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Marie Jégo - le Monde le 21.03.2008

Menacé par la Chine, Gazprom veut rester maître du gaz en Asie central

vendredi 21 mars 2008 par Marie Jégo

Une promesse d’accord signée récemment par le groupe gazier russe Gazprom avec les républiques d’Asie centrale (Ouzbékistan, Kazakhstan, Turkménistan) pourrait faire monter la note que les pays consommateurs paient pour le gaz russe et porter un coup aux projets européens de diversification de leurs approvisionnements.

Dès 2009, le gaz d’Asie centrale sera vendu à la Russie à un "prix européen", soit 250 à 270 dollars les 1 000 mètres cubes, contre 130 à 150 actuellement, ont annoncé les représentants des entreprises gazières kazakhe, ouzbek et turkmène, réunies le 11 mars au siège de Gazprom à Moscou. Cette augmentation aura un coût pour le consommateur européen. Alexeï Miller, le patron du groupe russe, a prévenu : dès 2008, le gaz sera vendu à l’Europe 400 dollars (les 1 000 m3) contre 370 actuellement.

Prise en étau entre la stagnation de sa production et l’accroissement de la demande, la Russie est dépendante du gaz d’Asie centrale pour ses livraisons à l’Europe, à l’Ukraine ou à la Turquie. Ces dernières années, Gazprom achetait ce gaz à un prix inférieur à celui du marché (70 dollars début 2006, 130 à 150 dollars en 2008) et le revendait trois ou quatre fois plus cher.

Jusque-là, les pays d’Asie centrale étaient obligés d’accepter les conditions de Gazprom, maître des principaux gazoducs de la région. Hormis deux tubes - l’un entre Turkménistan et Iran, l’autre entre Kazakhstan et Chine - les voies de sortie, construites à l’époque soviétique, sont aux mains du géant russe. Coupés d’accès au marché mondial, l’Ouzbékistan, le Turkménistan et le Kazakhstan livrent en priorité leur production à la Russie, dans le cadre de contrats à long terme.

Mais une telle inégalité des prix poussait ces Etats à chercher des solutions alternatives pour exporter leur ressource. La construction du "Nabucco", un tube destiné à acheminer le gaz d’Asie centrale vers le Vieux Continent en contournant la Russie, était envisagée. Un tronçon, de Bakou (Azerbaïdjan) à Erzurum (Turquie), a déjà été réalisé.

L’Union européenne (UE) et les Etats-Unis, soucieux de diversifier leurs approvisionnements, soutenaient ce projet. Responsables américains et européens du secteur de l’énergie ont ainsi multiplié les visites dans la région. En novembre 2007, le Turkménistan, doté des troisièmes réserves au monde après la Russie et l’Iran, a jeté les bases d’une coopération énergétique accrue avec l’UE. Avec la nouvelle donne en matière de prix, le projet Nabucco devient moins attractif aux yeux des producteurs d’Asie centrale. Il risque de rester sur le papier.

GRANDES MANOEUVRES

En revanche, un autre projet a bien avancé : la construction d’un gazoduc entre la Chine et le Kazakhstan. L’Ouzbékistan et le Turkménistan souhaitent s’y raccorder. Pékin voit d’ailleurs aujourd’hui l’Asie centrale comme la clé de sa sécurité énergétique. Les investissements chinois sont importants au Kazakhstan. Et suite au rachat de PetroKazakhstan par la China National Petroleum Corporation (CNPC) en 2005, la Chine contrôle désormais près d’un quart de la production locale de pétrole. Les grandes manoeuvres énergétiques chinoises en Asie centrale remettent en cause la suprématie russe dans la zone. Pas étonnant, dans ce contexte, que Gazprom ait fini par céder à la demande des producteurs d’Asie centrale d’un "prix européen" pour leur gaz.

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