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Anne Michel , Elise Barthet | Le Monde le 01.02.2008

Les salariés de la Société générale sur le qui-vive

samedi 2 février 2008 par Anne Michel, Elise Barthet
Les salariés de la Société générale sont sur le qui-vive depuis que la BNP a reconnu, jeudi 31 janvier, qu’elle travaillait à un rachat de sa rivale. Si le scénario d’une OPA venait à se concrétiser, "ce serait catastrophique" pour l’emploi, estime Maryse Gauzet, déléguée syndicale de FO. "Dans ce cas, des économies d’échelle s’imposeraient aussi bien en France qu’à l’étranger, explique-t-elle. A quoi bon garder deux salles de marchés ? Est-ce que les back-office vont fusionner ? Que va-t-il se passer au niveau des agences ?" Autant de questions sans réponse qui font craindre le pire au personnel.

"On a connu la même situation en 1999", rappelle Mme Gauzet. Entre mars et août de cette année-là, la banque dirigée par Michel Pébereau avait tenté de s’emparer de la Société générale. Au terme d’une bataille boursière intense et inédite en France, l’établissement dirigé par Daniel Bouton avait réussi à conserver son indépendance, tandis que Paribas passait dans le giron de la BNP. Aujourd’hui, les syndicats se disent prêts à relancer la lutte. "Une certaine culture d’entreprise subsiste encore ici et nous ne nous laisserons pas faire", affirme la déléguée de FO.

"L’ÉTAT MONTRE QU’IL SOUTIENT LA BNP"

"Les mêmes causes produiront les mêmes effets", estime pour sa part Michel Marchet, délégué syndical CGT. Une réunion intersyndicale doit se tenir lundi 4 février, pour discuter de la mission de l’expert chargé de gérer la crise. La CGT en profitera pour inciter les autres organisations à mettre au point une riposte en cas de tentative de rachat. "Nous devons nous organiser rapidement pour que les salariés puissent faire connaître leur détermination", explique un collaborateur de Michel Marchet.

D’une valeur boursière atteignant 37,4 milliards d’euros, la Société générale est plus que jamais une cible pour un éventuel prédateur. Les récentes déclarations des autorités françaises, affirmant qu’elles ne laisseraient pas passer une OPA étrangère, n’ont pas rassuré les syndicats. Au contraire, pour Michel Origier de la SNB-CGC, "l’Etat montre qu’il soutient la BNP, comme en 1999". Un rapprochement entre la Société générale et la BNP permettrait en effet de créer un champion national qui se hisserait à la deuxième place parmi les banques européennes.


BNP Paribas étudie l’opportunité d’un rachat de la Société générale

Comment n’y songerait-il pas ? Neuf ans après l’Offre publique d’achat (OPA) manquée sur la Société générale, le président de BNP Paribas, Michel Pébereau, voit se dérouler, devant ses yeux, un scénario idéal. La Société générale est affaiblie par la découverte d’une fraude record en son sein et vaut désormais moitié moins que BNP Paribas en Bourse. Ses salariés et ses syndicats sont aux abois, inquiets pour la réputation et l’avenir de la banque. Surtout, le gouvernement est désireux de faire en sorte que la Société générale reste française et de voir ainsi sauvegardés ses 120000 emplois.

A ce jour, aucune décision n’est prise et le scénario est loin d’être écrit. Cependant, dès que les difficultés de la banque dirigée par Daniel Bouton ont été rendues publiques, jeudi 24 janvier, les équipes de BNP Paribas ont mis à l’étude l’opportunité d’un rachat de la Société générale. Cette information est confirmée par BNP Paribas, qui déclare "réfléchir au sujet", "parce que toute l’Europe bancaire y réfléchit", dans le cadre du "grand chambardement en cours, dans le secteur bancaire mondial".

La banque toujours présidée par M. Pébereau, mais dirigée de manière opérationnelle par Baudouin Prot, est l’une des rares à avoir conservé sa capacité d’investissement dans le contexte de crise financière. Différentes opportunités se présentent à elle. L’une est française – la Société générale – les autres européennes. Si une décision doit être prise, "elle ne le sera, confie un dirigeant, qu’après avoir acquis la certitude qu’elle crée de la valeur, pour les actionnaires et l’entreprise elle-même".

PAS DE "BAIN DE SANG SOCIAL"

Depuis six mois, le paysage bancaire a profondément changé et modifié le champ des possibles. D’anciens fleurons de l’industrie ont chuté en Bourse à l’image du suisse UBS, affaibli par la crise des subprimes, les fameux crédits immobiliers américains à risques. De puissants rivaux ont disparu ou sont affaiblis comme le néerlandais ABN Amro, en cours de démantèlement, le britannique Barclays ou encore, l’américain Citigroup.

L’éventualité d’un rachat de la Société générale n’est pas forcément privilégiée. Mais elle fait sens, ce qui n’était pas le cas il y a encore un an. Dans la banque de détail, par exemple, les équipes de BNP Paribas considèrent que l’intégration de la banque de M. Bouton ne se traduirait pas par le "bain de sang social" fréquemment décrit, et redouté par les syndicats. La ré-urbanisation de la France et les évolutions démographiques font qu’"il n’y aurait pas de problème social", "aucune menace" sur les 281200 salariés que totaliseraient les deux établissements, assure l’un d’eux. En terme de concurrence, la taille des deux réseaux additionnés (environ 5100 agences) resterait trois fois inférieure à celle de l’ensemble formé par le Crédit agricole et le Crédit lyonnais.

S’agissant des réseaux internationaux, l’analyse est aussi positive. Elle offrirait au nouveau groupe une forte position dans les pays du Maghreb et en Europe de l’Est, où les implantations semblent bien s’imbriquer.

Mais il reste la banque de financement et d’investissement. C’est le point épineux. Des risques sont identifiés par M.Prot, notamment le fait que les clients de BNP Paribas et de la Générale sont les mêmes et réduiraient leur exposition au nouveau groupe, en cas de mariage. Surtout, le modèle de la Générale, dont les activités de marchés ont tourné à plein régime depuis dix ans au rythme de 1 à 2 milliards d’euros de profits annuels, semble s’essouffler. La banque, qui a pris des positions excessives sur les marchés, va devoir les réduire du fait de "l’affaire". Si l’on ajoute la crise et l’impact de la récession américaine, il est bien difficile d’y voir clair.

A l’Elysée, le dossier de la Société générale est suivi avec la plus grande attention. Le chef de l’Etat la considère comme "une affaire extrêmement sérieuse". "Le gouvernement souhaite que cette banque, qui vient de subir un choc considérable, reste française", souligne un proche conseiller de Nicolas Sarkozy. Mais, ajoute-t-il, "la Société générale est une entreprise privée et la décision sera prise par elle, son conseil d’administration et ses actionnaires". Bruxelles a rappelé mercredi au gouvernement français sur son devoir de neutralité en cas d’OPA sur la Générale.

Aucune discussion formelle n’a eu lieu à ce jour entre BNP Paribas et la présidence de la République, au sujet de l’éventualité d’un rapprochement. Tout juste M. Pébereau et Claude Guéant, le secrétaire général de l’Elysée, ont-ils échangé quelques mots sur l’"affaire Société générale", lors d’une réunion, vendredi 25 janvier à l’Elysée, sur la révision des politiques publiques. Lors d’un "chat" interne, organisé mardi entre M. Bouton et les salariés de la banque, à une question sur "la probabilité pour le groupe de se faire racheter", le PDG a eu cette réponse, laconique : "Pas capable de répondre."


Chronologie

Il y a neuf ans, la Banque nationale de Paris (BNP) a tenté sans succès de s’emparer de la Société générale (SG), dans le cadre d’une bataille boursière intense et inédite en France.

9 mars 1999 : la BNP lance un raid boursier sur SG et Paribas. SG et Paribas rejettent l’offre de la BNP, qu’elles jugent inamicale.

12 mars 1999 : le syndicat FO de la SG, bientôt rejoint par les autres organisations syndicales, annonce qu’il "fera tout" pour faire échouer le projet.

26 mars 1999 : le président de Paribas, André Levy-Lang, rejette toute négociation avec la BNP.

14 juin 1999 : la SG riposte et lance une surenchère boursière sur Paribas.

23 juin 1999 : le gouverneur de la Banque de France, Jean-Claude Trichet, demande aux trois banques de trouver un compromis, sans succès.

1er juillet 1999 : la BNP améliore son offre sur les deux banques. Son président, Michel Pébereau, se dit convaincu du succès.

9 août 1999 : la BNP n’obtient pas le contrôle de la SG mais remporte Paribas. La SG reste indépendante.


Daniel Bouton reçoit le soutien unanime de ses administrateurs

Le PDG de la Société générale, Daniel Bouton, a été maintenu à son poste, mercredi 30 janvier, en dépit de l’affaire de la fraude "gigantesque", mise au jour en son sein six jours plus tôt (Le Monde du 31 janvier). M.Bouton a reçu le soutien unanime des administrateurs, mais s’est vu adjoindre un "comité spécial" pour gérer la crise, "doté des pouvoirs les plus étendus", composé de Jean-Martin Folz, l’ancien président de PSA, de Jean Azéma, le directeur général de Groupama, et d’Antoine Jeancourt-Galignani, président du comité de rémunération de la banque. M. Folz a précisé son rôle : veiller à ce que "les mécanismes de la fraude [soient] éclaircis" et que "toutes les conséquences en [soient] tirées". Invité du journal télévisé de 20 heures sur France 2, mercredi, M.Bouton a expliqué qu’en "homme de devoir", il n’allait pas "sauter par-dessus bord quand le conseil d’administration [me] demande de rester pour continuer à faire mon devoir".

Auditionné un peu plus tôt au Sénat, le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a jugé que "les contrôles permanents au sein de la Société générale ne [semblaient] pas avoir fonctionné comme ils auraient dû".

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