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Un article de Elsa Bembaron paru dans Le Figaro du 09 janvier 2006

Pechiney ou la chronique d’une disparition annoncée

lundi 9 janvier 2006 par Elsa Bembaron
A la fin de l’année 2003, le groupe canadien Alcan prenait le contrôle de Pechiney. Retour sur l’intégration éclair d’une société vieille de cent cinquante ans.

IL N’A pas fallu très longtemps à Alcan pour gommer toute trace de Pechiney au siège parisien, situé dans le XVIe arrondissement. Les logos du groupe canadien ont rapidement remplacé ceux de Pechiney. Le site Internet n’a pas non plus résisté longtemps à la lame de fonds canadienne. De quoi exacerber les rancoeurs d’une partie des anciens salariés de Pechiney.

« La direction mène une politique de marchands de biens », martèle François Hommeril, représentant CFE CGC du groupe, qui fustige les cessions d’activités qui se sont succédé depuis 24 mois. De son côté, la CGT dresse une liste de sites qu’Alcan a décidé de fermer ou de céder. Au total, le syndicat estime que les cessions d’activité concernent 12 684 personnes dans le monde... oubliant un peu vite qu’une partie de ces transactions correspondent à la création d’une nouvelle société Novelis, imposée par la Commission européenne, pour des raisons de concurrence. Elle regroupe les produits laminés d’Alcan et a été introduite en Bourse. Toutefois, certaines cessions ont eu un caractère emblématique fort, comme celle d’Aluminium de Grèce, fondé par Pechiney dans les années 60 et qui a été vécue comme une trahison à la mémoire du groupe.

L’enjeu de l’électricité

Parallèlement, la direction d’Alcan a décidé la fermeture de sites, eux aussi historiques. C’est ainsi le cas de l’usine de Lannemezan (Hautes-Pyrénées), qui produit 50 000 tonnes d’aluminium primaire par an. La situation géographique jugée peu accessible, les problèmes environnementaux liés à l’âge des équipements sont évoqués par la direction pour justifier sa décision. Mais le principal motif reste le prix de l’électricité : il représente environ 30% du coût de production d’une tonne d’aluminium. En 2007, le contrat qui lie le site de Lannemezan à EDF arrive à échéance, or les deux entreprises ne sont pas parvenues à un accord « satisfaisant » pour établir de nouveaux tarifs. Un problème qu’aurait sans doute rencontré le groupe Pechiney, même s’il était resté indépendant.

En 2012, puis en 2017, les contrats de fourniture en électricité des sites de Saint-Jean-de-Maurienne et de Dunkerque arriveront aussi à échéance. De quoi susciter des inquiétudes. « A court terme, il n’y a aucune menace sur ces usines, précise Pierre Meynard, président de Pechney SA. A moyen terme, nous nous battons pour obtenir des tarifs intéressants. » En attendant, Alcan ouvre de nouvelles usines d’électrolyse dans les pays à faible coût énergétique et notamment à Oman. Rien de bien rassurant pour les syndicats français. A moins qu’Alcan, dans la lignée de Pechiney ne parvienne à mettre au point de nouveaux procédés, moins consommateurs en électricité, qui permettraient de maintenir le niveau de compétitivité des usines occidentales.

« Après l’électricité, notre deuxième défi est de suivre l’évolution du marché », ajoute Patrick Meynard. Le secteur d’activité qui connaît la plus forte croissance est celui de l’emballage, dans les pays en développement. Or, comme beaucoup de fournisseurs, Alcan suit ses clients hors d’Europe, parmi lesquels figurent des noms prestigieux comme LVMH ou L’Oréal, pour partir à la conquête des nouveaux marchés et plus particulièrement de l’Asie.


Un dialogue social à rétablir

Les départs dans la recherche inquiètent les syndicats, mais la France a reçu la moitié des dépenses du groupe en R&D.

ENTERRER le souvenir de Pechiney n’est pas chose aisée pour les anciens de l’entreprise. L’amertume est d’autant plus vive, après le rachat du géant français de l’aluminium par Alcan, que cette fusion était chargée d’espoirs. Trois ans plus tôt, les deux entreprises avaient tenté un mariage à trois, avec le suisse Algroup. L’opération avait échoué en raison de l’opposition de la commission européenne. Alcan et Algroup avaient fusionné, laissant Pechiney sur le bord du chemin.

L’OPA d’Alcan laissée en juillet 2003 avait des allures de revanche. Les salariés de Pechiney attendaient sans crainte les « cousins canadiens ». Une grande partie de la direction d’Alcan est francophone et la société avait dépêché en France Daniel Ganier comme porte-parole, un sympathique Québécois à l’accent chantant. Deux ans plus tard, le ton a changé. « La confiance s’est perdue, reconnaît Pierre Meynard, président de Pechiney SA. Les premières opérations que nous avons dû gérer après la fusion étaient liées à des réductions d’emplois. A présent, nous allons rétablir les relations sociales. »

Vaste tâche à en juger par le discours des représentants syndicaux. « La direction d’Alcan n’anticipe pas les conséquences de ses décisions », fustige François Hommeril, représentant de la CFE-CGC. Autre sujet de mécontentement, la stratégie de gestion des brevets. « Alcan a choisi de vendre les brevets Pechiney, ce qui ne se faisait pas avant. C’est une démarche purement commerciale qui nous fait perdre notre avantage compétitif », renchérit Claude Verdier, de la CGT. Il s’inquiète aussi de la stratégie de vente des petites unités, tandis que Pechiney misait beaucoup sur ses métiers de niche très rentables.

Regroupement sur un site à Gennevilliers

L’avenir des centres de recherche en France préoccupe aussi les ex-Pechiney. La direction d’Alcan a décidé de les regrouper sur un même site à Gennevilliers. Ce qui risque de se traduire par des départs volontaires. A Voreppe (Isère), un des centres de recherche emblématiques du groupe, cinquante salariés ont ainsi quitté le groupe, sans être remplacés... « Il n’y a pas de raison de s’inquiéter par l’avenir de la recherche en France, rectifie Pierre Meynard. La France a représenté près de la moitié des dépenses de Recherche et Développement du groupe dans le monde en 2005. » La direction se veut aussi rassurante concernant l’avenir de Voreppe, qui sera le centre de recherche dédié à la métallurgie, aux alliages et à l’électrolyse, pour le monde. L’an dernier, la France était aussi le troisième pays au sein du groupe pour les dépenses d’investissement industriel (avec 166 millions de dollars).

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