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Entretien réalisé par Philippe Jérôme | L’Humanité le 15.05.2009

Les invisibles du nucléaire crèvent l’écran

vendredi 15 mai 2009 par Philippe Jérôme
Présenté en avant première à Cruas, le film « R.A.S. Nucléaire » diffusé mardi soir par Arte donne pour la première fois la parole aux sous-traitants de la centrale EDF.

Pour un nucléaire à visage humain

Le réalisateur belge de RAS nucléaire, Alain de Halleux, plaide pour replacer l’être humain au cœur de cette industrie. Entretien.

Aucun dirigeant actuel d’EDF ne s’exprime dans votre film. Pour quelles raisons ?

Alain de Halleux. J’ai demandé, bien sûr, à les rencontrer et obtenir l’autorisation de filmer ce qui se passait pendant un arrêt de tranche. J’ai même été, ce que l’on ne fait jamais, jusqu’à leur envoyer le scénario et les premières interviews en leur disant : soyez gentlemen, ouvrez-moi les portes ! Je n’ai trouvé aucun gentleman ! Pendant un an, pas de réponse ! Puis j’ai été poliment reçu dix minutes par un communicant d’EDF. Mon film est-il subjectif ? Il est fait par un citoyen pour des citoyens. J’ai voulu m’extraire du vacarme médiatique sur les questions d’environnement, qui fait oublier le travail des hommes dans les centrales. Quand nous allumons une lampe, pensons un peu à ceux qui produisent l’électricité et qu’au fond personne ne connaît !

On éprouve justement un grand choc en écoutant les témoignages de ces « invisibles » : comment la rencontre avec eux fut-elle possible ?

Alain de Halleux. Comme beaucoup de gens, j’ai peur qu’une nouvelle centrale explose. Et voilà que j’apprends qu’en Suède on est passé d’un rien à côté d’une telle catastrophe. Alors je m’interroge, je m’informe et je tombe sur les travaux d’une sociologue française qui parle de « travailleurs du nucléaire ». Moi qui croyais qu’une centrale c’était entièrement automatisé, piloté et entretenu par quatre ou cinq techniciens ! Là je me suis dit : il faut que je rencontre ces gars, ce sont eux qui vont pouvoir m’expliquer ce qui se passe vraiment dans ces machines. Mon idée était de partir de la base puis de remonter jusqu’au plus haut de la hiérarchie. Mais je me suis rendu compte que plus on monte dans la chaîne des responsabilités et moins il y a de responsables. Dans le cas du nucléaire c’est inquiétant.

Vous vouliez faire un film « ni pour ni contre » le nucléaire, mais ce que vous avez découvert pendant le tournage vous a-t-il fait basculer dans un camp ?

Alain de Halleux. J’ai d’abord voulu faire un film sur les humains dans les centrales : qui sont-ils, qu’ont-ils à nous dire ? Les travailleurs du nucléaire ne peuvent pas parler aux antinucléaires qui attiseraient leurs paroles, ni à leurs patrons qui n’entendent pas ni aux citoyens qui sont dans l’indifférence. C’est terrible et dangereux de ne pouvoir dire sa douleur à personne. Je suis heureux d’avoir pu recueillir les paroles de ceux qui ont eu le courage de parler. Courage car dans le nucléaire il y a un secret de famille et celui qui le révèle peut être considéré comme un traître. Mais j’espère que les dirigeants du nucléaire seront suffisamment intelligents pour dire : oui, ces témoignages sont vrais, on va s’appuyer sur eux pour mieux faire. Tout le monde y gagnera car, du prolo nomade au directeur de centrale, tous sont aujourd’hui malheureux. L’autre titre que j’avais envisagé pour mon film était Pour un nucléaire à visage humain. Plus d’écoute et de démocratie dans cette industrie serait un bon moyen d’y parvenir.

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