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Un article de Gaëlle Dupont paru dans Le Monde du 10 décembre 2005

Les promesses et les risques de l’or vert

samedi 10 décembre 2005 par Gaëlle Dupont
Certains l’appellent l’or vert, d’autres le pétrole frais. Les biocarburants, issus de matières premières végétales, représentent aujourd’hui l’unique alternative aux carburants liquides tirés du pétrole, dont dépend l’essentiel des transports. En outre, ils permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique. En effet, si les biocarburants émettent du dioxyde de carbone (CO2) lors de leur combustion comme les carburants fossiles, la même quantité de gaz carbonique a été captée par les plantes pendant leur croissance. Leur utilisation est donc encouragée afin de ralentir la croissance importante de ces émissions.

Mercredi 7 décembre, la Commission a rendu public un plan d’action invitant les Etats membres à s’engager davantage dans cette voie. Avec une part de marché de 0,8 %, les objectifs fixés au niveau européen - 2 % en 2005 et 5,75 % en 2010 - sont loin d’être atteints. La Commission préconise donc d’imposer au secteur pétrolier un taux obligatoire d’incorporation d’huile et d’alcool d’origine végétale dans les carburants traditionnels. En France, l’objectif est plus ambitieux encore : 7 % en 2010. Les bénéfices des carburants verts semblent donc aujourd’hui admis par tous, y compris par un secteur pétrolier longtemps hostile au développement de filières hors de son contrôle.

Pourtant, le développement à grande échelle de cette filière suscite de nombreuses interrogations, y compris chez les défenseurs de l’environnement. Les cultures destinées à la production de ces carburants empiéteront-elles un jour sur celles consacrées à l’alimentation, sur les espaces naturels ou les forêts ? Pour la France, l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) estime que, en 2010, 1,7 million d’hectares devra être consacré aux cultures de colza, de betterave et de blé pour atteindre l’objectif fixé.

Mais ce chiffre excède les surfaces des campagnes françaises laissées en jachère (1,5 million d’hectares), dont une partie seulement est cultivable. Pour les pays de l’Union européenne, si l’objectif de 5,75 % est atteint en 2010, 17 millions d’hectares - sur une surface agricole totale de 97 millions d’hectares - seront mobilisés pour les seuls biocarburants. C’est "techniquement possible" sans empiéter sur les espaces naturels protégés, affirme la Commission. Une production plus intensive pourrait toutefois être nécessaire pour répondre à la fois aux besoins alimentaires et énergétiques.

"GARDE-FOUS"

L’Agence européenne de l’environnement, qui travaille pour la Commission, a établi une série de mesures jugées indispensables pour que le développement de la biomasse ne crée pas à l’avenir de "nouvelles pressions sur la biodiversité, les sols, les ressources en eau". Notamment par l’utilisation accrue de produits chimiques. Elle suggère notamment de ne pas convertir les prairies et de consacrer, en 2030, le tiers des surfaces à une agriculture respectueuse de l’environnement, comme l’agriculture biologique. Le choix des plantes et des semences adaptées au climat, afin de limiter les besoins en eau des cultures, est également déterminant. En Amérique du Sud et en Asie du Sud-Est, le développement à grande vitesse de la production de biocarburants fait craindre une amplification de la déforestation. Le Fonds mondial pour la nature (WWF) cite l’exemple d’un projet de plantation de palmiers à huile à Bornéo (Indonésie) qui menacerait de vastes pans de forêt tropicale. Au Brésil, la culture de la canne à sucre a déjà fait perdre du terrain à la forêt amazonienne. "Ceci aboutit à la destruction d’écosystèmes précieux et contribue à l’effet de serre, car les forêts humides sont d’importants puits de carbone", souligne le WWF.

Tout en se déclarant favorables aux biocarburants, les défenseurs de l’environnement réclament des "garde-fous". La Commission européenne étudie un système de "certificats" permettant d’imposer des "normes minimales de viabilité écologique" pour les biocarburants, qu’ils soient produits dans l’Union ou importés. De plus, une nouvelle génération de biocarburants, plus performants, est en gestation. Cette filière ligno-cellulosique permettrait d’utiliser non seulement les huiles, sucres ou amidons issus des plantes, mais aussi les tiges, troncs, feuilles ou pailles, issus de l’agriculture et de l’exploitation de la forêt.


LEXIQUE

LES BIOCARBURANTS sont des carburants liquides ou gazeux issus de matières organiques végétales ou animales.

L’ÉTHANOL est un alcool obtenu par fermentation des plantes sucrières (canne, betterave) ou riches en amidon (blé, maïs). Il peut être mélangé à l’essence.

LE BIODIESEL, incorporable au gazole, peut être produit à partir d’huile de tournesol, de colza, de soja, de palme ou d’arachide.

L’HUILE VÉGÉTALE BRUTE est directement issue du pressage de graines oléagineuses. En France, seuls les agriculteurs sont autorisés à l’utiliser.

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