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Propos recueillis par Rémi Barroux et Françoise Fressoz | Le Monde le 02.09.2008

M. Thibault : "Nicolas Sarkozy devrait se méfier : la souffrance des salariés est réelle"

mardi 2 septembre 2008 par Rémi Barroux, Bernard Thibault, Françoise Fressoz

Pour se faire entendre du gouvernement, il faut créer un rapport de forces, estime Bernard Thibault, le secrétaire général de la CGT, qui, en pleine campagne des élections prud’homales, cherche à surmonter la division syndicale.

La division entre les syndicats marque cette rentrée sociale. N’est-ce pas une aubaine pour Nicolas Sarkozy ?

Il devrait se méfier. La souffrance des salariés est réelle. Plus importante qu’il y a un an. S’y ajoutent les déçus de Nicolas Sarkozy, ceux qui ont cru en son élection. Dans cette situation, l’urgence est à l’action et à l’unité.

Avez-vous des contacts avec l’Elysée ou le gouvernement pour discuter les dossiers sociaux ?

Non. Mais je constate que "discuter" avec le président de la République ou avec les ministres ne change pas grand-chose. Nous l’avons bien vu sur le temps de travail, où le gouvernement est passé en force. Nicolas Sarkozy imprime un tel style personnel dans la conduite du pays qu’il faut absolument créer un rapport de forces pour se faire entendre. C’est pourquoi la CGT propose aux autres confédérations de se réunir rapidement pour discuter des revendications et des négociations à venir, comme la formation professionnelle ou l’assurance-chômage.

Nous leur proposons aussi de faire du 7 octobre une journée de mobilisation, avec des appels à la grève et manifestations sur les thèmes retenus par les confédérations syndicales internationales : le travail décent, les salaires, les emplois stables ou la protection sociale. S’agissant de La Poste, victime d’une vision purement dogmatique, toute la CGT s’engagera dans la réaction qui s’organise.

FO ne vous pardonne pas d’avoir signé l’accord sur la représentativité et le temps de travail. Si c’était à refaire ?

Des syndicats en font un argument pour les élections prud’homales de décembre. Ils affirment que si les employeurs dénoncent les accords sur le temps de travail, c’est la faute à la CGT et à la CFDT qui ont signé la position commune. C’est un mensonge. Quand le gouvernement a décidé de casser la législation sur le temps de travail, nous sommes descendus dans la rue et, malheureusement, ceux qui, comme FO, n’ont pas voulu être présents lui ont facilité la tâche.

Cela n’enlève rien au fait que pour renforcer le syndicalisme, ancrer davantage l’action dans l’entreprise, il fallait modifier les règles de la représentativité. Nous sommes fiers de cette avancée vers plus de démocratie sociale ! Il n’y aura plus à terme de signature d’accord dans le dos des salariés. Que cela en fâche certains qui tiraient avantage de la situation actuelle, on peut le comprendre. Mais cela ne doit pas empêcher l’action commune.

Comment réagissez-vous à la création du revenu de solidarité active (RSA), financé par une taxe sur les revenus du capital ?

Si on présente la mesure de manière simpliste, en disant que quelqu’un qui gagne 500 euros par mois va en toucher 200 euros de plus, c’est forcément une bonne nouvelle pour l’intéressé. Mais d’un point de vue structurel, le RSA va se révéler très néfaste s’il n’est pas complété par des mesures salariales qui ne sont, hélas, pas à l’ordre du jour. La discussion parlementaire sera importante pour obtenir des correctifs et s’assurer que le "capital" sera réellement mis à contribution. Pour le moment, le flou domine.

Quelles mesures attendez-vous sur le pouvoir d’achat ?

Il faut que la hausse du smic ait des conséquences immédiates sur les salaires des branches et, au final, dans les entreprises. Et il faut aller vite sur le chèque transport. Sa prise en charge par l’employeur devrait être obligatoire. J’ai cru comprendre que le ministre du budget envisageait une prime transport sur la fiche de paye des salariés, mais si elle était compensée par de nouveaux allégements pour les entreprises ; ce serait un jeu de bonneteau.

Dans son livre (Si on me cherche…, Albin Michel, 240 pages, 19 euros), François Chérèque, le secrétaire général de la CFDT, affirme que le chef de l’Etat aurait évoqué une "amnistie générale" sur l’affaire de l’UIMM.

C’est vrai ?

Je ne suis pas témoin de leurs conversations. Le premier scandale dans cette affaire concerne l’existence même d’une caisse noire du patronat, l’UIMM qui a prélevé un "impôt contre-révolutionnaire" de plusieurs centaines de millions d’euros sur les entreprises pour casser de la CGT et du gréviste et financer des organisations fascistes. Et qu’entend-on, sans aucune preuve, en s’appuyant qui plus est sur un témoignage qui fait parler les morts ? Que les syndicats, la CGT en particulier, auraient touché des fonds en liquide.

Vous démentez ?

Catégoriquement. Et je m’étonne qu’aucune investigation n’ait été menée au titre de l’abus de bien social. Et que le patronat refuse obstinément de parler de la question de son financement.

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