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Christelle Chabaud | L’Humanité du 30.08.07

Les patrons face à des médecins du travail

samedi 1er septembre 2007 par Christelle Chabaud
Suicides, dépressions, stress… Le patronat se refuse toujours à reconnaître les souffrances au travail et rejette la faute sur la loi des 35 heures.

La souffrance au travail… Après les tragiques suicides de plusieurs salariés de l’automobile ces derniers mois et à la veille d’une conférence sur les conditions de travail prévue à l’automne par le gouvernement, il eut été plus que maladroit pour le syndicat patronal de n’en pas faire écho. Mais en langage MEDEF, l’important est de se demander si l’entreprise est « fair-play ». Ennemi numéro un donc, pour « jouer le jeu » - comme le dit Laurence Parisot - : la loi sur les 35 heures.

« Cela a obligé les salariés à faire la même charge de travail qu’auparavant, mais dans un temps réduit, c’est cela qui a décuplé les souffrances », affirme Pierre Deschamps, président des entrepreneurs et dirigeants chrétiens et président du conseil de surveillance de la firme de conseil Unilog. « Nous devons gérer des fragilités sociales dont nous ne sommes pas responsables », renchérit Jean-Luc Placet, représentant du MEDEF à la - commission travail du Conseil économique et social. « L’entreprise est toute ma vie, ma passion, donc j’ai du mal à concevoir la souffrance au travail. Mais nous avons une grande responsabilité, car l’entreprise est devenue un lieu de socialisation et les patrons ont acquis une vraie aura vis-à-vis des collaborateurs, bien supérieure à la ligne hiérarchique théorique. »

Salves d’applaudissements, toute l’assemblée s’accorde pour fustiger les travers de la mondialisation. Or, lorsque Marie-France Hirigoyen, psychiatre, estime au contraire que « les salariés supportent en général sans problème la surcharge de travail, mais réagissent très mal aux ordres contradictoires de leur direction », les regards se font fuyants. Et quand la médecin du travail Dorothée Ramaut lance « qu’il y a besoin urgent de s’interroger sur la course à la performance et qu’il ne sera jamais possible de courir le 100 m en zéro seconde », le silence devient même pesant. Pierre Deschamps tente une justification : « Vous ne voyez que des malades, mais le stress, c’est comme le cholestérol, il y en a un bon et un plus mauvais. » Rires. « C’est dans la nature humaine de chercher à dépasser son voisin. » Des - propos qui font sortir de ses gonds la médecin du travail : « Ce sont les managements actuels qui déstructurent le lien - social, car les rivalités sont encouragées. Vous dites également que les souffrances physiques n’existent plus, mais connaissez-vous les troubles musculo-squelletiques ? » Visiblement non.

Alors que le 26 septembre doivent se dérouler de nouvelles négociations entre patronat et syndicats sur la prise en compte de la pénibilité des conditions de travail dans l’âge ou le calcul de la retraite - prévue depuis 2003, mais repoussée depuis par le patronat -, il reste semble-t-il beaucoup de chemin à parcourir dans la prise de conscience de la réalité du travail aujourd’hui.

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