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Claire Gatinois | Le Monde du 12.04.07

Les projets de rachats et de fusions d’entreprises se multiplient en Europe

mercredi 11 avril 2007 par Claire Gatinois

Après une année 2006 record, le montant des fusions-acquisitions s’apprête à suivre la même tendance en 2007. Selon les données de l’agence spécialisée Thomson Financial, les opérations annoncées au premier trimestre représentent déjà 1 100 milliards de dollars (820 milliards d’euros), soit 27 % de plus que la même période en 2006. De fait, si le rythme se maintient tout au long de l’année, le montant des fusions annoncées en 2007 devrait dépasser les 3 610 milliards de dollars atteints un an plus tôt.

Ni les craintes de ralentissement de l’économie américaine, ni la croissance en Europe, plus faible dans certains pays, ne semblent ralentir le mouvement. Au contraire. Aux cotés de quelques opérations d’envergure aux Etats-Unis comme l’offre de rachat de l’électricien texan TXU par les fonds KKR et TPG pour 45 milliards de dollars, les transactions se multiplient en Europe. Sur la période elles représentent 39 % de des volumes annoncés contre 41 % pour les Etats-Unis. "Nous assistons à une espèce de paradoxe macro économique", constate Jean-Baptiste Charlet directeur associé chez Morgan Stanley.

En Europe, les entreprises, assainies, parviennent comme en 2006 à générer de la trésorerie en abondance et à puiser leurs ressources dans la croissance mondiale grâce aux exportations vers les pays émergents. L’autre caractéristique de 2007 est, qu’à l’instar de 2006, les fonds d’investissements dopent les acquisitions. Sur les trois premiers mois de l’année, ils représentent 17,4 % des volumes totaux, soit 191,8 milliards de dollars en hausse de 47 % par rapport au trois premiers mois de 2006, confirmant leur omniprésence sur le marché.

Depuis quelques semaines, le panorama des opérations annoncées confirme ces chiffres et permet de dresser les caractéristiques d’une activité dense.

Les fonds, acteurs incontournables. L’offre de Texas Pacific Group (TPG) de 3,4 milliards d’euros examinée prochainement par la compagnie aérienne espagnole Iberia, celle de CVCCapital partners pour racheter le distributeur Sainsbury, malgré les difficultés rencontrées, la vente annoncée mercredi 11 avril des activités aluminium du groupe minier suisse Xstrata au fonds Apollo pour 1,15 milliard de dollars, l’attestent : les fonds d’investissement sont des acheteurs majeurs. Mais si ces derniers ont changé la donne créant une nouvelle concurrence pour les industriels, ils ne semblent pas déséquilibrer le marché. "Les cibles se paient des prix raisonnables", estime Erik Maris, associé-gérant à la banque Lazard.

Le montage des opérations, avec un très fort recours à l’endettement fait toutefois réfléchir. Jusqu’ici l’environnement de crédit, avec des taux d’intérêt particulièrement bas a été favorable à ces opérations. La remontée des taux attendus dans la zone euro pourrait-elle changer la donne ? "Ce n’est pas une hausse d’un demi point qui bouleversera le marché", répond M. Maris.

Les offres industrielles, course à la taille critique. Si en 2000 et 2001 les mouvements se focalisaient sur les valeurs technologiques, il concerne aujourd’hui tous les secteurs. "Partout où des économies d’échelle sont possibles", constate un expert. La consolidation bancaire très attendue a ainsi été incarnée par le rapprochement annoncé mais incertain entre Barclays et le néerlandais ABN Amro. L’offre est en effet compliquée par une enquête du département américain de la justice sur des infractions présumées de la banque néerlandaise aux règles antiblanchiment. En outre, ABN Amro pourrait faire l’objet d’une offre concurrente de la Royal Bank of Scotland (RBS) alliée à l’espagnol Banco Santander.

S’il ne s’agit pas d’économie d’échelle, le rapprochement permet à l’industriel de donner une nouvelle tournure à sa stratégie comme l’illustre le rachat annoncé du groupe de sport Puma par le français PPR qui avait tendance à se spécialiser dans le luxe.

Le rachat du numéro un espagnol de l’eau, Agas de Barcelona (Agbar) par le français Suez et la caisse d’épargne espagnole La Caixa (propriétaires conjointement de 47,8% du capital) annoncé le mardi 10 avril pour 4 milliards d’euros permet au français de conforter sa position dans l’environnement et confirme qu’il n’entend pas limiter son ambition à l’énergie. Unibail en fusionnant avec le néerlandais Rodamco – une opération à plus de 21 milliards d’euros – pour créer le leader européen de l’immobilier commercial vise, lui, à sortir de France.

Les opérations critiques ou politiques. S’il n’y a pas, selon les experts, davantage d’offres hostiles, les opérations inamicales sont en revanche dénoncées à grand bruit et sans attendre par le management. Mardi 10 avril, le fabricant de tabac hispano français Altadis n’a attendu que quelques heures pour rejeter l’offre pourtant améliorée à 12 milliards d’euros, mais "non sollicitée", du britannique Imperial Tobacco. Plus virulent, le groupe de BTP Eiffage s’échine depuis plus d’un an à empêcher l’espagnol Sacyr de s’emparer de son capital. Il a ainsi appelé le soutien de ses salariés actionnaires et celui de la caisse des dépôts et consignations (détenant 8,5 % de son capital) à faire barrage.

Le recours à l’Etat ou aux soutiens politiques est aussi une tactique assez répandue, notamment lorsque les opérations concernent des secteurs sensibles comme l’énergie. L’espagnol Endesa cible d’une offre publique d’achat (OPA) de l’italien Enel et de l’espagnol Acciona soutenue par le gouvernement bien qu’elle prévoit la revente d’une partie du groupe à l’allemand E. On, aurait selon le quotidien El Pais, appelé à l’aide le parti populaire (PP) dans l’opposition pour faire échouer l’affaire.

Telecom Italia visé par l’américain ATT fait lui l’objet de l’attention du gouvernement italien qui déclare n’être "ni absent, ni interventionniste" dans le dossier. Dans ce contexte, l’offre de rachat du fabricant d’éoliennes allemand REpower par le groupe français Areva est suivie de près par Bercy. D’autant que l’indien Suzlon a, une nouvelle fois, renchéri sur la proposition du français en faisant une offre à 1,22 milliard d’euros.

Pour éviter des dossiers épineux les investisseurs semblent ainsi s’être temporairement écartés de proies françaises. « En période électorale, les investisseurs étrangers n’ont guère envie d’être prétexte à débat politique », analyse M. Maris.

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