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Alexandra Chaignon , François Sainz | L’Humanité du 16.02.2008

Miko met le feu à saint-Dizier

lundi 18 février 2008 par Alexandra Chaignon, François Sainz
EMPLOI . Contre les licenciements, 2 000 personnes ont manifesté dans les rues de Saint-Dizier (Haute-Marne). Des délégations d’Unilever, d’Arcelor et de Kléber étaient présentes.

« Les glaces sont pendues, les Miko sont dans la rue ! » « Tout passe, tout lasse, les glaces trépassent. » Près de 2 000 personnes, très remontées, ont défilé hier dans les rues de Saint-Dizier pour protester contre le plan de suppression de 250 emplois sur 492 au sein de l’usine de glaces Cogesal-Miko, qui appartient au groupe Unilever. Dans le défilé se trouvaient bien évidemment les salariés de Miko, mais aussi des salariés d’autres sites du groupe Unilever, venus « par solidarité » de Marseille (Frailib), Dijon (Amora), Compiègne (Fabregé), Strasbourg (Knorr). « On est là par soutien et pour que cessent ces restructurations chez Unilever, uniquement planifiées pour répondre aux besoins toujours plus grands des actionnaires », indique Gérard Cazorla, secrétaire CGT de Frailib (Thé Lipton), de Marseille. « On est tous de la même famille », surenchérit son collègue, Henri Soler.

Mais les salariés d’Unilever n’étaient pas les seuls à être venus fouler les pavés de Saint-Dizier. Une délégation de l’usine Kléber de Toul (lire ci-contre), actuellement menacée, était présente, de même qu’une autre d’Arcelor Gandrange. « On veut faire la démonstration qu’entre salariés on est tous solidaires », insiste Jacky Mascielli, secrétaire CGT de l’usine Arcelor de Gandrange . Et d’envisager de « fédérer tous les salariés qui se battent ». « On commence à en avoir ras le bol de voir ces milliards de bénéfices affichés alors qu’en même temps les patrons décident de centaines de licenciements. Ces bénéfices, ils les font grâce aux salariés. Des salariés qui ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts », assène-t-il.

tous sont déterminés

Même si l’inquiétude est dans tous les esprits, tous sont déterminés. À l’image de Catherine Lacomble, salariée Miko, trente ans d’ancienneté : « Il faut se battre avant tout pour la pérennité du site. » Un avis que partage tout le monde. Les commerçants - « Vous imaginez les conséquences d’une fermeture de Miko pour une ville comme Saint-Dizier ? », s’inquiète le patron d’un tabac -, mais aussi les élus, de gauche comme de droite. « L’heure est grave, car tout le bassin est touché », estime Marcelle Fontaine, conseillère générale PCF. Député maire UMP de Saint-Dizier, François Cornut-Gentille était bien évidemment au rendez-vous. « Face à un groupe comme Unilever, on ne peut arriver à faire bouger les choses que si on est uni. On n’a pas forcément tous les mêmes opinions, mais, en tout cas, on a le même objectif : sauver un maximum d’emplois. »

« Le message est clair : on en a marre des délocalisations », reprend Hervé Mazelin, délégué CGT de Miko. Désormais, « il faut que le gouvernement bouge ». Une demande portée par la Fédération nationale de l’agroalimentaire et forestière (FNAF) CGT : « Puisque le président prétend pouvoir régler tout, qu’il en fasse la preuve. Nous proposons que soient convoqués à l’Élysée les pouvoirs publics, les patrons d’Unilever, les syndicats des salariés. Cette table ronde doit déboucher sur un veto au plan de casse », propose Jean-Luc Bindel, secrétaire général de la FNAF CGT.

plusieurs actions sont prévues

D’ici là, plusieurs actions sont prévues. Lundi, une délégation de syndicats de Miko et d’élus sera reçue par Xavier Bertrand au ministère de l’Emploi. Et d’ici la fin du mois, une délégation se rendra au Parlement européen. « Tous les espoirs sont encore permis, insiste Ralph Blindauer, avocat des salariés de Miko. Nous espérons bien arriver à négocier avec les vrais décideurs. » De son avis, comme de celui de tous les manifestants, il ne fait aucun doute que le mouvement va monter de plus en plus fort dans le pays.


Unilever pille notre savoir faire ». Témoignages

Hélène Marchand, 57 ans, salariée depuis 32 ans

« C’est un malheur d’en arriver là. Ils nous ont pris notre savoir-faire pour fabriquer de la glace. Et en échange, rien du tout. C’est du pillage. S’ils veulent que la ville meure, ils ne s’y prendraient pas autrement. Moi, à mon âge, c’est pour les jeunes que je me bats. Quel avenir vont-ils avoir ? Pourtant, Unilever fait des bénéfices à gogo. Je pensais que plus en avançant dans le temps, plus on serait heureux. En fait, c’est le contraire. On recule. »

Maud Aubertin, 29 ans, saisonnière Miko depuis 8 ans

« Je travaille entre trois et six mois par an pour un salaire mensuel de 1 200 euros, tout dépend des commandes. Miko, c’est mon bifteck. Sans ça, je n’ai plus rien pour élever décemment mes deux enfants. Pour maman, qui travaille à plein temps depuis 30 ans, c’est très dur. »

Dominique Aubertin, 50 ans, salariée depuis 30 ans

« J’ai commencé à 14 ans. Ce qui se passe, ça fait mal. Aujourd’hui, il faut se battre pour les jeunes. Mais ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi ces suppressions d’emplois alors que l’usine est rentable, et surtout, qu’Unilever fait des millions de bénéfices. Il faut qu’on nous explique. On veut savoir. »

Agnès Michel, salariée depuis 35 ans chez Miko

« Je suis surveillante de machine. Depuis 12 ans, je travaille de nuit. Ça me fait gagner 350 euros en plus, pour au final toucher 1 800 euros. Si on me met dehors, qu’est-ce que je vais faire ? Ce n’est pas à Saint-Dizier que je vais trouver un boulot. On ne va pas vivre, mais survivre. Pourtant, quand on est venu dans la nouvelle usine en 1995, on pensait qu’on était sauvé. Je ne comprends pas.

Ou plutôt si : on sacrifie des gens pour le pognon. La seule solution qui nous reste : c’est se battre. »

Cédric, 33 ans, salarié depuis 7 ans

« Il faut tout faire pour sauver l’emploi. Mais je ne me fais pas d’illusions. Je suis un des derniers arrivés. J’ai d’ailleurs commencé à chercher du boulot. C’est difficile de se battre contre une aussi grosse machine qu’Unilever. »

XX , 46 ans, pilote de ligne automatique, 30 ans d’ancienneté

« Je ne suis pas vieux. Les années qu’il me reste à travailler, je veux les passer chez Miko. Si ce n’est pas le cas, ça va être une catastrophe pour moi, sachant que ma compagne travaille elle aussi chez Miko. On risque de se retrouver au bord du canal Saint-Martin ! »

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