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article de Anne Michel paru dans Le Monde le 12 décembre 2006

Libéralisation des postes : pays du nord et du sud de l’Europe s’affrontent

mardi 12 décembre 2006 par Anne Michel

Les ministres européens des postes devaient examiner, lundi 11 décembre, pour la première fois, la proposition de directive postale adoptée par la Commission européenne le 18 octobre. Les discussions s’annonçaient animées autour de ce texte déterminant pour l’avenir du secteur postal, prévoyant une libéralisation totale du marché en 2009. Soit, en fait, la suppression du dernier monopole réservé aux opérateurs historiques, le courrier de moins 50 grammes.

Face aux tenants d’une ouverture du marché sans condition - l’Allemagne, la Suède, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne et la Finlande - de nombreux Etats du sud de l’Europe, auxquels s’est jointe la France, devaient exprimer leurs craintes d’une libéralisation hâtive et mal préparée, susceptible, selon eux, de dégrader la qualité du service universel postal, à savoir l’obligation de distribuer le courrier au moins cinq jours par semaine, pour chaque citoyen européen.

RESPECTER LES PARTICULARITÉS

Souvent liées à la peur de voir arriver sur leur marché des concurrents mieux organisés et plus rentables qu’eux, au discours commercial agressif - les postes allemande et néerlandaise - leurs inquiétudes se fondent aussi sur les enseignements tirés des quelques expériences de libéralisation dans le monde : en Grande-Bretagne, en Suède, en Finlande, au Japon, en Nouvelle-Zélande et en Argentine.

Ces expériences, estiment-ils, exigent une directive respectant les particularités de chaque Etat (densité de population, difficultés de desserte, coût des missions de service public assumé par l’opérateur historique etc.). D’autant plus, soulignent ces pays, qu’à la différence d’autres secteurs libéralisés comme les télécommunications, l’électricité ou le gaz, le courrier ne se développe plus.

"Il n’existe pas de norme absolue en la matière ni de recette miracle, souligne-t-on dans l’entourage de La Poste française, Bruxelles doit avancer prudemment pour ne pas mettre en danger des milliers d’emplois en Europe. Ce n’est dans l’intérêt de personne que le service se dégrade ou que l’opérateur public historique soit brutalement affaibli."

De fait, les expériences de libéralisation déjà tentées ont connu des fortunes diverses, avec un exemple de faillite de l’opérateur historique, en Argentine. En Suède - le cas le plus ancien en Europe - le concurrent né de la libéralisation s’est vite trouvé en difficultés et l’Etat a dû demander à la Sweden Post de le racheter, avant qu’il ne soit finalement repris par la poste norvégienne. Partout, l’ouverture du marché a entraîné des réductions d’effectifs (35 000 emplois supprimés par la Royal Mail en Grande-Bretagne en 2005 et un second plan de grande ampleur annoncé pour les mois à venir).

Par ailleurs, il est difficile de dire si les consommateurs ont profité de l’ouverture à la concurrence du marché postal, à travers des services de meilleure qualité ou moins chers. Partout dans le monde, on observe, en fait, que les prix se sont rééquilibrés sur les coûts réels, sous le contrôle du régulateur postal national.

Cet "effet prix" a profité tantôt aux particuliers, tantôt aux entreprises, selon que les anciens systèmes de péréquation tarifaire profitaient aux uns ou aux autres. Le prix du timbre a, par exemple, augmenté dans les pays où il était jusqu’alors encadré. La Norvège détient le record du timbre le plus cher d’Europe, à 70 centimes.

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