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Sylvestre HUET | Libération le 5mai 2007

Les remèdes du Giec pour abaisser la fièvre de la planète

samedi 5 mai 2007 par Sylvestre Huet
Climat. Après un constat sans équivoque, les experts se reverront à l’automne.

L’étau se resserre sur les partisans de l’inaction devant le défi du climat. La mécanique implacable du Giec ­ le Groupe d’experts international sur l’évolution du climat ­ poursuit son travail de sape. Le groupe I a présenté les prévisions d’un climat bousculé par nos émissions de gaz à effet de serre. Le groupe II en a examiné les conséquences pour les écosystèmes et l’homme. Le résumé adopté cette semaine par le groupe III à Bangkok porte sur « les politiques d’atténuation » et répond à la question : Que faire ? Ce court texte n’est pas parfait et porte la marque de compromis politiques parfois curieux. Ainsi, la Chine a obtenu que le mot « charbon » ne soit pas mentionné dans l’analyse des causes de l’augmentation des émissions. Une victoire pour la forme, tant cette évidence n’échappe à personne. Le paragraphe sur l’aviation ne fait que constater que l’essor du transport aérien et la maîtrise de ses émissions sont inconciliables. En revanche, du côté des préconisations ­ plus exactement des constats, le Giec n’étant pas censé prescrire une politique ­ l’essentiel y est (lire ci-contre).

En novembre, à Valence (Espagne), le Giec tiendra sa réunion plénière et adoptera son résumé général. Puis la parole reviendra aux diplomates et aux gouvernements dès décembre, à Bali (Indonésie), où doit se réunir la 13e Conférence des parties des pays signataires de la Convention sur le climat de l’ONU. Au menu : comment assurer, après 2012, la suite du protocole de Kyoto ? Les discussions informelles entre diplomates ont pointé trois points clés. Un engagement fort des pays industrialisés pour une division par quatre de leurs émissions en 2050. Une participation des Etats-Unis à cet engagement. Et la nécessité d’obtenir des pays émergents une première contribution à l’effort, sans exiger d’eux une approche « type Kyoto » avec un plafond d’émissions immédiat, mais plutôt une diminution de l’intensité énergétique de leur économie. Des objectifs ambitieux au regard des résistances qui s’expriment déjà.


Une feuille de route qui prône l’urgence

Le texte de Bangkok liste des pistes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Les trente et une pages du résumé pour décideurs adopté par le groupe III du Giec à Bangkok constituent une feuille de route pour les gouvernements qui les ont approuvées. Que disent-elles ? Une politique de réduction des émissions de gaz à effet de serre est possible, et une action rapide est nécessaire. A des coûts acceptables, voire avec des bénéfices indirects (santé, approvisionnement en énergie, création d’emplois).

Le constat

­ « Les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 70 % entre 1970 et 2004. » Les pays riches constituent « 20 % de la population mondiale, mais 46 % des émissions ».

­ Si l’on ne conduit pas de politique de réduction des émissions, celles liées à l’énergie « pourraient augmenter de 45 % à 110 % entre 2000 et 2030 », les pays en développement représentant entre « les deux tiers et les trois quarts » de cet accroissement.

Les actions recommandées

­ Agir vite : les économistes ont tranché le débat entre ceux qui préconisaient une action immédiate et ceux qui préféraient attendre des progrès techniques en faveur des premiers. « Le report des réductions d’émissions conduit à des investissements qui enferment dans une infrastructure et des trajectoires de développement plus intensives en émissions. Ceci [...] augmente les risques de conséquences plus graves du changement climatique. »

­ Taxer le carbone émis : de 20 à 80 dollars la tonne de CO2 en 2030, de 30 à 155 dollars en 2050, pour inciter les acteurs économiques à réduire les émissions et investir dans des technologies efficaces.

­ Energie : investir dans « l’amélioration de l’efficacité » énergétique plus que dans les capacités de production. Les « énergies renouvelables » pourraient atteindre « 30 % à 35 % de la fourniture d’énergie en 2030 pour un prix du carbone de 50 dollars la tonne de CO2 ». Le nucléaire peut fournir « 18 % de l’électricité en 2030 ». La séquestration géologique du carbone peut « apporter une contribution importante en 2030 ».

­ Transports : améliorer « l’efficacité des véhicules ». Les biocarburants pourraient « croître pour représenter jusqu’à 5 % voire 10 %» de la demande énergétique. Privilégier l’utilisation « du rail et des voies d’eau » par rapport à la route.

­ Bâtiment : « D’ici à 2030 environ, 30 % des émissions prévues des bâtiments peuvent être évitées. » Mais les obstacles à des constructions neuves efficaces sont « plus importants dans les pays en voie de développement ».

­ Industrie : les possibilités de réduction se situent « essentiellement dans les industries intensives en énergie ».

­ Agriculture : des pratiques agricoles peuvent « stocker le carbone dans le sol », réduire « les émissions de méthane et de protoxyde d’azote ».

Ce qu’il ne faut pas faire

­ « Les options de géo-ingénierie, comme la fertilisation de l’océan afin de soustraire directement le CO2 de l’atmosphère, ou le blocage de la lumière solaire en plaçant des objets dans la haute atmosphère, demeurent largement spéculatives et non prouvées, avec des risques d’effets collatéraux inconnus. Aucune estimation finale des coûts de ces options n’a été publiée. »

Combien ça coûte

­ « Une stabilisation des concentrations en équivalent CO2 entre 535 et 590 parties par million [380 aujourd’hui, ndlr] entraînerait une diminution de 0,1 % du taux de croissance moyen annuel d’ici à 2030. » Bien moins que les dégâts du changement climatique.

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