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un article de Françoise Chipaux paru dans Le Monde du 15 janvier 2006

Moins médiatisée que la Chine, l’Inde accumule les succès économiques

dimanche 15 janvier 2006 par Françoise Chipaux

Plus discrètement que sa rivale chinoise, l’économie indienne poursuit sa révolution et son ascension. La production industrielle de l’Inde a enregistré une hausse de 6,9 % sur un an, en novembre, selon les statistiques publiées jeudi 12 janvier, et son taux de croissance devrait frôler 8 % en 2005.

De telles performances séduisent de plus en plus les entreprises du monde entier. En moins de trois mois, les géants de l’informatique y ont annoncé des investissements d’environ 5 milliards de dollars (4,2 milliards d’euros) : 1,7 milliard de dollars pour Microsoft, qui veut embaucher 3 000 personnes supplémentaires dans les quatre prochaines années ; 1,05 milliard sur cinq ans pour Intel, le géant américain des microprocesseurs ; 1 milliard pour Cisco, numéro un mondial des équipements de réseaux pour Internet ; une somme comparable pour AMD (Advanced Micro Devices) associé à un groupe de NRI (Indiens non résidents) qui veut développer des ordinateurs à bas prix.

"Nous dépendons de l’Inde pour la main-d’oeuvre, c’est pourquoi nous allons y étendre nos opérations. Nous embauchons aussi vite que nous le pouvons, car ce pays dispose d’une ressource fantastique en professionnels du logiciel", a expliqué Bill Gates, le patron de Microsoft, devant la Confédération indienne de l’industrie.

L’Inde a un gros réservoir de main-d’œuvre anglophone éduquée. Un ingénieur local coûte environ 30 % à 40 % moins cher qu’un Occidental. Selon la Nasscom (Association nationale de logiciels et compagnies de services), l’heure de développement d’un logiciel y coûte entre 18 et 26 dollars, contre 55 et 65 aux Etats-Unis ou en Europe.

Cela explique que 400 des 500 compagnies citées par l’hebdomadaire américain Fortune ont des centres de recherche dans ce pays ou y délocalisent des travaux à des firmes indiennes. Les revenus de ce secteur ont crû de 34,5 % dans l’année fiscale 2005 et l’industrie prévoit 22,5 milliards de dollars de revenus à l’exportation en 2006.

Un rapport publié le 12 décembre 2005 par Nasscom et McKinsey estime que ces rentrées pourraient s’élever à 60 milliards de dollars en 2010 pour l’industrie informatique et devenir la force motrice de l’économie indienne, représentant 7 % du produit intérieur brut (PIB), contre 3 % actuellement.

Cette croissance générerait 2,3 millions d’emplois directs et 6,5 millions d’emplois indirects. Toutefois, le rapport juge nécessaire un intense programme d’éducation et d’amélioration des infrastructures pour que l’Inde puisse répondre à la demande. Aujourd’hui, le manque d’ingénieurs qualifiés provoque une forte compétition entre les firmes informatiques et une hausse des salaires de 25 % à 30 % par an, ce qui pourrait, à terme, pénaliser l’Inde.

Aussi importante soit-elle, l’industrie informatique ne saurait absorber les 10 millions de jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail. "A part les services, il n’y a pas de créations d’emplois", note un économiste qui s’inquiète des disparités grandissantes entre une classe moyenne, dont les revenus s’accroissent, et les 50 % de la population qui ne voient pas leur revenu augmenter depuis des années. Estimée entre 250 et 300 millions de personnes, la classe moyenne ne cesse de s’élargir et sa croissance est la deuxième plus forte au monde après celle de la Chine.

L’informatique n’est pas le seul secteur où les investissements pleuvent. L’industrie manufacturière, en joint-venture avec de grandes compagnies étrangères, se développe à un rythme élevé. Désormais, presque tous les grands noms de l’automobile ont des usines ou des centres de recherche en Inde.

Dans ce domaine, un des problèmes reste la rigidité des lois du travail, qui freine les embauches. Le soutien des communistes au gouvernement de coalition du premier ministre Manmohan Singh réduit grandement la marge de manoeuvre de ce réformiste, "père" de l’ouverture économique en 1991. Le gouvernement, qui a fait face, en septembre 2005, à la première grève nationale de protestation contre les réformes "néolibérales", a dû revenir sur des projets de libéralisation.

Les communistes s’opposent à la vente de parts de compagnies publiques, au relèvement des plafonds d’investissements étrangers, notamment dans les assurances, et à l’ouverture des secteurs de la distribution, de la banque et des fonds de pension à ces mêmes capitaux. Plusieurs réformes annoncées sur une libéralisation du marché du travail, une refonte du système bancaire et du régime des retraites n’ont pu voir le jour. Malgré quelques ouvertures, des pans entiers de l’économie indienne restent fermés.

Selon Manmohan Singh, le développement des infrastructures est aujourd’hui la priorité absolue pour conserver une croissance régulière élevée, seule à même de réduire la pauvreté dont souffrent plus du tiers des Indiens qui vivent avec moins de 1 dollar par jour. "Notre plus grand besoin est dans les infrastructures, où notre investissement minimum pour les sept à huit ans est de 150 milliards de dollars et cela inclut routes, chemins de fer, ports, aéroports, télécommunications", affirmait-il récemment dans un entretien au magazine américain Fortune.

L’Inde ne consacre encore que 2,5 milliards de dollars par an à la construction de routes quand la Chine, dans le même temps, en dépense 25 milliards. Connus, les problèmes qui freinent le développement ne sauraient toutefois compromettre l’avenir. Selon les experts, l’Inde est bel et bien entrée sur la scène économique mondiale.


CHIFFRES

DÉMOGRAPHIE. 1,1 milliard d’habitants. 1,5 milliard prévu en 2035 : l’Inde deviendrait le pays le plus peuplé.

PIB. 662 milliards d’euros (en 2004), dont 23 % réalisés dans l’agriculture, 26 % dans l’industrie et 51 % dans les services.

PIB PAR HABITANT. 608 dollars (en 2004), soit deux fois moins qu’en Chine.

COMMERCE EXTÉRIEUR. En 2004, l’Inde exportait du textile (23,6 %), des bijoux (16,8 %) ou des biens d’équipement (15,7 %). Elle importait des produits pétroliers (27,4 %), des biens d’équipement (11,7 %) ou des pierres précieuses (9,05 %). Le déficit commercial était de 26,5 milliards de dollars en 2004.

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