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Christelle Chabaud | L’Humanité du 22.02.2008

On laisse bien les salariés se suicider

samedi 23 février 2008 par Christelle Chabaud
Drame . Un salarié de France Télécom s’est pendu mardi sur son lieu de travail. Syndicats et médecins ne cessent de tirer le signal d’alarme.

Renault, EDF, PSA, Société générale, Areva, Sodexho, Ed… La liste des « boîtes noires » s’allonge. Ces derniers mois, le nombre de salariés qui se suicident sur leur lieu de travail croît de manière affolante.

Dernier drame en date chez France Télécom mardi. En Indre-et-Loire, un technicien d’intervention s’est pendu dans un bureau du central téléphonique d’Amboise. Patrick avait cinquante-deux ans, il était fonctionnaire. Hier, alors que s’est déroulé toute la journée un comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail, des salariés de l’entreprise de téléphonie se sont rassemblés devant le bâtiment, sous le choc : ils ont déposé une motion pour demander une expertise par un cabinet indépendant afin de déterminer les causes du drame et obtenir que l’entreprise le déclare en accident du travail. « Ce n’est jamais anodin un suicide sur le lieu de travail, on ne peut pas dire que les conditions de travail dans l’entreprise ne poussent pas les salariés à des situations extrêmes. » Une phrase de Pascal Jouvin, secrétaire départemental SUD PTT, qui claque en réponse aux déclarations de Laurence Parisot. Aux micros de RMC et BFM-TV, la présidente du MEDEF a affirmé hier que « les suicides sur le lieu de travail ne sont pas toujours liés à des facteurs liés au travail », soulignant que « tout est plus dur » actuellement, y compris pour les entreprises de « dégager des marges ». Une déclaration en totale contradiction avec le principe d’imputabilité défini par la Caisse nationale de l’assurance maladie des travailleurs salariés. Dans une circulaire adressée en novembre 2007 aux directions de son réseau, il est spécifié que lorsque le suicide intervient durant le temps et sur le lieu du travail, il doit être reconnu comme accident du travail, sauf si la CPAM peut « établir que les conditions de travail n’ont joué strictement aucun rôle dans la survenue du décès, autrement dit que le décès est dû à une cause totalement étrangère au travail ». Alors à Amboise, les salariés se disent juste « écoeurés » par les « propos indécents » de celle « qui ne gagne pas le SMIC » et « parle à distance sans connaître la situation ».

Chez France Télécom, 66 % des salariés se considèrent en « situation de stress » et 15 % « en situation de détresse », selon une enquête réalisée par l’Observatoire du stress, une structure créée à l’initiative de SUD et de la CGC avec le concours de sociologues, de psychologues et d’ergonomistes. En 2006, la direction du groupe privatisé en septembre 2004 a annoncé son intention de supprimer 22 000 emplois sur les 108 000 que compte l’entreprise, d’ici à fin 2008. Mais, malgré ses dimensions phénoménales, ce plan passe largement inaperçu car, tablant sur des « départs volontaires », l’entreprise n’est soumise à aucune obligation de mettre en oeuvre un « plan social » et organise donc à grande échelle une restructuration permanente sans mot dire. En filigrane dans les témoignages ressort une « folie mentale » de ces fonctionnaires (80 % de l’effectif) obligés d’accepter la primauté de la rentabilité après trente ans de culture de service public. Et si la direction a mis en place un numéro vert de soutien psychologique, les syndicats regrettent que ce soit des « cellules gérées par des responsables internes et non par un cabinet indépendant ».

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