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Un article de François WENZ-DUMAS, Nathalie BENSAHEL et Sonya FAURE paru dans Libération le 7 avril 2006

Les patrons verraient bien le cpe a la retraite

vendredi 7 avril 2006 par François WENZ-DUMAS, Sonya FAURE, Nathalie BENSAHEL
Entendus par l’UMP hier, ils critiquent surtout l’effet de la crise sur l’économie d’une mesure antijeunes.

Arrêtez les frais, vite : c’est le message que les patrons du Medef et les artisans de l’Union professionnelle artisanale (UPA), reçus hier par Bernard Accoyer et Josselin de Rohan, présidents des groupes UMP de l’Assemblée et du Sénat, ont voulu faire passer. Le CPE, ils n’avaient rien contre, surtout si on ne le réservait pas aux jeunes. Mais ils commencent à trouver que la plaisanterie a assez duré. « Il est temps que l’on retrouve la voie de la raison et que la France se remette en marche », insistait hier la présidente du Medef, Laurence Parisot, au sortir de son audition, à laquelle assistait également le ministre de la Cohésion sociale, Jean-Louis Borloo, et Gérard Larcher, ministre délégué à l’Emploi. Si elle n’a pas voulu se prononcer sur l’abrogation du CPE, elle a rappelé que, dès l’origine, elle avait été « réservée » sur ce dispositif, et a averti à plusieurs reprises que la crise pourrait mettre « en danger l’économie du pays ».

Dans le camp patronal, le CPE n’a jamais suscité l’enthousiasme. Non que la perspective de licencier un salarié sans avoir à invoquer « une cause réelle et sérieuse » ne réjouisse pas le chef d’entreprise de base. Mais les DRH des grandes entreprises et les responsables patronaux ont vite mesuré les dégâts collatéraux provoqués par la mesure.

Au début, les « réserves » de Laurence Parisot n’ont pas été comprises. Patronne de l’Ifop, un institut de sondages, la présidente du Medef a d’abord réagi en professionnelle. Elle anticipait le rejet du CPE par les moins de 26 ans, alors que d’autres patrons y voyaient une mesure inspirée par un libéralisme de bon aloi, enfonçant un nouveau coin dans le code du travail. Les responsables de la puissante fédération de la métallurgie, l’UIMM, lui ont reproché de ne pas soutenir plus fermement le gouvernement. Ce qui ne les a pas empêchés de mettre en garde leurs adhérents sur la fragilité juridique du contrat nouvelles embauches (CNE) , grand frère du CPE, en leur conseillant de toujours motiver par écrit la fin de contrat dans les deux premières années pour éviter toute mauvaise surprise devant les prud’hommes.

Des voix se sont aussi fait entendre dans les milieux patronaux pour critiquer la méthode Villepin. « Que le pouvoir politique impose une modification de la législation du contrat de travail, aussi bonne soit-elle, sans qu’il y ait eu négociation préalable avec les partenaires sociaux, cela nous renvoie à l’époque du CNPF, quand Jospin imposait les 35 heures ! » regrette un ancien dirigeant du Medef. On a aussi entendu des responsables des ressources humaines et des dirigeants de grands groupes expliquer que la mesure ne répondait pas du tout à leurs besoins de recrutement à venir.

En 2006, année où les premiers baby-boomers fêtent leurs 60 ans, le problème des grandes entreprises est moins de licencier sans entraves les jeunes que d’attirer les meilleurs d’entre eux. Ce qui ne se fait pas en envoyant aux lycéens et étudiants le message qu’ils seront jusqu’à leur vingt-sixième anniversaire traités en salariés jetables. Le grand gâchis de ces dernières semaines a fini par convaincre les derniers indécis que le CPE ne valait pas la peine d’être soutenu. Et ceux qui jugeaient Dominique de Villepin courageux de s’attaquer ainsi au code du travail lui reprochent aujourd’hui d’avoir rendu impossible pour des mois, voire des années, tout assouplissement des procédures de licenciement.

Les artisans, qui disposent depuis l’automne d’un CPE pour tous avec le CNE, craignent que celui-ci soit à son tour remis en cause. Pour le président de l’UPA, Pierre Perrin, l’urgence est « que l’on retrouve de la sérénité dans ce pays, qu’on sorte de cet état de crise qui immanquablement un jour ou l’autre va peser négativement sur le secteur de l’artisanat et surtout du commerce ». Et, si à l’arrivée les entreprises de moins de vingt salariés restent les seules à pouvoir licencier sans motif, les artisans en seront ravis.


Pour une flexibilité toujours accrue

Aménagements mineurs ou contrat unique pour sortir de la crise.

Discrets. Les patrons sont franchement très discrets depuis le début de la crise du CPE. Comme si dans cette affaire il n’y avait que des coups à prendre. Tous les dirigeants d’entreprise de l’Hexagone réclament pourtant davantage de souplesse dans le contrat de travail. Pourquoi n’ont-ils pas profité de ces dernières semaines pour avancer leurs pions en matière de flexibilité ? Qu’ont-ils à offrir en échange ?

Pour Geoffroy Roux de Bézieux, président de Croissance Plus (association qui fédère les dirigeants de start-up), la sortie idéale de la crise, en théorie, c’est le contrat unique, qui « fixerait dès l’embauche les indemnités de sortie des salariés, contre la possibilité pour les patrons de mettre fin à un contrat de travail plus facilement, sans possibilité de recours devant les tribunaux. Cette garantie financière pourrait être accompagnée d’une garantie de formation ». Cependant, Geoffroy Roux de Bézieux sait que le terrain « n’est pas mûr ». Autre piste : « Au-delà d’un certain seuil de contrats courts (stages , intérim , CDD...), si une entreprise veut encore plus de flexibilité, on lui augmente ses charges Unedic. Elle participe à l’effort collectif de prise en charge du chômage, contre davantage de souplesse. »

Pour Jean-François Roubaud, président de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME), il y a « assez de contrats nouveaux ». « Nous allons faire à Bernard Accoyer des propositions très concrètes pour aménager, peut-être même changer le nom de ce contrat qui ne passe plus. » Et la flexibilité dans tout ça ? « A terme, il faudra donner plus de flexibilité pour l’entreprise, et plus de sécurité pour les salariés. Mais, par pitié, qu’on n’organise pas de grand-messe sur la réforme du contrat de travail, qui ne donnera lieu qu’à une surenchère inutile, désastreuse pour les entreprises. »

Sophie de Menthon, présidente de l’organisation patronale Entreprises de taille humaine, indépendantes et de croissance (Ethic) et propagandiste de l’opération « J’aime ma boîte », avoue être dépitée : « Depuis ce CPE, on se fait insulter pour rien. Les peurs des jeunes se sont focalisées sur l’entreprise. » Elle estime qu’« il faut rétablir une évidence devenue politiquement incorrecte : un salarié doit être rentable. Malheureusement, il y a aujourd’hui des jeunes qui ne sont pas employables ».

Le CPE nouvelle mouture ne devrait, selon Ethic, concerner que les jeunes en échec scolaire ou en chômage de longue durée. En échange de leur embauche, l’employeur bénéficierait d’une exonération de charges sociales. Ethic propose aussi que les licenciements pendant la période d’essai soient motivés, mais que cette justification ne soit pas attaquable aux prud’hommes. En échange, la période d’essai pourrait être ramenée à un an et un préavis au licenciement serait obligatoire.

Le Centre des jeunes dirigeants (CJD) réclame « avant tout de restaurer un vrai dialogue social ». Puis de mettre fin au binôme infernal CDI-CDD pour instaurer un contrat de travail unique. Pour sa présidente, Françoise Cocuelle, « il faut atteindre la flexibilité sans la précarité, via un nouveau contrat qui s’appliquerait à tous, dans le privé comme dans le public, où les contrats précaires sont très présents... On devrait pouvoir prendre exemple sur le modèle danois : les Assedic y sont égales à 90 % du salaire, mais plafonnées à 1 700 euros. Les petits salaires sont mieux protégés ».


A savoir

Flexisécurité C’est un système de flexibilité totale de l’emploi qui, en contrepartie, propose une forte indemnisation et un accompagnement actif des chômeurs. Le concept est venu des pays scandinaves, notamment du Danemark .

« Séparabilité »Néologisme de Laurence Parisot, présidente du Medef, qui propose d’engager une réflexion sur les « motifs de rupture » entre un patron et un salarié. « Pour favoriser l’embauche, il faut réduire les risques de contentieux, a-t-elle expliqué dans le Figaro . Réfléchissons [...] plus généralement à ce que j’appellerais la "séparabilité" de l’entreprise et de l’employé. »

CNE Début janvier, six mois après la création du contrat nouvelles embauches (CNE), les entreprises avaient déclaré 355 000 intentions d’embauches à l’Acoss (la « banque » de la Sécurité sociale). Dans une étude publiée fin mars, l’Insee a estimé entre 10 000 et 20 000 créations d’emplois par trimestre directement liées au CNE.

Chez les 15-26 ans On compte 8 % de sans-emploi, la grande majorité des jeunes Français poursuivant des études. Le taux de chômage des jeunes de moins de 26 ans présents sur le marché du travail grimpe en revanche à 23 %. Ces jeunes, moins qualifiés ou ayant quitté le système scolaire sans diplômes, sont les plus vulnérables au chômage.

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