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Un article de Nathalie Brafman et Frédéric Lemaître paru dans Le Monde du 17 mars 2006

Nouvelle année record pour les groupes français

vendredi 17 mars 2006 par Nathalie Brafman, Frédéric Lemaître

Après une année 2003 en demi-teinte puis une très bonne année 2004, les grands groupes français ont connu un millésime 2005 exceptionnel. Les 39 entreprises du CAC 40 à avoir publié leurs résultats (Pernod Ricard a un exercice décalé) ont dégagé des bénéfices nets de 84 milliards d’euros, en hausse de près de 30 % par rapport à 2004. Seule Thomson affiche des pertes. Vivendi, Carrefour, Peugeot, Bouygues et STMicroelectronics présentent des résultats moins bons que l’année précédente. Pour les autres, c’est l’euphorie ou presque, dans des secteurs aussi différents que l’énergie (Total, EDF, Suez et Gaz de France), la finance (BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole, Axa) ou les télécommunications (France Telecom). Seule la distribution connaît des difficultés, comme le confirment les résultats de Casino.

"Les entreprises se sont endettées à la fin des années 1990, puis se sont restructurées et ont fait des gains de productivité en 2001 et 2002, ce qui leur a permis de reconstituer leurs marges puis, en 2004 et 2005, de se désendetter. Aujourd’hui, non seulement leurs résultats sont très bons mais leurs finances sont saines", se félicite Alain Bokobza, responsable stratégie des marchés de la Société générale.

UN MARCHÉ PLANÉTAIRE

Si ces entreprises se portent si bien alors que la croissance en France reste faible, c’est que leur marché est planétaire. "Ce n’est pas un hasard si leur chiffre d’affaires a progressé d’environ 6 %, soit à peu près la somme de la croissance mondiale (3,3 %) et de l’inflation mondiale (3 %)", constate Philippe Brossard, directeur de la recherche chez Euler Hermes SFAC.

Globalement, les sociétés du CAC 40 réaliseraient 70 % de leur chiffre d’affaires hors de France. Et 80 % de leurs bénéfices, selon Marc Touati, économiste aux Banques populaires. En 2005, Total a réalisé 95 % de son résultat à l’étranger et BNP Paribas y emploie plus de salariés qu’en France.

Grâce à la croissance mondiale, nombre d’entre elles ont pu à nouveau répercuter les hausses de coûts - essentiellement les matières premières et l’énergie - sur leurs clients. Ni Air France (hors CAC 40) ni Lafarge, Arcelor ou Michelin ne semblent avoir souffert de la hausse de leurs achats.

Même si le mouvement a été modéré, la baisse de l’euro face au dollar en cours d’année a aidé ces groupes à gagner des parts de marché face à leurs rivaux américains. Mais les marges des grands groupes s’expliquent aussi par la pression accrue sur leurs fournisseurs. Chez Renault, Carlos Ghosn a récemment indiqué que ceux-ci devraient baisser leurs coûts de 14 %. Certains prévoient déjà de délocaliser leur production. "Dans plusieurs secteurs, comme le transport routier, la métallurgie ou la distribution, les résultats des PME ont tendance à baisser. C’est aussi le cas des fournisseurs de l’aéronautique, un secteur pourtant florissant. De même, on constate une augmentation du nombre des défaillances d’entreprises, y compris en fin d’année pour des sociétés qui réalisent plus de 15 millions d’euros de chiffre d’affaires", observe Philippe Brossard.

RELÈVEMENT DES DIVIDENDES

Les bons résultats des grands groupes reposent la question de la répartition des profits. Les directions font valoir que leurs salariés en tirent bénéfice par le biais de l’intéressement et de la participation. Chez BNP Paribas, celle-ci va augmenter de plus de 30 % et l’intéressement de 18 %. En tout, chaque salarié va recevoir au moins 3 772 euros et au plus 10 690 euros. Chez Total, 79 millions vont être versés aux salariés. Renault SAS (la maison mère du constructeur automobile) va distribuer à ses 40 000 salariés 184 millions d’euros, soit un montant individuel de 128,20 euros pour 100 euros de salaire mensuel brut avec un minimum de 2 692,20 euros.

Les actionnaires ne sont pas oubliés. En moyenne, les dividendes ont augmenté de près de 30 %. "Les groupes français ont enregistré des profits records mais ceux qui considèrent qu’ils n’ont pas d’opportunités suffisamment intéressantes pour investir rachètent des actions et versent des dividendes importants", note Nicolas Bouzou, économiste chez Xerfi.

Axa a relevé son dividende de 44 %. Pour échapper à Mittal, Arcelor augmente le sien de 85 %. Avec un dividende de 4,50 euros, en hausse de 36 %, la Société générale, qui fait régulièrement l’objet de rumeurs de rachat, tente d’augmenter son cours de Bourse pour être un peu moins attractive aux yeux d’un prédateur. La palme revient à France Télécom, qui a doublé son dividende à un euro. Mais rien n’indique qu’à moyen terme cette stratégie soit payante.

Actuellement, les marchés apprécient les entreprises qui prennent des risques et misent sur la croissance, ce qui est - avec les bas taux d’intérêt - une des raisons à la vogue actuelle des offres de rachat (OPA). Cela ne durera pas mais les sociétés valent en moyenne 15 fois leurs résultats annuels, ce qui, selon Philippe Brossard, reste relativement modeste.

L’année 2006 sera-t-elle aussi radieuse ? La plupart des observateurs ne le pensent pas. La croissance mondiale ne devrait plus s’accélérer, et la hausse des taux d’intérêt devrait alourdir les charges financières des entreprises. Nul ne prévoit pour autant une dégradation générale des résultats.

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