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Article de Fanny Doumayrou paru dans L’Humanité du 17 aout 2006

« Plus on précarise, plus on augmente les risques »

jeudi 17 août 2006 par Fanny Doumayrou
Avec 100 sous-traitants sur le site, Arcelor externalise ses risques et camoufle ainsi l’image d’une industrie dangereuse.

« Arcelor Dunkerque est un site dangereux, classé Seveso 2, explique Emmanuel Femery, délégué syndical CGT. On transforme le minerai en fonte à très haute température, on travaille du métal en fusion ; il y a de la manutention lourde, la présence de gaz, d’énergie hydraulique, de pression pneumatique. Tout cela nécessite une coordination importante, sinon il y a des pépins. Arcelor fait tout le contraire. Plus il précarise en augmentant le recours à la sous-traitance, plus il accroît les risques. » De 11 000 salariés dans les années 1970, les effectifs du site ont fondu à 3 355. Mais à côté des salariés « à statut » travaillent en permanence 1 800 à 2 000 salariés employés le plus souvent en intérim par une centaine d’entreprises sous-traitantes. Arcelor traite directement avec une poignée d’entre elles, qui sous-traitent à leur tour à des plus petites.

« La plupart des boulots ouvriers les plus pénibles de mécanique et d’électricité ont été confiés à la sous-traitance », explique le délégué, qui parle d’un « océan » qui se creuse entre les salariés à statut et les autres. « Sur l’effectif d’Arcelor, à peine 20 % ont un travail physique, dans quelques secteurs qui restent très durs. Mais beaucoup de ceux qui ont commencé comme ouvriers il y a vingt ans sont aujourd’hui techniciens et encadrent les ouvriers des sous-traitants. » Les tâches les plus risquées sont ainsi confiées à des petites entreprises dont les patrons, soumis à la pression des délais et des coûts, et plus difficilement contrôlables par l’inspection du travail, s’assoient facilement sur les règles de sécurité. D’autant plus que les syndicats sont rares. « Arcelor paie la prestation et se dégage de la responsabilité de ce qui se passe ensuite », dénonce Luc Rots, de la CGT. Résultat : près des deux tiers des accidents du site concernent les salariés des sous-traitants.

C’est bien cette externalisation du risque que vise Arcelor avec la sous-traitance. Dans le bilan social du site et sur le panneau lumineux à l’entrée, nulle trace de ces accidents survenus dans les entreprises « extérieures ». La direction gomme ainsi l’image d’une industrie dangereuse. Par ailleurs, elle fait des économies sur la cotisation versée à la branche accidents du travail - maladies professionnelles de la Sécurité sociale, calculée en fonction des accidents déclarés.

Dans le même but, elle fait tout pour que ses propres salariés ne prennent pas leurs arrêts maladie en cas d’accident, puisque seuls les accidents avec arrêt sont pris en compte pour la cotisation. Les moyens de pression sont multiples. « La direction a instauré une prime collective pouvant aller jusqu’à 1 000 euros en fonction des résultats, explique Emmanuel Femery. Quand un salarié est accidenté, le chef fait pression pour qu’il n’utilise pas l’arrêt maladie. Il doit venir à l’usine même s’il ne peut pas travailler, la direction paie parfois le taxi. Un salarié qui tient tête et prend son arrêt est automatiquement puni. Il n’aura pas de promotion et ses enfants ne seront pas embauchés l’été. Et il est convoqué par le directeur général du site en personne pour s’expliquer ! »

D’ici 2012, la direction compte moderniser et augmenter la productivité pour supprimer 1 200 postes. La CGT pressent qu’en parallèle la « jungle » de la sous-traitance va encore se développer.


Pas de température limite, mais des mesures à prendre

Les employeurs sont pourtant tenus à des aménagements en cas de coup de chaleur.

Le Code du travail ne prévoit pas de seuil de température au-delà duquel le travail doit cesser. Mais, en cas de fortes chaleurs, les employeurs sont tenus de procéder à des aménagements des locaux et des conditions de travail. De façon générale, l’article L 230-2 du Code stipule qu’ils doivent « prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé des travailleurs de leurs établissements, en y intégrant les conditions de température ». Les articles suivants précisent que les employeurs doivent renouveler l’air des locaux pour éviter les élévations exagérées de température, par ventilation mécanique ou naturelle permanente ; ils doivent aussi mettre à disposition des salariés de l’eau potable et fraîche (dans le BTP, quelle que soit la météo, l’employeur doit fournir 3 litres d’eau au moins par jour et par travailleur).

L’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) recommande la vigilance à partir d’une température de 30 degrés. Les risques d’épuisement ou de coup de chaleur (pouvant entraîner la mort) augmentent en fonction de facteurs individuels (âge, antécédents médicaux, prise de médicaments, obésité, grossesse) et inhérents au poste de travail : impossibilité de se procurer facilement de l’eau fraîche, tâches pénibles ou de travail physique, insuffisance des pauses de récupération, travail à proximité de sources de chaleur (four, procédé de travail ou équipement inadapté).

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