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Claire Guélaud | Le Monde du 22.02.08.

Les services à la personne décollent depuis 2006, leur professionnalisation reste difficile

vendredi 22 février 2008 par Claire Guélaud

A 32 ans, le gérant de Mulot Déclic est un entrepreneur heureux. Rentré des Etats-Unis où il faisait du conseil en management, Roland Tricot a créé sa petite entreprise d’assistance informatique début 2005. Deux ans plus tard, il a plus de 3 000 clients, 35 salariés dont une vingtaine à temps plein, et un chiffre d’affaires supérieur à 1 million d’euros. En 2006, ce jeune patron a pu se verser un salaire et louer de modestes locaux dans le centre de Paris. En 2007, l’activité a été multipliée par "trois ou quatre". Et 2008 se présente mieux. Au premier semestre, M. Tricot (Sciences Po et MBA d’HEC) projette de créer plusieurs agences en Ile-de-France et d’en confier la responsabilité à certains de ses salariés, jeunes et masculins pour la plupart.

Vincent Halère, 28 ans, pourrait être de ceux-là. Ce littéraire fana d’informatique, titulaire d’un DESS d’affaires européennes, a passé trois ans à Bruxelles où il faisait du lobbying pour la grande distribution. Rentré en France pour des raisons familiales, il tente, par nécessité, l’aventure de Mulot Déclic : des semaines à rallonge et un salaire au départ inférieur de 600 euros à ses 2 400 euros bruxellois. L’expérience est concluante. En dix mois, il passe en contrat à durée indéterminée (CDI), voit sa rémunération grimper à 2 300 euros et devient responsable des relations avec les entreprises.

L’assistance informatique à domicile est un marché de niche porteur où, selon le directeur de l’Agence nationale des services à la personne (ANSP), Bruno Arbouet, "plus de 5 000 emplois ont été créés en quelques mois". Dans des activités plus traditionnelles comme la garde d’enfants, la croissance de l’activité est moins forte, mais bien réelle. Toutes les statistiques le disent. Les services à la personne, qui font travailler plus de 1,9 million de salariés, décollent. En 2006, 116 000 emplois y ont été créés, soit 43 000 équivalents temps plein (ETP). En 2007, l’ANSP et le BIPE y prévoyaient 120 000 à 170 000 emplois nouveaux. Le pari un peu fou de Jean-Louis Borloo - y créer un demi-million de jobs en trois ans - n’est pas hors d’atteinte.

L’emploi ne fait pas qu’augmenter, il change peu à peu. Le temps moyen hebdomadaire effectué par un salarié à domicile est de l’ordre de quinze heures et s’accroît, selon l’ANSP, de deux heures par an. Cette moyenne cache de grandes disparités : des temps "très complets" pour 300 000 assistantes maternelles, du temps partiel subi pour les aides à domicile et choisi pour les enseignants ou les étudiants qui font du soutien scolaire. En 2006, plus de 580 millions d’heures ont été déclarées et rémunérées, soit une progression de 3,1 % en moyenne annuelle. Dans le même temps, leur rémunération nette augmente de 7 %.

Vivier traditionnel de petits boulots féminins peu qualifiés, les services à la personne paient un peu moins mal et s’efforcent d’offrir, assure M. Arbouet, des possibilités de promotion : "Le taux d’encadrement, de l’ordre de 10 %, y est supérieur à celui de l’industrie." La professionnalisation du secteur reste une gageure. Le 1,9 million de particuliers employeurs, qui emploient plus de 1,5 million de personnes, n’a aucune perspective à offrir à leurs salariés fréquemment désireux, selon le CERC, de travailler davantage. Leurs obligations de formation (0,15 % de la masse salariale) sont très réduites. "Cela ne nous a pas empêchés de former 12 000 personnes en 2006", assure Marie-Béatrice Levaux, présidente de la Fédération des particuliers employeurs.

Quant aux 228 000 salariés à domiciles passés par des associations ou des entreprises, ils devraient être mieux lotis. Mais les embûches ne manquent pas. Premier réseau d’aide à domicile avec 109 millions d’heures proposées chaque année à 144 000 personnes, l’UNA en sait quelque chose. Entre les hausses du smic qui noient régulièrement ses premiers niveaux de qualification et le fait que sa grille salariale évolue comme le point d’indice des fonctionnaires, elle éprouve les plus grandes difficultés à payer davantage les cadres de ses 1 200 antennes territoriales. D’autant que les conseils généraux qui financent le réseau, s’opposent parfois farouchement à une trop grande qualification des emplois, qu’ils jugent coûteuse.

Entre la volonté de professionnaliser des services importants dans une société vieillissante et les contraintes budgétaires, la montée en gamme des emplois à domicile reste lente et laborieuse.

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