Liste des auteurs

Luc Bronner | Le Monde le 17.09.2008

Les transports en commun victimes de leur succès

mercredi 17 septembre 2008 par Luc Bronner

Le succès des transports en commun s’amplifie. Portés par les changements de comportement des Français face à la crise énergétique et la mise en service de nouveaux services dans de nombreuses villes, les transports collectifs connaissent une hausse significative de leur fréquentation. L’Union des transports publics (UTP), qui fédère 170 opérateurs, notamment en zone urbaine, fait état d’une augmentation du nombre de passagers supérieure à 6 % sur les quatre premiers mois de l’année.

Cette tendance positive se retrouve dans la plupart des secteurs. Au premier semestre, les trains express régionaux (TER) affichent ainsi une croissance de 6,3 % par rapport à la même période de 2007. Pour l’Ile-de-France, le Transilien a progressé de 5,5 %, tandis que la RATP signale la poursuite de la hausse de la fréquentation sur ses lignes mais sans donner de statistique précise. Sur ses lignes TGV, enfin, la SNCF annonce une croissance de 10 % des "voyageurs-kilomètres" pour le premier semestre.

Deux facteurs se conjuguent, selon les observateurs. D’abord, la conséquence des investissements publics réalisés depuis dix ans qui se sont traduits par une amélioration de l’offre de services. Spectaculaire, la croissance des TER ne fait ainsi que prolonger l’évolution enregistrée sur la dernière décennie : depuis 1998, la fréquentation des TER a augmenté de 60 %, grâce, notamment, à l’effort financier des régions auxquelles l’Etat a délégué cette compétence en 2002.

Les transports en commun dans les agglomérations ont aussi profité de l’amélioration de l’offre. Selon l’UTP, les deux tiers de la croissance enregistrée correspondent ainsi aux effets induits par la mise en service de nouvelles lignes (tramway, métro, bus) qui augmentent mécaniquement le trafic. "Il y a un effet cyclique dû au rythme des investissements publics. En fin de mandat municipal, il y a généralement une série de travaux qui se terminent", indique Bruno Gazeau, délégué général de l’UTP.

Mais les transports en commun bénéficient aussi directement des évolutions de comportement des Français. Les difficultés croissantes d’utilisation des véhicules (coût des carburants, stationnement, bouchons, multiplication des radars, etc.), doublées d’une sensibilité écologique plus marquée semblent inciter les automobilistes à réviser leurs arbitrages. Selon les études marketing de la SNCF, un tiers de ses clients actuels utilisaient auparavant leur voiture pour leurs déplacements. "Ils ont choisi de passer au train pour des questions de rapidité (34 %), de coût de la voiture (31 %), de moindre stress (23 %) ou pour résoudre les problèmes de parking (23 %)", relève la SNCF.

Tout indique que la tendance devrait se maintenir. L’entreprise publique prévoit ainsi que "les grandes évolutions socio-économiques" devraient déboucher sur une multiplication par quatre de la demande de TER d’ici à 2030. Avec le risque que cet accroissement de la demande se traduise par une congestion des réseaux, faute de pouvoir réaliser les investissements nécessaires. Et que les exemples des lignes 13 du métro parisien ou du RER A, saturés, se multiplient.

Les experts sur les questions de mobilité relèvent que ces changements de comportement ont commencé à avoir un impact global sur la circulation routière dès 2005. "Cette année-là, pour la première fois depuis que les statistiques existent, on a constaté une diminution de 1,4 % de la circulation automobile en France. Même si les deux années suivantes ont été marquées par une relative stabilité, cela constitue une évolution considérable par rapport aux décennies de forte croissance", explique Jean-Marie Guidez, chercheur au centre d’études sur les réseaux, les transports, l’urbanisme et les constructions publiques (Certu). Des enquêtes locales, conduites à Lyon, Lille, Rennes, Reims et Rouen, ont confirmé cette tendance avec, pour la première fois, en 2006 et 2007, une réduction de la part relative de la voiture dans les déplacements. "Jusque-là, la part de la voiture n’avait cessé d’augmenter malgré les efforts réalisés en matière de transports en commun", souligne M. Guidez.

De manière plus fine, les études du Certu insistent sur l’évolution du rapport des Français à leurs véhicules. "On assiste aux prémices d’un découplage entre la possession et l’usage de la voiture, celle-ci devenant progressivement un mode de transport comme les autres", explique M. Guidez. Avec des Français qui n’hésitent plus à laisser leur véhicule dans leur garage : la SNCF relève que 56 % des usagers de TER disposent d’une voiture, mais choisissent de prendre le train. Phénomène qui rend le chercheur optimiste : "Je fais le parallèle avec l’interdiction de fumer dans les bars, note M. Guidez. Personne n’aurait imaginé, il y a dix ans, que les politiques votent une telle loi. Et l’idée que celle-ci serait respectée paraissait encore plus inconcevable. Peut-être sommes-nous dans la même configuration pour la limitation de la circulation automobile."


Jean Sivardière, président de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (FNAUT) : "Il faudrait mettre le paquet"

Jean Sivardière, vous êtes président de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (FNAUT), qui rassemble 150 associations et 40 000 adhérents. Comment jugez-vous la situation des transports en commun aujourd’hui ?

Il suffit de prendre des trains, des TER ou des métros pour constater l’explosion de la demande de transports collectifs. Aux heures de pointe, pas uniquement sur la ligne 13 du métro parisien ou sur le RER A, mais aussi dans les TER ou dans certains réseaux urbains, on est à la limite des capacités du système. Cette tendance ne peut que s’accentuer avec l’accroissement des difficultés d’utilisation de la voiture (prix de l’essence, stationnement, bouchons), l’augmentation des distances entre le domicile et le travail et la sensibilité environnementale de la population. Les exploitants des transports en commun sont conscients du problème mais, manifestement, les élus, qu’ils soient de droite ou de gauche, ont un cran de retard et veulent essayer de faire tout à la fois, des autoroutes urbaines comme du ferroviaire. Or, les récents incidents sur le réseau de la SNCF, avec notamment les problèmes de caténaires, montrent l’insuffisance des investissements alors qu’il faudrait mettre le paquet. Le Grenelle de l’environnement a montré de bonnes intentions, mais n’est pas suffisant du point de vue budgétaire. La classe politique n’a sans doute pas mesuré combien l’opinion publique a évolué sur ces sujets. On n’en est plus à se demander comment attirer de nouveaux usagers, mais comment faire face à l’afflux.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !