Liste des auteurs

Un article de Frédéric de Monicault paru dans le Figaro du 25 mars 2005

Les raffineries américaines, vétustes, tournent déjà à pleines capacités

vendredi 25 mars 2005 par Frédéric de Monicault

Obligés de répondre à une demande mondiale d’hydrocarbures en progression exponentielle, les raffineurs n’ont pas de chance. Mais comment auraient-ils pu deviner cette folle inflation ? Alors que la consommation mondiale s’était appréciée en moyenne de 660 000 barils par jour (bj) entre 1999 et 2002, son rythme de croissance a brutalement bondi à 2,3 millions de barils (Mbj) en 2003 et 2004. « C’est bien simple, le marché américain a quintuplé, avec une consommation supplémentaire passant de 100 000 à 600 000 bj, tandis que les marchés chinois et indien ont triplé », souligne Pierre Terzian, directeur de l’hebdomadaire spécialisé Pétrostratégies.

Dans quelle mesure cette saturation des raffineries contribue-t-elle à la flambée actuelle du baril ? « Son impact n’est pas neutre, mais il joue surtout sur les prix des produits raffinés proprement dits plutôt que sur les cours du brut eux-mêmes », répond d’emblée Jean-François Gruson, adjoint au directeur des études économiques de l’Institut français du pétrole (IFP)

Reste que le fonctionnement à plein régime des infrastructures est autant plus significatif que l’outil de raffinage, notamment aux Etats-Unis, n’a bénéficié d’aucun gros volume d’investissements depuis plusieurs années. Pour autant, la capacité insuffisante de cet outil ne constitue pas le seul problème. Il lui faut également s’adapter à de nouveaux produits. La consommation mondiale est d’abord tirée aujourd’hui par des produits « légers », dans le sillage des nouvelles normes de certification des carburants.

« Voilà pourquoi les installations, entre autres aménagements, vont devoir prendre en compte la diminution des besoins en fuel lourd », note Jean-François Gruson. Ce dernier met également en exergue le poids géographique des disparités techniques. Alors que les raffineries américaines font la part belle au « tout essence » (avec plusieurs produits à la clé), les infrastructures européennes se sont largement développées en matière de gazole. « Jusqu’à présent, un certain équilibre s’était instauré, les Etats-Unis bénéficiant des excédents d’essence en provenance d’Europe, tandis que celle-ci profitait des importations russes de gazole », ajoute Jean-François Gruson.

Total doit ouvrir une nouvelle unité au sein de la raffinerie de Normandie à Gonfreville à l’horizon de la mi-2006. Le montant de l’investissement atteint quelque 500 millions d’euros. Il permettra au groupe français de produire, sur le site en question, 1,3 million de tonnes de diesel et 200 000 tonnes de kérosène supplémentaires.

Pour autant, alors que les grandes compagnies pétrolières viennent toutes d’annoncer des bénéfices sans précédent pour l’année 2004, elles investissent bien peu dans l’outil de raffinage. « D’une manière générale, comme les « majors » tirent l’essentiel de leurs profits de l’exploration production, elles réinvestissent d’abord et avant tout dans ce secteur d’activités. En termes de rentabilité financière, le raffinage a toujours été le parent pauvre de la stratégie de développement des pétroliers », poursuit Gruson.

Pour autant, si les performances financières des multinationales de l’or noir ont été aussi impressionnantes en 2004, c’est que, une fois n’est pas coutume, elles ont pu s’appuyer pendant cette période sur le double phénomène d’un prix du baril très haut et de marges de raffinage également très élevées.

Cela ne devrait toutefois pas entraîner de changement majeur sur la carte mondiale des raffineries, même si, comme le précise Pierre Terzian, un certain nombre de programmes additionnels en matière de raffineries sont aujourd’hui sur les rails. « Mais quoi qu’il en soit, les nouvelles infrastructures ne vont pas sortir instantanément de terre, car entre la phase de réflexion préalable à ce type de projet et sa traduction industrielle, il s’écoule généralement entre trois et cinq ans », ajoute Terzian.

On l’aura compris, les compagnies pétrolières investissent en fonction des prévisions, et elles n’avaient pas imaginé que la fringale chinoise d’hydrocarbures atteindrait de telles proportions. Quant aux pays producteurs, si l’on considère la région du golfe Persique, seuls deux pays en particulier, l’Arabie saoudite et le Koweït, possèdent véritablement des raffineries exportatrices, mais celles-ci alimentent surtout le continent asiatique.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !