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Un article Jean-Michel Bezat paru dans Le Monde du 11 octobre 2005

Les pays pauvres sont plus exposés que les nations riches à l’envolée des cours du pétrole

mardi 11 octobre 2005 par Jean-Michel Bezat

Par ces temps de pétrole cher, il ne fait pas bon être membre du club des pays pauvres et, de surcroît, importateur net d’or noir. De l’Afrique sub-saharienne à l’Amérique centrale et à l’Asie du Sud-Est, la flambée des cours du brut ­ le baril a clôturé à 61,84 dollars, vendredi 7 octobre, à New York ­ a plongé un grand nombre d’entre eux dans un véritable état de choc pétrolier. L’alourdissement de leur facture pétrolière risque même d’annuler les effets bénéfiques de l’effacement récent de la dette multilatérale de 40 milliards de dollars (33 milliards d’euros) de dix-huit pays pauvres. Et de compromettre encore plus l’"objectif du Millénaire", fixé par l’ONU, de réduire par deux en 2015 le nombre de personnes vivant avec moins de 1 dollar par jour.

L’Asie est particulièrement dépendante du pétrole. "La hausse des cours commence à peser sur la croissance" , et "le premier pays à être touché est l’Indonésie" , souligne une étude du département recherche d’Ixis CIB. Comme dans la plupart des pays pauvres ou émergents, l’Etat y prend à sa charge l’écart entre les cours mondiaux du brut et les tarifs à la pompe. Quand il ne fait pas assurer la charge par ses compagnies pétrolières, comme en Chine. C’est le seul moyen de rendre gazole, essence et fioul accessibles à des populations très démunies.

Las, à chaque flambée du brut, ce mécanisme entraîne de lourdes charges budgétaires, un déséquilibre accru de la balance des paiements, parfois une hausse de l’inflation et une baisse de la monnaie, comme en Indonésie. Lors de la dernière réunion des institutions de Bretton Woods à Washington, fin septembre, le gouverneur de la Banque d’Algérie a invité le Fonds monétaire international (FMI) a "se tenir prêt à soutenir les balances de paiement des pays en développement importateurs de pétrole" .

BAISSE DES AIDES DE L’ETAT

S’ils n’augmentent pas leur déficit budgétaire, les pays puisent dans les budgets consacrés à la santé ou à l’éducation pour payer la facture pétrolière. Mais ils sont de plus en plus nombreux à recourir, ces derniers mois, au même remède, poussés par le FMI et les pays du G8 : la baisse des aides de l’Etat, qui entraîne une hausse des prix à la pompe et des tarifs des transports. Certains y recourent pour limiter une consommation effrénée de pétrole, à l’image de l’Iran, qui dépense 11 milliards de dollars par an en subventions à l’essence.

Pourtant productrice d’or noir, l’Indonésie a annoncé, le 30 septembre, des augmentations allant de 87,5 % pour l’essence à 186 % pour le combustible de cuisine. Autre puissance pétrolière, le Nigeria a fait de même. Comme le Sénégal, les Comores, le Burkina Faso, le Niger, le Yémen, la Jordanie, la Malaisie ou plusieurs pays d’Amérique centrale. Au Nicaragua, ce sont les transporteurs qui ont suspendu leur activité jusqu’à ce que l’Etat accepte de débloquer une subvention exceptionnelle évitant la hausse des tarifs. Les grèves se multiplient ces dernières semaines, et la colère monte, débouchant parfois sur des explosions de violence.

Au total, le poids de la facture énergétique peut dépasser 5 % du produit intérieur brut (PIB) ­ niveau de la France en 1981 ­, comme en Asie, alors qu’il oscille autour de 2 % dans les pays de l’OCDE (1,75 % pour la France en 2004). Ces surcoûts sont aussi dus à une efficacité énergétique médiocre, mesurée par la quantité d’énergie primaire nécessaire à la production d’un point de PIB : il en faut 42 % de plus au Brésil qu’à un pays de l’OCDE, 132 % de plus à la Chine et 188 % de plus à l’Inde, a calculé l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

D’autres raisons structurelles expliquent la surexposition des pays en développement à la flambée des cours. Certains sont en phase d’industrialisation, et donc très énergivores, alors même que l’absence de sources d’énergie alternatives (hydraulique, nucléaire...) accroît leur dépendance au pétrole. Enfin, ils ont peu de moyens pour faire des économies d’énergie.

Une meilleure intégration régionale permettrait aux pays pauvres ou émergents de mieux gérer ces chocs. L’Union économique et monétaire ouest-africaine, qui regroupe huit pays, plaide pour une "politique énergétique communautaire" (réseaux de pipelines, dépôts...). En Amérique centrale et dans les Caraïbes, de plus en plus d’Etats acceptent les facilités de paiement des hydrocarbures accordées par le président vénézuélien, Hugo Chavez, dans le cadre du projet Petrocaribe lancé en juin, en échange d’accords politiques destinés à réduire l’influence des Etats-Unis dans cette zone.

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