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Un article de Virginie Malingre paru dans Le Monde du 23 février 2005

Les profits du CAC 40 occultent les résultats plus modestes des PME

mardi 22 février 2005 par Virginie Malingre
Les 9 milliards de bénéfices de Total ont relancé la polémique sur la possible augmentation des salaires. Mais toutes les entreprises sont loin de disposer des ressources du pétrolier, de la BNP ou de Renault

Les entreprises du CAC 40 enregistrent des profits records, en milliards d’euros. Elles distribuent de copieux dividendes et rachètent leurs propres actions pour faire monter leurs cours de Bourse. Pendant ce temps, les salaires progressent peu.

Derrière Dominique Strauss-Kahn, qui demande un "Grenelle des salaires", les responsables politiques de gauche se saisissent du sujet pour relancer le débat sur le partage de la valeur ajoutée entre rémunérations et profit. Les syndicats affûtent leurs mots d’ordre pour la future journée de grève du 10 mars. Qu’en est-il vraiment ? Les entreprises françaises sont-elles aussi riches que le laissent présumer ces échanges des derniers jours ? Sans doute pas.

Certes, les fleurons de l’économie, qui composent le CAC 40, ont engrangé des bénéfices en forte hausse pour 2004, comme leurs concurrents étrangers. A titre de comparaison, les quinze groupes du CAC 40 qui ont publié leurs résultats pour l’instant cumulent un bénéfice net global de 33,9 milliards d’euros, soit 50 % de plus qu’en 2003.

Mais si l’on regarde les données macroéconomiques, sur le taux de marge global des sociétés non financières et entreprises individuelles, on trouve des progressions bien moins spectaculaires. Le taux de marge de ces entreprises - défini comme le ratio entre leur excédent brut d’exploitation et leur valeur ajoutée - est monté en 2004 à 39,7 %, calcule aujourd’hui l’Insee, qui précise que ce chiffre "n’est qu’une première estimation et ne peut être considéré comme un résultat définitif". Il enregistre donc une légère hausse de 0,3 point - il était de 39,4 % en 2003 - qui ne lui permet même pas de renouer avec son niveau de 2002 (39,9 %).

MARGE STABLE

Toutes les entreprises ne sont donc pas aussi riches que Total ou L’Oréal. Puisque le taux de marge est relativement stable et que la plupart des groupes affichent des résultats en hausse sensible, on peut donc penser que le taux de marge des PME diminue.

La part des salaires dans la valeur ajoutée a bien baissé en 2004 : de 57,5 % à 57 %, retrouvant ainsi son niveau de 2002. Mais "ce qui s’est passé l’an passé est normal. Nous sommes au début de la reprise d’un cycle économique, et cela correspond toujours à une augmentation du taux de marge et à une baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée. En 1998, on avait observé à peu près le même phénomène", juge Karine Berger, économiste à l’Insee.

A l’époque, Dominique Strauss-Kahn était ministre de l’économie et il affrontait les récriminations de la gauche sur le partage de la valeur ajoutée qui se faisait au détriment des salaires. Mais comme le gouvernement mettait en place les 35 heures, l’hôte de Bercy n’avait alors pas évoqué de "Grenelle des salaires".

Sur une période plus longue, le taux de marge des entreprises en 2004 n’est pas exceptionnellement haut. Depuis 1986, en effet, il a toujours été supérieur à 39,9 %, sauf sur les deux dernières années.

De manière symétrique, la part des salaires dans la valeur ajoutée est revenue depuis près de vingt ans au niveau des années 1960. Les valeurs atteintes dans les années 1970 étaient exceptionnellement élevées du fait de la crise, comme le rappelle Patrick Artus, le chef économiste d’IXIS, dans une note sur "le retour nécessaire de la politique des revenus", publiée le 6 janvier. "Cette scission que l’on fait traditionnellement entre salaires et profits ne fait plus totalement sens aujourd’hui", ajoute Alain Bokobza, responsable de la stratégie des marchés de la Société générale. "L’épargne salariale a considérablement augmenté depuis vingt ans. Et est devenue aujourd’hui une épargne populaire", poursuit-il.

Difficile, dans ces conditions, de toujours séparer l’intérêt de l’actionnaire de celui du salarié. Dominique Strauss-Kahn avait répondu en 1998 au débat sur le partage des fruits de la croissance par des mesures favorables à l’épargne salariale. Jean-Pierre Raffarin, aujourd’hui, s’apprête à faire des annonces sur l’actionnariat salarié. Ce décalage entre les résultats du CAC 40, la perception qu’en ont aussi bien les responsables politiques que les organisations syndicales, et les chiffres de marge de l’Insee s’explique d’abord par le fait que les bénéfices records affichés par les grands groupes sont mondiaux alors que l’Insee ne retient que les activités réalisées en France. Il faudrait connaître la répartition des résultats entre la France et les autres pays pour être en mesure de savoir si les profits dégagés par les salariés français ont explosé tandis que leurs rémunérations restaient apathiques.

PAS D’INDICATEUR

Si Alcatel produit 36 % de son chiffre d’affaires en France et n’y réalise que 28,2 % de son bénéfice d’exploitation, il est impossible d’extrapoler : la plupart des entreprises ne donnent pas la répartition de leurs profits entre France et l’étranger.

Par ailleurs, la situation des groupes du CAC 40 n’a rien à voir avec celle de leurs sous-traitants, et des PME de manière générale. Il n’existe pas d’indicateur permettant de différencier les bénéfices des entreprises selon leur taille.

Néanmoins, la société d’assurance crédit Euler-Hermes-Sfac remarque qu’en 2004 les défaillances d’entreprises ont augmenté de 1,5 %, alors que si l’on se concentre sur les entreprises de plus de 15 millions d’euros de chiffre d’affaires les défaillances ont reculé de plus de 25 %.

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