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Anne Michel | Le Monde du 19.06.08.

Les "rehausseurs" de crédit à l’origine de la deuxième vague de la crise financière

vendredi 20 juin 2008 par Anne Michel

Les "rehausseurs" de crédit, nouvelle zone grise de la finance mondiale, prolongent la crise et font tanguer les Bourses des deux côtés de l’Atlantique. L’affaiblissement de ces sociétés dont le métier est de garantir les crédits bancaires, et qui ont été victimes des mauvais prêts immobiliers américains dits subprimes, fragilise par ricochet les banques. Ces dernières doivent déprécier, dans leurs bilans, la valeur d’actifs qui soudain ne sont plus garantis, ou moins bien.

L’effet sur les comptes du deuxième trimestre sera d’autant plus sensible pour les banques que les grands assureurs de crédit garantissent dans le monde 2 400 milliards de dollars d’actifs (1 546 milliards d’euros), l’équivalent du produit intérieur brut (PIB) allemand.

Depuis trois mois, tous les grands acteurs (MBIA, Ambac, FGIC, XL Capital, CIFG etc.) ont été sanctionnés par les agences de notation, qui leur ont retiré leur note triple A, dépréciant de fait la valeur des actifs garantis. Les agences les jugent insuffisamment armés pour résister à la poursuite de la dégringolade du marché immobilier américain.

Cette tempête a la particularité de n’épargner aucune banque, fût-elle bien gérée. Selon l’analyste vedette du fonds d’investissement américain Oppenheimer, Meredith Whitney, les géants financiers américains Citigroup et Merrill Lynch ainsi que le suisse UBS, déjà ébranlés par les subprimes, seront les plus touchés. Ils pourraient déprécier ensemble 10 milliards de dollars d’actifs supplémentaires assurés par Ambac et MBIA. Le mouvement sera général.

Ainsi, en France, BNP Paribas, qui s’est distinguée en Europe avec l’espagnole Santander, par un comportement plus vertueux et prudent face aux subprimes, en investissant moins que les autres dans des produits dérivés "toxiques", sera touchée, comme les autres, par ces dépréciations.

De bonne source, l’exposition de BNP Paribas aux risques que représentent ces assureurs de crédit serait "modérée". Elle s’établit à 1,5 milliard d’euros, qui se répartissent entre 800 millions d’euros liés à des "rehausseurs" encore notés triple A et selon certaines estimations, 700 millions liés à des rehausseurs récemment dégradés, dont beaucoup bénéficieraient encore toutefois d’un double A. Toujours de bonne source, la banque française est exposée à hauteur de 200 millions d’euros sur le réassureur CIFG, filiale des Caisses d’épargne et des Banques populaires, qui est en difficultés. Elle pourrait donc de ce fait être conduite à déprécier des actifs au deuxième trimestre.

MONTÉE DES RISQUES

Sans parler de Natixis, très exposée aux rehausseurs en regard de sa taille, les deux autres grandes banques françaises, la Société générale et le Crédit agricole, seront aussi concernées. L’exposition aux risques des principales banques de l’Hexagone s’établirait, en moyenne, entre 1,5 et 2 milliards d’euros.

Si le secteur bancaire français est moins exposé que d’autres à ces nouveaux risques, s’il semble plus résistant à la crise financière mondiale - BNP Paribas conservant notamment une solide capacité bénéficiaire trimestrielle de l’ordre de 2 milliards d’euros ! -, le sujet est suivi de près par les autorités de tutelle.

De fait, la montée des risques dans les bilans va obliger les banques à relever leur niveau de capitaux propres, à un moment où ceux-ci ont déjà été beaucoup sollicités par la crise financière, comme en témoignent les récentes recapitalisations du Crédit agricole (6 milliards d’euros) et de la Société générale (5 milliards d’euros). La Commission bancaire a récemment demandé à BNP Paribas de s’expliquer sur son ratio de solvabilité de 7,6 %, inférieur à la norme de 8 %, comme elle l’a fait pour d’autres groupes.

Satisfaite par la justification de la banque, qui estime disposer d’un profil de risque moindre, favorisé par la réforme dite de Bâle II, le régulateur bancaire verrait toutefois d’un bon oeil que BNP Paribas augmente ses fonds propres jusqu’au niveau de 8 %. Pour de simples raisons de prudence.


LEXIQUE

REHAUSSEURS DE CRÉDIT. : Ces organismes garantissent des titres financiers (obligations) adossés à des emprunts. Ces assureurs dits "monoliners" subissent directement le contrecoup de la crise des subprimes aux Etats-Unis.

SUBPRIMES. : Il s’agit des crédits immobiliers à risques américains accordés à des ménages insolvables.

RATIO DE SOLVABILITÉ. : Cet indicateur surveillé de près par les investisseurs et les autorités de tutelle mesure la solidité financière des banques. Il rapporte le niveau des capitaux propres aux risques pris.

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