Liste des auteurs

Article de RÉDÉRIC DE MONICAULT et FABRICE NODÉ-LANGLOIS paru dans Le Figaro du 20 septembre 2006

Moscou veut renégocier avec les pétroliers

mercredi 20 septembre 2006 par Frédéric de Monicault, FABRICE NODÉ-LANGLOIS
La Russie a justifié hier l’expulsion de Shell du projet Sakhaline-2.

MOSCOU persiste et signe. Hier, le ministre du Développement économique, Guerman Gref, généralement présenté comme un libéral de l’équipe Poutine, a justifié le retrait de la licence de Shell dans le gisement de gaz naturel de Sakhaline-2. Mais cette fois, pas question de se référer à des expertises écologiques. Guerman Gref a déclaré que la Russie ne pouvait approuver les augmentations de coûts présentés par Sakhalin Energy, le consortium dirigé par Shell. Et de plaider pour une annulation des accords de partage de production d’hydrocarbures, signés en 1993 (sous Eltsine), au profit de nouveaux contrats « dans des conditions ordinaires ».

À l’époque, les accords de partage de production avaient été ratifiés par Moscou pour attirer les investisseurs étrangers en les exonérant pratiquement de tout impôt. Le changement de pied est total : Igor Chouvalov, le « sherpa » de Vladimir Poutine pour le G 8, a récemment demandé que les signataires d’accords de partage de production soient soumis au régime national d’imposition.

Prudence des majors« On ne peut dénoncer unilatéralement ces accords, mais il y a sans doute des marges pour les renégocier », commentait pour sa part Stephn O’Sullivan, de Deutsche UFG, cité par le Moscow Times. Très concrètement, la procédure légale, qui consiste pour Sakhalin Energy à soumettre un nouveau dossier, pourrait prendre au minimum six mois. Il est vrai que le projet est gigantesque avec, outre 500 milliards de mètres cubes de gaz, 150 millions de tonnes de pétrole. Pour peser sur les négociations, Moscou n’exclura sûrement pas la manière forte, quitte à employer ce qu’on appelle pudiquement en Russie « la ressource administrative ».

En attendant, si le Japon très engagé dans le projet Sakhaline-2 évoquait hier un « possible impact négatif sur les relations russo-japonaises en général », les grandes compagnies pétrolières cultivaient la prudence. Chez Total, on se refusait ainsi au moindre commentaire. Le groupe français n’est toutefois guère exposé en Russie, où il produit seulement 20 000 barils par jour. Un autre géant de l’or noir comme BP l’est beaucoup plus, puisque le groupe britannique, dans le cadre de son accord avec TNK, réalise en Russie près d’un tiers de sa production totale de brut. Soit un million de barils par jour (Mbj). Reste que le partenariat entre BP et TNK apparaît particulièrement solide et surtout qu’un pacte d’actionnaires contribue, a priori, à figer la situation jusqu’à la fin de l’année 2007.

« D’une manière générale, ces événements en Russie illustrent ce que les grandes compagnies détestent le plus, c’est-à-dire une absence de visibilité à long terme sur le cadre réglementaire de leurs investissements », souligne Frédéric Lasserre, directeur de la recherche sur les matières premières à la Société générale. Cela débouche sur un manque de confiance des majors dans leurs partenaires russes, impossible à dépasser quand il s’agit d’investissements hors normes. Comme le soulignait un expert pétrolier, « Moscou n’inspirait déjà pas tellement confiance aux majors, le fossé, ces jours-ci, se creuse un peu plus ».

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !