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Article de Marc Blachère et Jacques Moran paru dans L’Humanité du 15 décembre 2006

Paris consacre le retour du tramway

vendredi 15 décembre 2006 par Marc Blachère, Jacques Moran
Transports urbains . Après bien des métropoles régionales et même sa propre banlieue, la capitale connaîtra demain la mise en service du très moderne tram des Maréchaux Sud.

Voilà déjà près de quatre semaines qu’il tourne comme si... Demain, samedi 16 décembre à partir de 14 heures, peu après son inauguration officielle, tout un chacun pourra enfin en user, pour un saut de puce ou pour parcourir les 7,8 kilomètres en 15 stations qui - séparent le pont du Garigliano de la porte d’Ivry. En guise d’introduction, le TMS - tramway des Maréchaux Sud - sera même gratuit durant ce premier week-end de mise en service commercial.

Le tram avait totalement disparu du paysage parisien depuis mars 1937. Le grand retour de ce mode de déplacement urbain a commencé en province (voir ci-dessous), et la banlieue a largement - devancé la capitale. Voilà quatorze ans que le T1, gagné de haute lutte par les Séquano-Dionysiens, a entamé sa navette entre Saint-Denis et Bobigny, et même Noisy-le-Sec. C’est en 1995 que le Syndicat des transports d’Île-de-France (STIF) a lancé les premières études de cette nouvelle ligne, à la demande de la Ville de Paris. Il s’agissait alors de choisir entre deux sites potentiels : les boulevards des Maréchaux ou la petite ceinture. Les premiers disposaient de plusieurs avantages décisifs : la possibilité d’une boucle complète, l’accessibilité, la desserte des quartiers des communes riveraines, le nombre de correspondances tant vers le centre de Paris que vers la banlieue. Le site des Maréchaux présentait de plus l’opportunité d’une requalification urbaine significative. C’est ainsi que le projet fut inscrit au contrat de plan État-région 2000-2006.

Engagés à l’été 2003, à l’issue des procédures légales et de larges concertations dans les arrondissements concernés ainsi qu’avec les communes riveraines, les travaux ont été menés à un rythme soutenu. C’est en octobre 2005 que la première rame a entamé ses essais du côté du pont de Garigliano. Outre la double voie en site propre, il a fallu aménager des ateliers et voies de garage le long du périph à la porte de Sèvres.

Le premier financeur de l’infrastructure du TMS est la région Île-de-France (81,3 millions d’euros, sur les 214,1 millions du total). - L’État et la Ville de Paris suivent avec un peu moins de 25 % chacun de l’addition. Mais Paris a, en plus, assumé seul le coût de la requalification urbaine, doublant ainsi sa mise avec un total 94 millions d’euros. La RATP (en vérité le STIF, à travers elle) a contribué à l’infrastructure (33 millions) et surtout a eu en charge l’achat (53 millions) des 21 rames Alstom Citadis 402, fabriquées à La Rochelle.

Le TMS, ou T3 dans la nomenclature des lignes de la RATP, circule à la vitesse commerciale de 20 kilomètres à l’heure (avec une vitesse de circulation pouvant atteindre 40 km/h) joignant ses deux terminus en 24 minutes. Chaque rame de près de 44 mètres de longueur peut compter jusqu’à 304 voyageurs. La capacité totale de la ligne est de 100 000 voyageurs par jour, le double de celle du bus PC1.

Un système très sophistiqué de régulation des feux donne la priorité au tram dans les carrefours. Les plus délicats sont même équipés de caméras « intelligentes » pouvant détecter la présence de voitures sur la plate-forme à l’approche d’une rame. En cas d’urgence absolue, des patins magnétiques permettent de stopper les 55 tonnes (à vide) en une vingtaine de mètres.

À l’heure de cette mise en service, la décision de principe d’un prolongement de la porte d’Ivry à la porte de la Chapelle a été arrêtée, et l’année 2007 va voir s’engager plusieurs chantiers de tram très attendus : le prolongement du T1 Noisy-le-Sec-Saint-Denis vers l’ouest jusqu’à Asnières-Gennevilliers, le prolongement du T2 Issy-La Défense au nord jusqu’au pont de Bezons, la nouvelle liaison Chaville-Vélizy-Viroflay, la liaison Villejuif-Athis par la zone d’Orly-Rungis et l’enquête d’utilité publique de son prolongement jusqu’à Juvisy (RER).


Les chantiers fleurissent dans tout l’Hexagone

Ce mode de déplacement s’avère le mieux adapté à l’étalement urbain des agglomérations.

Quand la ville de Nantes inaugure, le 7 janvier 1985, sa première ligne de tramway, la France observe, avec tendresse certes mais avec circonspection, le renouveau de ce mode de transport qui symbolise encore les villes de la première moitié du XXe siècle. Qui subsiste encore d’ailleurs, à la mode ancienne, entre Lille et Roubaix-Tourcoing et à Saint-Étienne. À Nantes, la remise au goût du jour du tramway fait galéjer sur « le péril jaune » - couleur des - anciens trams abandonnés en 1958. Lancée en 1975 par le secrétaire d’État aux - Transports Marcel Cavaillé, l’idée d’un tramway « made in France » pour les villes de Nantes, Bordeaux, Strasbourg, Grenoble, Nancy, Nice, Rouen, Toulon et - Toulouse ne remporte pas un succès populaire. Alsthom remporte le concours de définition du tramway, mais l’entreprise y croit-elle vraiment ?

La mise en service du tramway de Nantes, suivie trois ans plus tard par celle de Grenoble, ne convainc toujours pas les élus ni les responsables des transports urbains. Car dans le même temps, les principales agglomérations françaises se lancent dans de grands projets de métro, meilleure alternative, croit-on alors, à l’automobile dans le centre-ville. Lyon, Marseille, Lille, Toulouse et enfin Rennes mèneront ces projets à bien. À Bordeaux et à Strasbourg, par contre, le métro ne sera jamais construit. Car le coût exorbitant des métros souterrains, même automatisés, va obliger ces villes à chercher de nouveaux modes de transports, plus légers et en site propre, et à bâtir un réseau cohérent et mieux adapté à l’étalement urbain. Après Nantes et Grenoble, Strasbourg met en - service un tramway en 1994, allant de pair avec la requalification du centre-ville historique. Aujourd’hui on peut se demander quelle agglomération française n’a pas son projet de tramway. Tram sur rails ou sur pneus, tram-train... les chantiers fleurissent dans une trentaine de villes. Nice, Marseille, Le Mans, Angers, Reims, Brest, etc., retrouveront leur tramway en 2007. Et à Lyon, l’inauguration de Lea, « Ligne de l’est lyonnais », le 6 décembre dernier, a fait franchir à ce mode de transport une nouvelle étape : Lea emprunte en effet les voies d’une ligne de chemin de fer désaffectée. De quoi enrichir les futurs plans de déplacements urbains des agglomérations françaises.

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