Liste des auteurs

Un article de Fanny Doumayrou paru dans L’Humanité le 18 avril 2006

Ne pas confondre nouvelles embauches et créations d’emplois

mardi 18 avril 2006 par Fanny Doumayrou
Pour l’URSSAF, 355 000 CNE auraient été signés en six mois.

Satisfait, le ministre de l’Emploi, Jean-Louis Borloo, annonçait le 4 avril à l’Assemblée nationale que « plus de 400 000 contrats nouvelles embauches » avaient été signés depuis la création de ce dispositif en août dernier. Ce nombre important est censé prouver la « réussite » du CNE dans la lutte contre le chômage : le gouvernement entretient savamment la confusion entre embauches et créations d’emplois, et veut faire croire qu’en créant de la flexibilité, il crée de l’activité. En réalité, dans la plupart des cas, les employeurs embauchent en CNE des salariés qu’ils auraient de toute façon embauchés, en CDD, en intérim ou en CDI. Alléchés par la possibilité de licencier rapidement et facilement, ils profitent de ce nouvel outil offert par le gouvernement. La part des contrats qui n’auraient pas été conclus autrement ne peut être estimée que sur déclaration, peu fiable, des employeurs. En janvier, un sondage Fiducial-IFOP a interrogé 300 patrons de petites entreprises ayant récemment embauché en CNE : 29 % seulement affirmaient qu’ils n’auraient pas embauché sans cet outil.

Les 400 000 CNE avancés par le gouvernement ne sont qu’une estimation établie par l’URSSAF. L’organisme s’appuie sur les déclarations uniques d’embauche transmises par les employeurs. Premier bémol, ces déclarations expriment une intention, pas toujours suivie d’une embauche réelle. De plus, les formulaires papiers utilisés par les employeurs ne comportent pas encore tous la case « CNE ». L’URSSAF a choisi de ne prendre en compte que les déclarations sur Internet (45 % des déclarations) et d’appliquer par extrapolation le pourcentage de CNE à l’ensemble des déclarations d’embauche. Elle aboutit ainsi, selon les derniers chiffres publiés le 15 mars, à 355 000 CNE déclarés entre septembre 2005 et février 2006, dont 28 000 dans des entreprises de plus de 20 salariés. Celles-ci sont normalement exclues du dispositif, mais cette entorse découle du fait que certains salariés présents physiquement ne comptent pas dans l’effectif, par exemple les jeunes de moins de 26 ans. Au total, les embauches en CNE représentent déjà 11,1 % des embauches dans les entreprises de moins de 20 salariés, et 4,5 % des embauches sur la totalité des entreprises en France. En tête du palmarès, le secteur du BTP, avec 24,2 % des embauches en CNE, et le commerce, avec 20 %.

Légèrement surestimés ou sous-estimés, peu importe : les 400 000 CNE ont de quoi inquiéter, car ils montrent que ce contrat, assorti de la possibilité de licenciement express, a été rapidement adopté par les employeurs des entreprises de moins de vingt salariés à qui ils sont, pour l’instant, réservés.


Les petites entreprises recrutent moins

Le contrat de travail ne fait pas l’emploi. Les syndicats ne cessent de le marteler. l’enquête de l’UNEDIC sur les intentions d’embauche dans les petites entreprises le prouve alors que le CNE est un contrat de travail crée à leur intention. Selon l’enquête rendue publique jeudi, le nombre de projets de recrutement s’annonce en baisse de 2,3 % en 2006, baisse due essentiellement aux entreprises de moins de cinquante salariés.

Reste que, pour celles qui embauchent, les secteurs qui emploient le plus de contrats précaires sont en tête. Plus de six projets de recrutement sur dix concernent les services, et surtout l’hôtellerie, la restauration et les agents d’entretien. Pour ces profils, parmi les plus recherchés, les candidats manquent. La faute, sans doute, aux conditions de travail très flexibles et aux salaires qui dépassent rarement le SMIC.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !