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Un entretien réalisé par Marie Visot paru dans Le Figaro du 19 février 2005

OFCE : « Le danger, cette année, c’est le commerce extérieur »

samedi 19 février 2005 par Marie Visot
Xavier Timbeau est directeur du département analyse et prévision à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

LE FIGARO ÉCONOMIE. - L’année 2004 se termine sur une croissance de 2,3%. Doit-on s’en satisfaire ?

Xavier TIMBEAU. - Bien sûr ! L’Insee nous a confirmé hier une bonne nouvelle. J’ai juste un chiffre à vous rappeler : début 2004, le consensus des économistes anticipait une croissance de 1,7% pour l’année. Le résultat est finalement en demi-teinte, mais franchement moins préoccupant que ce qu’on craignait il y a encore quelques mois. Aujourd’hui, même s’il est mou, le mécanisme de reprise est bien enclenché.

2004 tranche donc avec les années précédentes, où la France s’était distinguée par sa faible croissance...

Les moteurs traditionnels de la croissance ont plutôt bien tourné. Il y a encore une interrogation sur le troisième trimestre. Tout d’un coup, la croissance s’est arrêtée alors que sur les deux précédents trimestres, l’activité avait progressé de 0,7%. Cela peut donner l’image que tout va mal. Alors qu’en fait il n’y a pas d’explication, si ce n’est une panique généralisée. Les chefs d’entreprises ont fait de mauvaises anticipations, peut-être en raison du pétrole et des taux. C’est ce qui explique en grande partie le fort mouvement de stockage observé à cette période. Toutefois, des stocks élevés sont généralement compensés par une baisse des investissements, et inversement. Du coup, les fortes variations de l’un ou de l’autre sont moins significatives qu’il n’y paraît (voir graphique ci-dessus). Selon cette théorie, la reprise des dépenses d’équipement au dernier trimestre 2004 n’est donc pas si forte.

Cela veut-il dire que c’est une reprise prudente de l’investissement ?

Pour l’instant, oui. Mais cette année, les entreprises savent qu’elles n’auront pas d’autres choix que d’investir. Si elles restent sur la défensive, elles prennent le risque de laisser leurs concurrentes étrangères pénétrer leur marché. Prenons un exemple : si France Télécom n’améliore pas ses services, il va perdre ses clients. Tout simplement parce qu’il ne pourra pas justifier les hausses de prix. Il y a un moment où la concurrence est trop forte et où l’on a trop à perdre. Or, les entreprises sont dans des situations financières plutôt saines. Et comme les taux d’intérêt sont bas, elles peuvent facilement emprunter.

La consommation des ménages risque-t-elle de ralentir cette année ?

Pas forcément. Nous devrions même avoir quelques bonnes nouvelles sur ce front-là. L’emploi va nécessairement finir par repartir un peu, entraînant une dynamique des salaires. Les dépenses des ménages devraient donc bien tenir cette année.

Vous êtes donc confiant pour 2005...

Oui, mais il y a pourtant une menace. Le commerce extérieur a pesé en 2004 sur la croissance pour la troisième année. Il y a un risque que cela soit encore une fois le cas cette année. L’appréciation passée de l’euro va-t-elle continuer à nous faire perdre des parts de marchés, ou le pire est-il derrière nous ? Tout dépend, en fait, de la nature du déficit commercial français. Soit il est très lié à l’appréciation de l’euro, soit nous souffrons de manière plus structurelle du fait d’un mauvais positionnement géographique et d’offre. En substance, quand vous êtes en bateau, si vous prenez l’eau alors que la mer est calme, c’est grave ; si c’est parce que les vagues sont déchaînées, ça l’est moins.

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