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Article de Rémy Barroux paru dans Le Monde du 29.09.06

Les salaires français n’ont progressé que de 0,6 % par an entre 1998 et 2004

vendredi 29 septembre 2006 par Rémi Barroux

Les salaires en France ont peu progressé entre 1998 et 2004 et certaines catégories les ont même vus baisser. D’après l’étude de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) sur "Les salaires en France", rendue publique jeudi 28 septembre, le salaire annuel net moyen dans le secteur privé et semi-public a crû de 0,6 % par an, en euros constants, c’est-à-dire en tenant compte de l’inflation. Il s’établissait à 22 197 euros fin 2004. Au cours de l’année 2005, il aurait augmenté de 0,9 %.

Mais si les ouvriers ont bénéficié d’une progression de 0,6 % en moyenne annuelle entre 1998 et 2004, et les cadres de 0,5 %, les employés et les professions intermédiaires ont, eux, vu leurs salaires baisser de 0,2 %.

Pour les auteurs de l’étude, cette forte disparité s’explique par la nature des créations d’emploi de ces dernières années. L’évolution dans les secteurs des services et du commerce, où l’on embauche de nombreux employés, n’a de fait pas été très favorable. La disparition de postes de techniciens dans l’industrie au profit du tertiaire, là où les salaires sont de 10 % inférieurs, explique ce tassement des salaires.

Ce sont aussi les professions qui se sont le plus féminisées, sachant que les rémunérations des femmes restaient de 19,6 % inférieurs à celles de leurs collègues masculins en 2004. Cet écart se réduit donc très lentement puisqu’il était de 33 % en 1951. En 1998, il était toujours de 20 %.

Les recrutements visent également des jeunes, à l’expérience professionnelle forcément limitée, pour qui les salaires sont moins élevés. Dans le secteur privé, la rémunération des quinquagénaires est ainsi supérieure de 65 % à celle des moins de trente ans.

REVALORISATION DU SMIC

A l’inverse des employés, les ouvriers ont profité des revalorisations du salaire minimal intervenues pendant la période étudiée. Avec la fin de la période d’harmonisation des smics qui a suivi la mise en place des 35 heures - elle a entraîné une augmentation du smic de plus de 5 % par an en 2003, 2004 et 2005 -, on constate, en 2006, une modération dans les augmentations de salaires des ouvriers.

Les branches traditionnelles de l’industrie, mieux encadrées socialement que les nouveaux secteurs (services à la personne par exemple), ont vu une progression plus forte des salaires. Et dans la construction, secteur qui recrute fortement, le manque de main-d’oeuvre encourage les entreprises à proposer des salaires attractifs pour pouvoir embaucher.

Enfin, la baisse de l’emploi ouvrier, notamment peu qualifié - l’industrie continue de perdre des emplois - dope le salaire moyen de cette catégorie professionnelle.

Les cadres, qui ont bien profité des années 1998-2001, avec une hausse de 1,4 % par an, ont vu leurs salaires stagner à partir de 2001, lors du retournement de la conjoncture (- 0,4 % par an).

LE CONCEPT DE "REVENU SALARIAL"

L’Insee a toutefois mis au point un nouveau concept : le "revenu salarial", qui prend en compte l’évolution du marché du travail. Même si la majorité des salariés restent à temps complet et en contrat à durée indéterminée, la flexibilité et les contrats courts s’accroissent, tout comme le temps partiel et la pluriactivité. Ce qui modifie la notion de revenu, selon Michel Amar, chef de la division "salaires et revenus d’activité".

Le revenu salarial se situe ainsi, selon l’Insee, à 16 257 euros en 2004 et il a progressé entre 1996 et 2004 de 0,4 % par an - à comparer aux 22 197 euros du salaire annuel net moyen, en hausse de 0,6 % par an. Celui des femmes est inférieur de 26 % à celui des hommes.

La prise en compte du nombre moyen de semaines travaillées dans l’année permet ainsi, selon M. Amar, de prendre mieux en compte les personnels de moins de trente ans qui travaillent 37,2 semaines par an, là où les plus de 45 ans peuvent en totaliser 47 (chiffres 2004 pour tous les salariés hors la fonction publique d’Etat).

Le paramètre du nombre d’heures de travail hebdomadaire, lui, cible les femmes plus souvent contraintes au temps partiel. En effet, si la moyenne est de 31,9 heures par semaine, elle tombe à 30 heures pour les femmes (33,5 pour les hommes).


L’épargne salariale accroît les écarts de rémunérations

Loin de réduire les écarts de salaires, l’épargne salariale les accentue. Dans une étude rendue publique, jeudi 28 septembre, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) établit que le dispositif de l’épargne est plus inégalement réparti que le salaire.

Ainsi, 60 % des salariés du privé ne bénéficient pas de système d’épargne. Ce pourcentage est encore bien plus élevé dans la réalité puisque l’étude de l’Institut ne prend pas en compte les entreprises de moins de dix salariés où ce type d’épargne est moins présent, voire totalement absent.

Parmi ceux qui en bénéficient, 10 % des salariés reçoivent 40 % des sommes (chiffres 2003). A titre de comparaison, 10 % des salariés reçoivent 26 % des salaires. Ce revenu supplémentaire concernait 6,3 millions de personnes en 2003 et représentait 3,1 % de la masse salariale de ces entreprises.

Le système est concentré dans les grandes entreprises : 62 % du personnel en profite dans les sociétés dont l’effectif atteint ou dépasse les 500 personnes salariées, 57 % dans celles qui emploient de 250 à 499 personnes, 49 % là où travaillent de 100 à 249 salariés, 35 % dans les structures employant de 50 à 99 personnes. Seuls 8 % des salariés ont accès à cette épargne dans les entreprises de 10 à 49 personnes.

Les cadres épargnent le plus : 49 % d’entre eux bénéficient du dispositif et 25 % - le quart supérieur - touchent plus de 4 090 euros par an. A titre de comparaison, 38 % des ouvriers épargnent, le quart supérieur d’entre eux ne touchant que 1 510 euros.

Autre facteur d’inégalité, le secteur d’activité impacte les possibilités d’accéder au dispositif. Ainsi, explique l’Insee, un salarié à 2,5 fois de plus de chances d’en bénéficier s’il travaille dans les activités financières et 5,7 fois plus dans la production et la distribution d’électricité que s’il travaille dans l’industrie manufacturière. Dans l’hôtellerie et la restauration, ses chances sont divisées par trois.

Cette forme de rémunération - plus de 10 milliards d’euros versés en 2004 -, aurait aussi un effet positif sur la productivité. Néanmoins, l’épargne salariale, destinée à associer les salariés aux bénéfices de leur entreprise et à les fidéliser, voire à les "récompenser", repose sur des bases

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