Liste des auteurs

Nathalie Versieux | Le temps.ch le 06.01.2010

Les salariés allemands sont désormais fichés

lundi 11 janvier 2010 par Nathalie VERSIEUX
« Elena », fichier censé alléger les démarches administratives, est très critiqué

Dans l’esprit du gouvernement Schröder, à l’origine du projet, ce devait être l’un des piliers de la lutte contre la bureaucratie. Huit ans plus tard, Berlin vient de lancer « Elena » (elektronischer Entgeldnachweis, ou attestation électronique de revenus), un fichier colossal qui contiendra à terme les données de quelque 40 millions de salariés allemands. L’objectif d’Elena était de simplifier quantité de démarches administratives, de réduire les coûts (Berlin prévoit 85 millions d’euros d’économies) et de lutter contre la fraude aux prestations sociales. Mais pris sous le feu des critiques, le gouvernement a dû faire marche arrière en début de semaine.

A première vue, le principe est simple. Muni de sa carte « Elena » et de sa signature électronique, tout salarié allemand pourra entamer nombre de démarches administratives (attribution de l’indemnité chômage, de l’aide au logement, d’une place de crèche, de l’allocation parentale ou des allocations familiales…) sans avoir à fournir l’ensemble des justificatifs de revenus qui lui sont aujourd’hui demandés. Le salaire, l’ancienneté et le montant des prestations sociales de chaque salarié seront consignés dans l’ordinateur central des caisses de retraite allemandes, à Würzburg.

« Trou noir »

Elena ne sera opérationnel qu’en 2012, mais la tâche de collecte des données est tellement considérable que 3,2 millions d’entreprises allemandes doivent fournir dès maintenant chaque mois quantité de renseignements sur l’ensemble de leurs salariés. « Ce projet à l’origine sensé est devenu totalement absurde, du fait de l’acharnement avec lequel on veut collecter les données », s’énerve Frank Bsirske, le patron du syndicat Ver.di, qui menace de porter plainte devant la Cour européenne des droits de l’homme. Le dossier à remplir par les employeurs contient en effet 41 pages d’informations sur chacun des salariés. La rubrique « absentéisme » est tout particulièrement contestée. Dans une première mouture, l’employeur devait même indiquer le motif de chaque absence (maladie ou grève) et de chaque départ d’un employé (renvoi ou démission).

« Elena est un trou noir qui menace le droit de grève, le respect de la personne et les acquis sociaux », s’emporte Bsirske. « Sur les 40 millions de salariés allemands, très peu font appel aux prestations sociales », ajoute Wolfgang Neskovic, du parti néocommuniste die Linke, contestant lui aussi la portée du programme. 90% des informations collectées par Elena ne serviraient à rien, de l’avis des défenseurs des libertés individuelles, qui s’interrogent sur la sécurité des données.

Les employeurs ne sont pas non plus convaincus de l’utilité de ce colossal fichier. Le potentiel de débureaucratisation que représente Elena ne serait « utilisé que de façon rudimentaire », déplore la fédération patronale BDA, qui craint une surcharge de travail pour les PME.

Pris sous le feu des critiques, le gouvernement a déjà dû faire marche arrière. Le Ministère du travail et des affaires sociales a annoncé en début de semaine vouloir redéfinir dans les plus brefs délais le contenu des informations à fournir par les employeurs.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !