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Article de Céline Lutz paru sur viva.fr le 12 décembe 2006

Lorraine : les mines abandonnées noient les villages

dimanche 17 décembre 2006 par Céline Lutz

Un an jour pour jour après l’arrêt du pompage des eaux dans les galeries des mines, le sous-sol du bassin nord de la Lorraine est prêt à déborder. Aux menaces d’effondrements et d’inondations s’ajoute aujourd’hui le risque de contamination par le radon.

Le 31 novembre 2005, les pompes qui purgeaient les mines du bassin nord de la Lorraine se sont arrêtées. L’Etat a tranché. La logique économique a été la plus forte. Pourtant, les effets qu’entraînera cette décision sont connus : des effondrements vont se produire dans ce sous-sol aux allures de gruyère, et, forcément, se répercuter en surface. Jœuf, Moutiers, Auboué... Le scénario a déjà été joué.

Depuis le début, Bernard Boczkowski, « 80 ans dans quelques jours », s’est battu pour récrire l’histoire. « Quand les pompes se sont arrêtées, j’avais les larmes aux yeux, on a tout essayé, on a perdu », reconnaît ce retraité de la mine, descendu au fond dès l’âge de 14 ans.

Une vie en suspens A Ottange-Nondkeil, à 2 kilomètres de la frontière luxembourgeoise, la vie est en suspens. La commune est située au-dessus de trois galeries juxtaposées, creusées à partir de 130 mètres de profondeur, exploitées bien au-delà du taux réglementaire de 30 % de défruitement. Bernard Boczkowski estime à une vingtaine de mètres le vide sous la plaque dure qui maintient Nondkeil d’aplomb. Si un jour le sous-sol se dérobe... « c’est tout le village qui s’éboule ».

Un an après le démarrage de l’ennoyage, la majorité des collectifs d’habitants du bassin nord ont rendu les armes. Les irréductibles de Nondkeil maintiennent la pression. « Au 15 novembre 2006, l’eau est à la cote 144,03, cela n’a pas trop bougé, le 4 septembre l’eau se trouvait à la cote 130. » Selon les prévisions des experts, en juillet 2007, elle pourrait atteindre le plafond, la cote 207, le point où se perche Nondkeil. « Le trop-plein ne pourra jamais être absorbé par la Fench. Le débit sera bien trop important », Bernard en est convaincu, les galeries peuvent être encore consolidées.

Son association a engagé deux recours contre l’Arbed, dernier exploitant en date, qui n’a « pas tenu ses engagements ». Au pénal, le tribunal de Metz s’est dit incompétent en la matière. Quant au tribunal administratif de Strasbourg, il a débouté l’association, estimant qu’aucun désordre n’a été constaté. L’affaire est en appel.

100 millions de mètres cubes d’eau

« Il ne faut pas oublier qu’à Moutiers le sol s’est effondré huit ans après l’ennoyage ! Mais une fois de plus c’est l’intérêt financier qui prime. L’eau, c’est le nouvel eldorado. Pensez : le bassin nord, c’est 100 millions de mètres cubes d’eau qui se remplissent tout seuls ! », peste M. Boczkowski.

Au départ, Ottange-Nondkeil était classé en zone d’affaissement brutal. Puis, comme par magie, la Drire a revu sa copie en reclassant le village en zone d’affaissement progressif. « Au lieu de mourir brutalement, nous mourrons lentement », plaisante Bernard, un brin dépité.

« Ici, 50 % des gens ont plus de 80 ans. Où voulez-vous qu’ils aillent », commente Christine, 48 ans, qui est née ici et habite à deux pas de chez sa mère : « On doit refaire la toiture et d’autres travaux, mais c’est délicat de se lancer, à quoi bon investir si un jour tout s’écroule ? »

Pourtant de jeunes couples, souvent luxembourgeois, attirés par des prix très attractifs à un jet de pierre de la frontière, achètent les quelques demeures à vendre. Christelle et son mari ont craqué pour la belle maison d’un maçon, aujourd’hui décédé. Le notaire, comme il en a l’obligation, leur a décrit la situation, très succinctement. Ils se sont laissés tenter. « Moi j’y suis bien, mais aujourd’hui mon mari a peur, alors on cherche à revendre », regrette la jeune femme.

Et maintenant, le radon...

Aujourd’hui, une nouvelle menace empoisonne la vie des habitants. Le radon, présent en grande quantité dans les galeries et propulsé vers la surface sous la pression de l’eau. Les aérations permettant la ventilation des galeries ont été bouchées lors de la fermeture des mines alentour. Aujourd’hui, ce gaz inodore ressurgit par les caves des maisons. « Nous avons évoqué le problème lors de la commission interdépartementale permanente sur les conséquences de l’arrêt de l’activité minière (Ciam), mais le sujet a été dégagé en touche. Mais nous ne lâcherons pas le morceau. Notre santé est en jeu », conclut Bernard Boczkowski.

Voir notre article précédant (avril 2005) : Rosbruck, le village qui penche


La voie ferrée n’est pas épargnée

Le sol n’en finit plus de trembler dans le bassin houiller. En juillet, une forte secousse à endommagé la piscine de Forbach. En août, un nouveau tremblement de terre de 2,5 sur l’échelle de Richter met à nouveau à mal les bâtiments du secteur. La maison de Francis Primersky ne résiste pas au choc. Achetée en 1989, la demeure, située à Betting, consolidée par des verrins depuis plusieurs années, s’est en partie effondrée. Comble du mauvais sort, un arrêté municipal de mise en péril lui intime l’ordre de détruire sa maison, à ses frais. L’imposante demeure est érigée sur la faille de Béning, une fracture de roche créée par les affaissements miniers. Au bout du jardin passe la ligne de chemin de fer Paris-Francfort ! Ligne du futur TGV-Est. Un phénomène connu de la Sncf, qui est déjà intervenue plusieurs fois dans le secteur. « En février 1997, une violente secousse est venue ébranler la voie de chemin de fer. Les Houillères, en accord avec la Sncf, ont colmaté la crevasse avec des tonnes de béton », rappelle Francis Primerski.

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