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Article de Alain Faujas paru dans Le Monde du 13.09.06

Nièvre : le retour du charbon divise les habitants et la gauche locale

mercredi 13 septembre 2006 par Alain Faujas
Annoncé le 12 août, le projet de mine de charbon à ciel ouvert et de centrale thermique de 1 000 mégawatts dans le sud de la Nièvre agite les forces politiques du département. En ordre de bataille contre, les Verts ont tenu une conférence de presse, lundi 11 septembre, à Dornes, chef-lieu du canton concerné, pour dire le mal qu’ils pensent des plans de l’initiateur, Jean-François Hénin, ancien patron d’Altus et... éleveur de 200 vaches à 5 kilomètres du site retenu sur les communes de Cossaye et de Lucenay-lès-Aix !

" Lorsqu’on veut ouvrir une porcherie, il faut dire où on va mettre son lisier, attaque Wilfrid Sejeau, porte-parole et conseiller Vert de la région Bourgogne. Une centrale au charbon doit dire où elle stockera le carbone qu’elle émettra deux fois plus qu’une centrale à gaz. Tant que les expérimentations en cours au Danemark ou aux Etats-Unis ne seront pas concluantes, il ne faut pas recourir à l’énergie la plus "sale" et contribuer au réchauffement du climat." Les Verts proposent de ranimer la Nièvre en développant la filière bois, où elle est reine.

En ordre de bataille pour, les communistes qui se battaient depuis vingt-cinq ans afin de réhabiliter le charbon et ressusciter une industrie locale en déshérence. Ils défendront le projet au cours d’une réunion publique, jeudi 14 septembre, à La Machine : 1,4 milliard d’euros d’investissements et 400 emplois à la clé projetés par la Société d’exploitation des ressources énergétiques du Nivernais (Seren) sont une promesse de renaissance pour des cantons d’élevage, où la dernière mine a fermé en 1974.

"Non, le charbon n’est pas ringard, se félicitent Daniel Surieu, secrétaire de la fédération départementale, et Jean-Claude Lebrun, vice-président (PCF) du conseil régional. Il ne faut diaboliser aucune forme d’énergie, d’autant que celles qui sont renouvelables ne sont pas prêtes à prendre le relais. On sait réduire les cendres ou le soufre ; on va savoir réduire le CO2. Il faut exploiter dans les conditions du XXIe siècle ce charbon qui nous permettra de donner du travail qualifié à nos jeunes." Le PC local se dit prêt à défendre une installation pilote de capture de CO2 et même à étudier l’abandon d’une exploitation à ciel ouvert.

A Cossaye, à ce "point zéro" où, 200 mètres sous les prés, le charbon s’annonce le plus pur et le plus accessible, c’est la révolte. A La Métairie, Philippe Voisin, éleveur de charolais depuis quatre générations, serait exproprié en totalité. " On est allé voir sur Internet à quoi ressemblaient les mines à ciel ouvert, c’est du massacre, dit-il. Tout ce foutraque pour quelques centaines d’emplois..."

Le moulin de la Varenne, où est né et vit André Colin, maire de Cossaye, serait dévoré, et la jolie rivière l’Acolin, détournée. "Monstrueux !, s’écrie celui-ci. Sur ma commune, six fermes, trois hameaux, deux châteaux et 600 hectares de terrains sont touchés. Quand ils arrêteront dans quarante ans, ils vont laisser derrière eux un monde épouvantable." Son conseil municipal a dit non, le 17 août, par dix voix contre une et deux abstentions.

Entre les communistes, défenseurs du charbon, et les habitants qui plaident pour la préservation de leur environnement, la toute-puissante gauche nivernaise est écartelée. L’emploi ou le cadre de vie ? Le rêve ou le cauchemar ?

Les socialistes, eux, sont bien embarrassés. Quasiment tous sont favorables à la mine et à la centrale mais peu nombreux à le clamer haut et fort. Il y a ceux qui parlent clair comme Guy Hourcabie, vice-président du conseil général, qui "voit cette entreprise d’un bon oeil à condition qu’on minimise ses impacts négatifs".

Les autres tiennent un discours plus complexe. Daniel Barbier, maire et conseiller général de La Machine, dit que sa ville ne peut que se féliciter d’avoir été une cité minière depuis Colbert. "On a vécu avec une centrale électrique, et nos forêts ne sont pas noires, ironise-t-il. L’étang Grénetier, où on lavait le charbon, est devenu un agréable plan d’eau avec sa guinguette." Le Musée de la mine de La Machine, où Camille Bonnot, mineur pendant vingt-neuf ans, fait descendre le visiteur en front de taille et lampe à la main dans l’univers de Zola, plaide lui aussi pour le charbon.

Le député (PS) Christian Paul, qui a hérité de la circonscription de François Mitterrand, ne supporte plus "l’économie de type colonial, qui prend notre bois et nos bovins pour les valoriser ailleurs". Grâce aux implantations d’entreprise attendues de la mine et de la centrale, il veut compenser les sempiternelles suppressions d’emplois telles qu’annoncées chez Dim et Faurecia. "Nous n’avons pas vocation à devenir une réserve d’Indiens", assène-t-il. Mais il dit ne pas vouloir " sacrifier l’environnement à l’économie"...

Comment aimer la commune où l’on élève ses bêtes et inventer un projet qui la défigure ? "J’ai réussi à l’étranger et n’en ai jamais fait profiter mes concitoyens, répond Jean-François Hénin. Avec de nombreux responsables qui entendent lutter contre la désindustrialisation de la Nièvre, j’ai conçu cette opération, non comme un projet financier, mais comme une création structurante pour l’économie locale. Je ne veux pas être un ferment de division. Si une opposition fondamentale s’exprimait, je n’ai pas l’intention de passer en force."

Une façon de mettre tout le monde en face de ses responsabilités au moment où la France se penche à nouveau sur son charbon.

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