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Un article de François-Xavier Bourmaud et Cyrille Lachèvre paru dans le Figaro du 31 octobre 2005

Les jours fériés, ouvrés pour la consommation

lundi 31 octobre 2005 par François-Xavier Bourmaud, Cyrille Lachèvre
Combien coûte un jour férié à l’économie ? Difficile à estimer. Beaucoup de Français qui ne travaillent pas, consomment, profitant de l’ouverture des magasins, très répandue les 1er et 11 novembre. Mais ce sont autant d’achats qu’ils ne feront pas les autres jours.

SIX MILLIARDS d’euros, voilà ce que produisent les Français chaque jour et donc, pourrait-on penser, ce qu’ils ne produisent pas les jours fériés. Résultat d’une simple moyenne arithmétique, ce chiffre ne reflète toutefois pas la réalité du manque à gagner d’un jour férié. L’Insee a malgré tout une petite idée de ce qu’il représente. En effet, les années où les jours de fête tombent pendant le week-end plutôt qu’en semaine, le nombre de jours travaillés augmente, le produit intérieur brut (PIB) du pays aussi. Ainsi en 2004, les Français ont travaillé 255 jours, un record depuis 1976. L’impact sur le PIB est estimé entre 0,2% et 0,3%, soit à peu près cinq milliards d’euros de plus. L’année 2005 revient dans la moyenne avec 253 jours ouvrés.

Fausses bonnes idées

Difficile pourtant d’estimer avec précision l’impact d’un jour férié sur l’économie. Plusieurs facteurs brouillent la mesure. Le nombre de samedis dans une année, par exemple, peut changer le profil d’activité. L’Insee met en garde ses statisticiens à ce sujet.

Chargé fin mai par Jean-Pierre Raffarin, alors premier ministre, d’étudier l’impact de la suppression du lundi de Pentecôte, le député Jean Leonetti (UMP, Alpes-Maritimes) s’était déjà heurté à ces écueils. « Selon que l’on observe l’activité dans les services, le commerce ou la production, un jour férié aura un impact complètement différent, explique-t-il. Dans le commerce par exemple, il n’est pas toujours certain que le fait de travailler un jour férié se traduise par une hausse des ventes. Ce n’est pas forcément parce que l’offre augmente que la demande suit. » Ce que confirme Marc Touati, économiste chez Natexis (groupe Banque populaire), pour qui « ouvrir les magasins plus souvent permet de lisser la consommation, mais si le pouvoir d’achat stagne, cela ne permet pas d’augmenter les ventes sur l’année ».

Et quand bien même le pouvoir d’achat augmente, il faut encore que l’offre puisse suivre derrière. Ce qui est loin d’être le cas dans les secteurs qui connaissent des problèmes de recrutement comme la restauration, la distribution ou la construction. « On ne peut pas affirmer simplement qu’augmenter le nombre de jours travaillés permet mécaniquement d’accroître la richesse nationale, indique Patrick Artus, directeur des études économiques chez Ixis CIB (groupe Caisses d’épargne). Il faut adopter une approche pragmatique et regarder l’impact spécifique d’une telle mesure sur chaque secteur. » A cet égard, les conclusions de l’Insee sur le dernier lundi de Pentecôte sont éclairantes. Selon l’institut de la statistique, les grandes entreprises industrielles ont utilisé moins de la moitié de leurs moyens de production le 16 mai. La suppression du jour férié n’était, il est vrai, pas rentrée dans les moeurs. « Il appartiendra tant aux employeurs du secteur privé qu’à l’administration de déterminer les conditions dans lesquelles seront effectuées les sept heures de travail supplémentaires en faveur de l’autonomie, qui pourront être réparties dans l’année », a annoncé Matignon en juillet. Comme le constate Jean Leonetti : « Le débat sur la question est aujourd’hui apaisé. »

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