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Un article de Marie Jégo paru dans Le Monde du 2 avril 2006

Moscou presse Minsk de lui céder ses gazoducs

dimanche 2 avril 2006 par Marie Jégo

Douze jours après la réélection d’Alexandre Loukachenko à la tête de l’Etat biélorusse, la Russie, principal soutien du "dernier dictateur en Europe", selon les Etats-Unis, réclame son dû. Jeudi 30 mars, le patron de Gazprom, Alexeï Miller, a annoncé pour 2007 une hausse, "au niveau européen", des prix du gaz livré à Minsk alors qu’il recevait à Moscou le ministre biélorusse de l’énergie, Alexandre Agueev. Si aucun tarif précis n’a été évoqué, Gazprom a rappelé son désir d’acquérir 50 % des actions de Beltransgaz, la société publique biélorusse qui gère, sur son territoire, les flux gaziers russes vers l’Europe.

Minsk, qui a jusqu’au 30 avril pour se décider, rechigne. M. Agueev a expliqué à la télévision biélorusse qu’en vertu de la fusion prévue entre les deux Etats - un projet en cours depuis plus de dix ans -, les consommateurs biélorusses devaient payer le même prix que leurs homologues russes de la région de Smolensk (frontalière de la Biélorussie). Ceux-ci paieront 47,50 dollars les 1 000 m3 pour le gaz en 2007 et 64 dollars en 2012.

VIF ÉCHANGE

Pour l’heure, la petite république achète le gaz russe à un prix deux fois moins élevé que l’Ukraine, la Géorgie ou la Moldavie. C’est grâce à l’énergie (gaz mais aussi pétrole et électricité) fournie à bas prix par Moscou que l’économie biélorusse, planifiée et étatisée, affiche un fort taux de croissance (11 % en 2004, 7 % en 2005). Revendus plus cher aux consommateurs biélorusses ou exportés, le gaz et le pétrole alimentent le fonds présidentiel dont dispose à sa guise Alexandre Loukachenko.

Le monopole gazier russe et la partie biélorusse négocient en vain depuis des années. Inflexible, M. Loukachenko se dérobe à la pression du grand voisin. Pis, voici dix ans que le "batka" (le "père") s’oppose à l’implantation d’investisseurs russes dans son pays et à la main mise de Gazprom sur ses gazoducs.

A la veille de chaque présidentielle à Minsk, la cession de 50 % des actions de Beltransgaz revient sur le tapis. Lors des législatives de 2003, les relations entre les deux républiques slaves s’étaient envenimées, au point de conduire à un vif échange entre M. Loukachenko et le président russe, Vladimir Poutine. A la fin de 2005, les négociations entre Gazprom et Beltransgaz ont repris, apparemment sans succès. Les vues divergent sur la valeur des 50 % de Beltransgaz, estimés à 500 millions de dollars par la partie russe, cinq fois plus par les Biélorusses.

Combien de temps encore M. Loukachenko, de plus en plus isolé sur la scène internationale, pourra-t-il résister à la demande du grand frère ? Pour Moscou, user de leviers de pression économiques n’est pas une nouveauté. A l’heure actuelle, plusieurs ex-Républiques soviétiques sont pressées par Gazprom de céder leurs réseaux de gazoducs. C’est pratiquement chose faite en Arménie. Restent la Géorgie, l’Ukraine et la Biélorussie.

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