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Jean-Michel Bezat | Le Monde du 05.04.08.

Les promesses de l’essence tirée du charbon restent limitées

dimanche 6 avril 2008 par Jean-Michel Bezat

Les panzers de la Wehrmacht durant la Seconde guerre mondiale, les avions de l’US Air Force demain : les carburants CTL (coal to liquid), tirés du charbon et produits à partir de procédés allemands des années 1920 (Fischer-Tropsch et Bosch-Bergius), font leur retour au moment où le baril de pétrole dépasse 100 dollars. Au point que les CTL ont eu droit, jeudi 3 et vendredi 4 avril, à Paris, à une conférence mondiale, un évènement inimaginable il y a seulement dix ans.

Privée de pétrole durant l’apartheid, l’Afrique du Sud a dû y recourir et son entreprise pétrolière, Sasol, fournit aujourd’hui 30 % du carburant du pays. La Chine et les Etats-Unis, soucieux de leur sécurité énergétique et gros producteurs de houille, sont les deux pays développant les projets les plus ambitieux.

Un dirigeant du groupe charbonnier Shenhua, Du Minghua, est venu confirmer que son pays pourrait à terme produire 30 millions de tonnes de ces carburants dans plusieurs usines. Il va commencer à en produire cette année.

UN ASPECT STRATÉGIQUE

William C. Anderson, un responsable de la logistique de l’US Air Force, a exposé un plan pour alimenter bombardiers et chasseurs avec du CTL. Sur un plan stratégique, les Etats-Unis sont de plus en plus réticents à ce que leurs avions dépendent du pétrole du Moyen-Orient ou du Venezuela. Des B 52 ont déjà volé grâce au CTL. Jerzy Buzek, ex-premier ministre de Pologne, autre grand pays charbonnier, a exposé toutes les ressources possibles de la houille.

La conférence a néanmoins montré que ces carburants sont loin d’être la réponse à la fin annoncée du pétrole, même si le monde dispose de 150 ans de réserves de charbon au rythme d’extraction actuel contre 40 ans pour le brut. Produire du diesel à partir du charbon génère plus de CO2 (850 g par mile) qu’à partir du pétrole (500 g) et nécessite de grandes quantités d’eau, ressource de plus en plus rare dans certaines zones. L’essence tirée du charbon relâche aussi plus de gaz à effet de serre.

Quant au coût de production d’un baril de CTL, il est encore mal connu. Il doit, certes, être comparé aux coûts de production de pétrole à partir des sables et des schistes bitumineux américains, eux aussi très chers. Mais sur la base de l’expérience de Sasol, M. Buzek l’a évalué de 67 à 82 dollars. Il serait donc rentable avec un baril d’or noir à 100 dollars. C’est compter sans le coût du CO2. Car les experts estiment que les usines de production de ce carburant devront être reliées à des unités de captage-stockage de CO2, ce qui en gonflera considérablement le coût.

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