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Cécile Ducourtieux | Le Monde le 15.09.2007

Les investisseurs doutent de la stratégie d’Alcatel-Lucent

samedi 15 septembre 2007 par Cécile Decourtieux

Cela commence à faire beaucoup pour les marchés : jeudi 13 septembre, Alcatel-Lucent a révisé à la baisse, pour la troisième fois depuis le début de l’année, ses objectifs financiers. Dans la foulée, l’action de l’équipementier de télécommunications français, résultat de la fusion fin 2006 du français Alcatel et de l’américain Lucent, a perdu presque 9 % à la Bourse de Paris.

Le groupe prévoit désormais une croissance de son chiffre d’affaires 2007 "nulle ou légèrement positive", alors qu’il misait jusqu’alors sur une hausse d’environ 5 %, à taux de change constant. La rentabilité devrait aussi baisser.

En janvier, quelques semaines après la fusion, le groupe avait déjà annoncé une baisse de ses performances financières pour 2006. En février, il avait prévenu s’attendre à une baisse de ses revenus au premier trimestre 2007.

La raison invoquée est toujours la même : des difficultés sur le marché américain. "Le montant des investissements des opérateurs de téléphonie mobile en Amérique du Nord va être inférieur à nos prévisions", a déclaré jeudi à l’AFP Patricia Russo, l’ex-patronne de Lucent aujourd’hui directrice générale du groupe. Alcatel-Lucent, qui a mis en place au début de l’année un plan de réduction des coûts (12 500 suppressions de postes dans le monde), a annoncé jeudi avoir décidé d’"accélérer l’exécution de son programme de restructurations" et vouloir procéder "à des réductions de coûts supplémentaires ciblées sur les marchés qui en ont le plus besoin".

Les syndicats français, qui venaient juste de signer un accord concernant les mesures d’accompagnement du plan social (1 500 départs environ dans l’Hexagone), sont très inquiets : "Allons-nous à nouveau faire les frais d’une stratégie hasardeuse ?", s’interroge Laurent du Mouza, de la CFDT.

LA FUSION "ÉTAIT UNE ERREUR"

Echaudés par les erreurs d’appréciation à répétition de l’équipementier, les analystes des banques Lehman Brothers, Crédit suisse ou Citigroup ont revu à la baisse leurs objectifs de prix de l’action. "Il n’y a aucune raison d’être plus optimiste sur Alcatel-Lucent à ce stade", selon les analystes du Crédit mutuel CIC dans une note. D’autres contestent ouvertement l’intérêt de la fusion. "C’était une erreur. Alcatel a surpayé Lucent. Aujourd’hui, ils doivent se demander s’ils ont le bon management", estime l’analyste d’un grand courtier parisien.

La pression sur Mme Russo risque d’augmenter. Elle a beau réitérer sa confiance dans la fusion - "Nous avons beaucoup d’atouts", a-t-elle dit à l’AFP - le fait qu’elle passe encore beaucoup de temps dans les locaux de Lucent aux Etats-Unis irriterait les dirigeants basés à Paris (siège du groupe fusionné), selon le Financial Times de vendredi.

Pourquoi le groupe traverse-t-il une si mauvaise passe ? Certes, comme tous les équipementiers, il est confronté à une situation difficile : concurrence venue de Chine (Huawei ou ZTE), pression sur les prix de la part des grands clients - les opérateurs de télécommunication.

Pourtant, la demande d’équipements continue de progresser (+ 2,4 % en 2007, selon Morgan Stanley). Si Alcatel-Lucent a du mal à en profiter, c’est que ses produits "ne sont pas complètement en phase avec le marché", selon un analyste. Dans les équipements pour la téléphonie fixe, le groupe propose du matériel apprécié pour les réseaux à très haut débit (fibre optique). Mais leur déploiement commence à peine. Il est un des tout premiers fournisseurs d’équipements ADSL (technologie d’accès à haut débit), mais la demande ralentit. Et il est loin derrière son concurrent Cisco pour les technologies de réseau "IP" (Internet protocole), qui ont en revanche le vent en poupe.

Concernant les équipements de téléphonie mobile, le groupe reste très fort sur la norme américaine CDMA (équivalente du GSM en Europe) - héritage de Lucent -, "mais ses clients sont en train d’achever le déploiement de leurs réseaux", note Julien Salanave, de l’institut Idate. Pis : Alcatel-Lucent est beaucoup moins bien positionné que le suédois Ericsson sur les marchés très porteurs comme la "3G" (normes de téléphonie mobile de troisième génération).

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