Et le chercheur d’appeler à « contester le libre-échange » en construisant un « monde protégé » pour les 450 millions d’Européens.

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