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Un article de Philippe Jérôme paru dans l’Humanité du 14 mai 2005

Nestlé, Lustucru, encore des patrons voyous

samedi 14 mai 2005 par Philippe Jérôme
Les salariés de Lustucru-Riz et de Nestlé-Marseille, deux usines menacées de fermeture et délocalisation, en tête de la manifestation régionale organisée aujourd’hui à Arles par la CGT et FO.

" Une catastrophe pour Marseille ", selon Louis Samat le secrétaire de l’UL-CGT de la vallée de l’Huveaune. " Un vrai scandale ", pour Bernard Gleize, le responsable régional des syndicats CGT de l’agroalimentaire. La fermeture, " d’ici à juin 2005 ", annoncée, mardi dernier, par le directeur du site, de l’usine Nestlé du quartier Saint Menet a provoqué un véritable choc, parmi les salariés bien sûr mais aussi dans tout ce département en proie à la désindustrialisation accélérée et victime, comme à Arles, des agissements de patrons voyous. Déjà frappée par la fermeture d’une usine Pechiney il y a dix ans, la vallée de l’Huveaune perdrait ainsi un nouveau fleuron industriel et Marseille l’une de ses trois plus grandes entreprises privées. L’emploi subirait une nouvelle saignée : on recense 427 salariés sur le site Nestlé, Serge Borel, le délégué du syndicat des cadres et techniciens CGT, estimant le nombre d’emplois " indirects " concernés (prestataires de services et petites entreprises sous-traitantes) à près d’un millier.

L’incompréhension et la colère sont d’autant plus grandes que cette usine qui fait partie du paysage industriel de la vallée de l’Huveaune depuis plus d’un demi-siècle a, selon les syndicats, un taux de rentabilité avoisinant les 10 %. Manifestement insuffisant pour les actionnaires de Nestlé parmi lesquels Liliane Bettencourt " la femme la plus riche de France " ! L’unité marseillaise de fabrication des tablettes de chocolat était déjà en compétition avec l’antenne espagnole de la multinationale. Parallèlement l’activité café soluble et chicorée avait été mise quelque peu en sommeil avec la fermeture d’une unité d’extraction tandis que la fabrication de produits décaféinés continuait de tourner à plein régime. Selon la direction, ces " ajustements " au marché étaient dus à des baisses de commandes et des fluctuations dans les goûts des consommateurs. En vérité c’est la ruée vers l’Est (européen) de la multinationale à laquelle on assiste : tandis que Nestlé veut fermer à Marseille une usine qui était voilà peu une unité-pilote, à la pointe de la technologie pour ce qui est de la fabrication du café soluble, seront bientôt mis en service en Russie des installations du même type. Ce n’est donc pas parce que Nestlé boit la tasse, mais plutôt pour que ses actionnaires se sucrent un peu plus que serait ainsi saccagées la vie de centaines de familles marseillaises.

Autre délocalisation sauvage à but lucratif favorisée par la passivité voire la complicité idéologique du gouvernement Raffarin, celle de Lustucru-Riz, d’Arles vers l’Italie. Pourtant les résultats des expertises commandées par le préfet de région et examinés, le 7 mai dernier, au cours d’une troisième table ronde, ont réduit à néant les prétextes employés par la direction de Panzani pour jeter à la rue 147 salariés et mettre à mal la vie économique camarguaise. Modification géologique du site après les inondations de décembre ? Les structures du sol n’ont pas bougé affirme, en résumé, le centre d’études techniques de l’équipement. Rentabilité insuffisante ? L’expertise comptable démontre que le groupe Panzani (déjà renfloué par Lustucru) augmenterait annuellement de 2,2 millions d’euros ses bénéfices si l’usine d’Arles redémarrait ! Coûts de production élevés ? Ils sont identiques à ceux de l’Italie où veut s’implanter Lustucru soit 180 euros la tonne de riz ! Délai trop long pour la réhabilitation du site ? Les collectivités locales s’engagent à prendre en charge des plans de formation des salariés en attendant le rédémarrage de la production. Alors, pour les syndicalistes arlésiens, ne reste qu’une explication rationnelle à ce comportement de voyou : une entente, sur le dos des salariés, entre le groupe Panzani (contrôlé par BNP Paribas) et sa compagnie d’assurance. Cette dernière devrait en effet débourser environ 20 millions d’euros en cas de redémarrage de l’usine mais, selon la CGT, cinq fois moins en cas de fermeture définitive...

Nestlé-Marseille, Lustucru-Arles : deux cas d’école qui illustrent la désindustrialisation accélérée de la France dont se plaignait récemment le ministre de l’Économie auquel la CGT de Lustucru a demandé audience. Pour rappeler, entre autres à Nicolas Sarkozy ses promesses de ministre. de l’Intérieur pendant les inondations : " Tout sera fait pour que l’usine d’Arles reparte. "

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