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Un article de Fanny Doumayrou paru dans l’Humanité du 20 juin 2005

Lutter contre les discriminations, plus que jamais, une exigence

lundi 20 juin 2005 par Fanny Doumayrou
La CGT dressait jeudi un bilan des attaques dont sont l’objet des représentants syndicaux, en insistant sur la nécessité de combats à mener sur les questions sexuelle et raciale.

En 1998, le syndicat CGT de Peugeot-Sochaux faisait plier la direction du constructeur automobile. Au terme d’une longue bataille syndicale et juridique, le groupe se voyait contraint de reconnaître et d’indemniser la discrimination sur le salaire et l’évolution de carrière qu’il avait fait subir aux militants CGT pendant plusieurs décennies. Sept ans plus tard, l’affaire a fait des petits, des dizaines de syndicats d’autres entreprises, surtout dans la métallurgie, se sont lancés dans la bataille et ont obtenu indemnisation, repositionnement, et parfois des accords pour prévenir les discriminations. Jeudi au siège à Montreuil, la CGT organisait une première « journée confédérale sur les discriminations », en présence de militants, inspecteurs du travail, juristes et avocats, pour dresser un premier bilan du travail accompli et lancer des perspectives.

« Des milliers de salariés ont fait condamner leur patron, des dizaines de syndicats sont en cours de contentieux », s’est félicité en introduction François Clerc, fer de lance de la bataille chez Peugeot, et aujourd’hui animateur du collectif antidiscriminations de la CGT. « Pas question de se reposer sur ses lauriers. Il faut élargir le combat aux autres discriminations, sexuelle, raciale, sur l’état de santé. À nous de leur faire partager notre savoir-faire. » Les témoignages de militants du GAN à Bordeaux, de Nextira One à Marseille, de EDF, d’Airbus à Toulouse, de la SNECMA, ont montré la diversité des situations et des stratégies syndicales et juridiques adoptées. Pascal Moussy, juriste à la CGT, a rappelé que « ce qui était novateur dans l’affaire Peugeot, c’est le fait d’avoir gagné devant le juge des référés prud’homaux, la discrimination étant considérée comme un trouble manifestement illicite à l’ordre public. Cela a montré que le droit syndical est une liberté publique ». Pascal Rennes, juriste au secteur droits et libertés de la CGT, a mis en garde les syndicalistes : « Il ne doit pas y avoir de négociation à froid avec les employeurs. Ils savent s’y prendre pour tuer l’affaire dans l’oeuf, en "saupoudrant" les délégués. Pour qu’ils se mettent réellement à table, il faut une pression extraordinaire du syndicat, par la mobilisation et l’action judiciaire. » Un bel exemple de ténacité a été donné par la projection du film Déblocages en chaîne, de Alban Cappello, retraçant l’affaire des huit de Ratier-Figeac, qui ont gagné en Cassation la reconnaissance de la discrimination syndicale.

« La forme suprême de discrimination, c’est le licenciement », a rappelé Claude Besnainou, délégué CGT dans une société informatique. Victime de cinq tentatives de licenciement en 18 mois, il s’est inquiété de l’augmentation des licenciements d’élus du personnel, et des autorisations par les inspecteurs du travail. Une inspectrice a renchéri en déplorant le manque de soutien du ministère du Travail, qui refuse de confirmer les refus de licenciements fondés sur la seule discrimination. Éric Pecqueur, militant CGT dans la récente usine Toyota dans le Nord, a décrit le travail acharné de la direction contre l’implantation du syndicat : « Après nos bons résultats aux élections de 2002, elle a licencié ou fait démissionner 400 salariés, dont 300 ou 350 électeurs CGT, et embauché 1 000 nouveaux. On s’est pris une gamelle aux dernières élections. Les délégués subissent pressions, sanctions. Nous avons porté huit dossiers de discrimination aux prud’hommes. » Un jeune de Peugeot-Mulhouse a confirmé la difficulté à recruter : « Les syndiqués démissionnent au bout d’un mois, c’est démoralisant quand on a travaillé un an pour les faire adhérer. »

Du côté des discriminations sexuelle et raciale, l’action en est à ses premiers pas, avec 70 dossiers en cours, selon Mohamed Brahmi, responsable du collectif racisme et discrimination de la métallurgie CGT. Deux cadres et six ouvriers sont en justice contre

Renault pour discrimination raciale sur leur carrière. À

Citroën-Aulnay, vingt-six tra- vail- leurs immigrés ont fait condamner devant le TGI de Bobigny leur direction, qui bloque leur départ en préretraite. À Bosch-Vénissieux, le syndicat porte trois dossiers de discrimination sexuelle, et vingt-sept de discrimination raciale. « Ces salariés immigrés sont entrés OS et ont fini OS, ou bien P1 pour finir P1, à des postes sales et pénibles sur les chaînes, explique M. Brahmi. Tous les salariés qui ont évolué sont de type européen. »

Clôturant la journée, Bernard Thibault a rendu hommage à « l’immense travail et à la ténacité des militants, avocats, inspecteurs », et s’est vu remettre, pour le collectif discrimination de la CGT, un chèque de 3 000 euros du syndicat des ouvriers de la RATP, 100 000 euros de la CGT SNECMA et 19 000 euros de la CGT d’EADS Vélizy, pris sur les sommes obtenues en justice.

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